LES AMÉLIORATIONS AGRICOLES ET LE FERMAGE GÉNÉRAL
Nous nous proposons de nous appesantir sur cette question que nous jugeons de premier ordre. Il nous faudra examiner successivement : dans quelle mesure le métayage favorise le développement de la production, comment les améliorations sont réalisées, qui en tire les bénéfices, quel est le rôle des fermiers généraux. Cet ensemble de problèmes est très important à résoudre parce que l'argument le plus fort de ceux qui défendent ou simplement tolèrent le fermage général, consiste à prétendre que les fermiers généraux ont pris une large part à l’œuvre de progrès agricole.
C'est ainsi que M. Berthault, parlant de cette classe d'intermédiaires «dontonaméditplus qu'ilneconvenait» estime « que beaucoup d’entre eux, par leurs connaissances spéciales, par leur grande habitude des hommes et des choses locales, par leurs relations ont été d'excellents initiateurs des métayers aux nouvelles méthodes culturales (4). »
M. de Garidel n'hésite pas à déclarer que les fermiers généraux ont été les agents les plus actifs des progrès agricoles dans la région bourbonnaise. « Ils ont, en beaucoup d’endroits, transformé la culture, introduit les machines et les engrais; ils ont provoqué la substitu-
(1) F. BERTHAULT, rapport sur le concours de la prime d'honneur de l'Allier.
tion de la race charolaise à l’ancien bétail ; ils ont, comme les propriétaires qui ont participé à ce mouvement, rencontré des résistances ; le paysan est parfois routinier ; ils l'ont forcé à suivre les méthodes nouvelles. Ils ont rendu de grands services gr - et puisque malheureusement beaucoup de propriétaires ne veulent pas ou ne peuvent pas faire valoir eux-mêmes, ces intermédiaires demeurent utiles dans un grand nombre de cas (4). » Ba réprobation de M. de Garidel ne va qu'aux abus dont se sont rendus coupables les nouveaux venus de la corporation qui n'ont vu, dans le fermage général, qu'une occasion d'amasser promptement une fortune. Il espère que, dans ces cas, les propriétaires « conscients de leur devoir » les feront disparaître.
Recueillons enfin l'opinion autorisée d’un adversaire déclaré du fermage général, de M. Dupont, directeur des services agricoles de l'Allier. « Dans le passé, les fermiers généraux, peu nombreux, habiles, débrouillards, actifs, en affermant à bas prix les mauvais sols granitiques ou les terres des sables tertiaires de la Sologne bourbonnaise et en transformant complètement, par l'emploi de la chaux, en créant des prairies artificielles, en favorisant l'élevage du bétail blanc, ont certes réalisé de grosses fortunes, mais aussi fait faire des progrès incontestables à l’agriculture de cette partie du département (2). »
(1) Enquête du journal Le Temps.
(2) Id.