‹ La Question des Fermiers GénérauxChapitre 36 sur 85 · MODE · texte numérisé non relu

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tériel d'exploitation avaient rompu l'équilibre des apports au détriment du métayer, les charges de celui-ci se sont aggravées par le maintien et même l'augmentation des vieilles redevances en nature (volailles, beurre, fromages); en travail (corvées d'hommes, de femmes, d’attelages), et en argent (impôt colonique). Cet impôt colonique, véritable loyer payé par le métayer en plus de l'abandon de la moitié des produits du domaine, a constamment augmenté jusqu’à ces dernières années (1) ».

L'impôt colonique présente pour le bailleur un double avantage : 0 1] lui permet de tirer du domaine le maximum de profits, en réduisant le métayer au strict nécessaire ; 20 il réduit les risques courus. Seul, le métayer est exposé à perdre la totalité des fruits de son travail. Cela explique l'extension de cet-impôt dans la plupart des régions de métayage. On le rencontre, en effet, dans l'Indre, les Landes, en Limousin, etc.; à l'étranger, en Italie, en Roumanie.

La question du taux dela prestation colonique paraîtmaintenant d’une médiocre importance. À titre documentaire, donnons tout de même quelques chiffres. L’impôtcolonique est plus élevé dans les domaines d'élevage que dans ceux à céréales, dans les petits domaines que dans les grands, sous un fermier général que sous un propriétaire (2).

(1) Enquête officielle sur la petite propriété rurale, 1909. ALLIER.

(2) Enquête sur la situation do l'agriculture, 1878-79, Travailleur rural, n° 18.

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En 1878, son taux moyen atteignait 7 fr. 50 par hectare pour les exploitations de 50 à 70 hectares; 10 francs pour les exploitations de 20 à 50 hectares (1). Aujourd’hui, les taux se sont élevés ; ils sont de 10 à 20 francs par hectare (2). M. Dupont nous donne même le taux exceptionnel de 30 francs.

La prestation colonique est défendue par les propriétaires, par les fermiers généraux, et par un certain nombre d'auteurs qui la trouvent « juste », «équitable ». Pour nous, qui en attribuons l'existence à un tout autre principe qu'à celui de la « justice », nous renvoyons à plus tard l'examen de la question de sa suppression, réclamée par les métayers et par plusieurs personnalités qui ont été frappées de ses mauvais effets (3).

Achats. — Les achats de tourteaux, d'engrais, de semences, etc., sont faits par le fermier général qui paraît tenir beaucoup à cette prérogative. Bénéficiant des prix de gros, il inscrit au compte des métayers des prix de détail. Cela explique l'extrême difficulté que l’on éprouve à faire pénétrer la pratique de la coopération dans les régions de fermage général et même dans celles de simple métayage. Le fermier général est à lui seul le syndi-

(1) Enquête sur la situation de l'agriculture 1878-79, Travailleur rural, n°18.

(2) Travailleur rural, n° 4.

(3) M. Dupont notamment.

cat d'achat ou de vente, la coopérative. Nous avons déjà noté qu'il était aussi le « banquier » du modeste colon. Nous verrons qu'il a horreur des sociétés de crédit mutuel. Ce sont là fonction et opinion de spéculateur, où l'un des « associés » aime à ignorer la qualité de l’autre.

Chasse. —Il est presque superflu de mentionner que le droit de chasse est réservé au bailleur. C’est bien le moins que le métayer soit dépouillé lui aussi de « ce droit féodal dont les paysans sont privés depuis quatre siècles » (1). Le jour où le paysan, le métayer, pourra chasser librement le gibier qu'il nourrit et protège, son affranchissement sera bien près d’être une réalité, le fermier général d’être un « associé ».

Comptabilité colonique. — Elle laisse souvent à désirer. Les métayers et les fermiers généraux illettrés n’en tiennent pas. Les règlements de compte sont trop irréguliers. Il en est quin’ont lieu que tous les dix ans ! Ce sont là des situations fâcheuses à tous les points de vue. La comptabilité colonique est pourtant facile et peu coûteuse à tenir; quand elle est claire et loyale, elle est la base des bons rapports entre les contractants. Les syndicats de métayers ont une tâche à accomplir : répandre et faire appliquer les bonnes règles de la comptabilité agricole. Ils n’ont qu'à suivre, à ce sujet, l'exemple qui leur est donné par les syndicats italiens.

(1) G. d'AVENEL.

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