CHAPITRE II
Influence du fermage général sur le métayage.
Quel est l'effet du fermage général sur le métayage ? Loin d'en atténuer les caractères ci-dessus étudiés, il les accentue et les aggrave dans le sens le plus défavorable pour les métayers. Avec le fermage général, le métayage revêt plus nettement le caractère d’un louage de services(À). Le fermier général vient encore réduire la rétribution déjà si médiocre du métayer ; l'exploitation du travail de ce dernier est poussée à son maximum. Bien plus que le propriétaire, le fermier général fait peser sur le métayer son despotisme (2). C'est là une opinion très généralement acceptée que nous n’appuierons ici que de quelques extraits d'auteurs ayant écrit sur le fermage général ou sur le métayage en Bourbonnais.
Il y a longtemps déjà que Jacques Bujault reconnaissait, dans son langage imagé, que « prendre un fermier
(1) V. DESBOUDET : Le Mélayage en Bourbonnais, 1897.
(2) V. exemples d'abus monstrueux dans Revue hebdomadaire, 8 oct. 1910,
général qui sous-loue ensuite ou fait colonner, c'était donner deux charges, deux bâts, deux sangles à son âne et mettre un essaim de frelons derrière lui ».
« L'association du propriétaire, du fermier (général) et du colon est déplorable, déclarait Méplain ; c’est la combinaison la plus funeste qu’on puisse rencontrer. » C'est pour le métayer plus de servitude. « Elle réduit à peu près le colon français à la condition du colon irlandais. Partout où elle s’est établie, elle a été la cause première incessante de la misère des métayers et de la détresse de l'agriculture. Tandis que le propriétaire aurait agi avec égard et douceur, le fermier qui ne tient pas au sol agit comme l’usurier envers l’emprunteur nécessiteux et le taille à merci ».
Vers la même époque, en 1852, le général Canrobert écrivait, à la suite du « travail d'épuration » pratiqué par les commissions mixtes : « ...le socialisme m'a paru avoir établi ses principales forteresses dans la Nièvre, le Cher, l'Indre et l'Allier, la Creuse et quelques localités de l'Auvergne et du Limousin. On en trouverait sans doute l'explication pour les trois premiers départements au moins dans le peu de morcellement de la propriété foncière et dans cette commode mais bien dangereuse habitude que beaucoup de propriétaires ont de ne point s'occuper eux-mêmes de leurs vastes domaines, dont ils vivent éloignés et de les livrer à des entrepreneurs souvent étrangers à la culture, mais toujours avides, n'ayant