‹ La Question des Fermiers GénérauxChapitre 38 sur 85 · AO8ES · texte numérisé non relu

AO8ES

LY

Ainsi, pour nous en tenir à ces seules opinions, le fermier général à amélioré l'agriculture. C’est là un grand mérite et un titre à son maintien dans l'avenir, quand le propriétaire ne voudra pas ou ne pourra pas exploiter lui-même. Il convient donc d'examiner attentivement l'œuvre des fermiers généraux et de l’examiner sous tous ses aspects, dans toutes ses conséquences : car il ne suffit pas de dire que les fermiers généraux ont été les promoteurs du progrès, et que dans ce rôle ils ont réalisé de grosses fortunes, il faut encore rechercher : 1° les moyens qu'ils ont employés ; 2 la part prise par les métayers dans les bénéfices que ces améliorations ont procurés.

Avant d'aborder l'étude de ces points particuliers, voyons dans quelles conditions la question des améliorations foncières ou agricoles se présente en régime de métayage.

On a répété de tout temps que le métayage ne se prélait pas aux améliorations, que les métayers routiniers, ignorants, se refusaient avec entêtement à toute tentative de cette nature. Le moment est venu de s’expliquer nettement à ce sujet.

Est-ce vraiment par pur esprit de routine, par ignorance, par coupable mauvaise volonté que le métayer se montre indifférent ou hostile aux améliorations dont il paraît devoir profiter autant que le propriétaire ? Nous ne le pensons pas, car si le modeste métayer n’a pas tou-

jours la claire connaissance des méthodes nouvelles, il conserve néammoins l'instinct très net de ses véritables intérêts ; s’il pêche par ignorance, il ne manque pas de bon sens. Pour être un peu confus, ses calculs, sur les résultats d’une innovation, n’en sont pas moins bien fondés sur une vieille expérience des choses et des hommes.

M. de Dreuille, dont le large et courageux libéralisme lui a valu la sympathie des populations coloniques du Centre, a parfaitement mis en lumière toute la question des améliorations en régime de métayage. On a contesté l'exactitude de son raisonnement : Quant à nous, nous adoptons sa manière de voir et lui savons gré de l’avoir exposée avec beaucoup de clarté (4).

M. de Dreuille part du principe que le principal mobile des actions humaines est l'intérêt, et qu'il n’y a pas d'ouvrage bien fait lorsque l’ouvrier n’a pas d'intérêt à bien travailler. Les améliorations agricoles entraînant de grandes dépenses, le métayer ne saurait être encouragé à les exécuter parce que, supportant toutes les dépenses, il ne bénéficie que de la moitié de leurs résultats. Une amélioration qui coûte À france de main-d'œuvre et rapporte 1 fr. 50 de produit brut est une excellente opération pour un fermier, mais une fort mauvaise pour le métayer. Pour une dépense de 1 franc, le métayer recevra 0 fr 75 du produit ; d’où une perte de 0 fr. 25. Le propriétaire

(1) De DREUILLE : Du Métayage et des moyens de le remplacer, 1865.

s ne ee ep étés

réalisera, lui, un bénéfice total de 0 fr. 75. Ce calcul, simplifié à dessein, dévoile tout le mystère de l’entêtement du métayer à ne vouloir rien améliorer. Autre exemple : Un mauvais pré rapportant 60 francs de foin est transformé en champ de betteraves rapportant 800 francs de produit brut; mais pour celà il a fallu dépenser :

Amendemeénts et'engrais. 77117. 4,0 300 francs. Main-d'œuvre : labour, foncement, binage, etc. 250 —

TOTAL LR TAN ete 550 —

Pour le fermier, c'est une excellente opération, lui donnant un bénéfice que M. de Dreuille calcule ainsi : frais 550 fr. + perte de la récolte du foin — 610 fr. Bénéfice net 800 fr. — 610 fr. — 190 fr. Pour le métayer, l'opération se traduit par une perte, sa part de frais étant évaluée ainsi : moitié des engrais, ete. — 150 fr. —- la totalité de la main d'œuvre, 250 fr. + la moitié de la perte du foin, 30 fr. — 430 fr. ; d’où une perte de 30 fr.

On peut faire quelques critiques à la manière dont sont établies les dépenses et les bénéfices. Pour le fermier, on devrait tenir compte du prix de fermage venant en déduction des 190 fr. de bénéfices; pour le métayer, il v aurait lieu d'ajouter au chiffre des pertes la part d'impôt colonique et autres charges afférentes à cette portion du domaine. Mais ces rectifications ne détruiraient en rien

la valeur de la démonstration. D'ailleurs M. de Dreuille déclare lui-même que « ces calculs reposent sur des chiffres en l'air ; mais quels que soit ces chiffres, ajoutet-il, on arrivera toujours au résultat que voici: 400 fr. de main-d'œuvre déboursés par un métayer lui laissent une perte de 25 fr., s'ils ne rapportent que 150 fr. de produit brut. Il n’y a ni profits, ni pertes, quand le produit brut atteint 200 fr. Pour avoir un bénéfice de 25 fr. pour 400 fr. de main-d'œuvre, le produit brut doit s'élever à 250 fr. « 25 o/,, c'est le minimum qu'une amélioration agricole puisse rendre pour être acceptable par un métayer ! » « Il est impossible que des hommes qui travaillent pour vivre, et vivent de peu, restent sourds et aveugles devant l'expérience de tous les jours quand elle leur montre que les améliorations les plus vantées sont justement celles qui laissent leur bourse vide, tandis qu'ils trouvent à la fois moindre fatigue, doux loisirs et profits honnêtes, en économisant sur les frais. »

De Gasparin exprimait la même idée en disant que « le métayer peut trouver qu’une très médiocre récolte avec un travail médiocre, lui laisse plus de profit qu’une bonne récolte avec un travail plus parfait. .... Soit que l’on plante des arbres, soit que l’on marne, soit qu'on fasse des défoncements profonds, soit qu'on entreprenne des cultures pour lesquelles le travail entre pour une part qui ne puisse être soldée par la portion ordinaire dévolue au métayer, le consentement mutuel devient nécessaire ; »

SEE La cr

CT PPT SES

ed Pr, rm pr 4 PNG

eat nar cie

pren ge enqe V 5 €

En régime de métayage le propriétaire lui-même peut être amené à refuser certaines améliorations foncières qui entraînent une grosse mise de fonds ; de Gasparin cite à titre d'exemple, l'achat et la conduite des eaux d'irrigation. « Le métayer, de son côté, faisant les mêmes calculs, ne donnera pas de labours plus profonds, parce qu'il lui faudra un plus fort travail, un plus grand nombre d'animaux et de valeis. Aussi les métairies sontelles généralement en mauvais état sous le rapport de l'entretien des terres, des bâtiments et des cultures (4). »

M. Passy a très bien montré, à son tour, à l’aide de chiffres, que « sur le métayer pèsent des conditions de louage sous lesquelles il ne saurait, sans courir à sa ruine, s'attacher aux sortes de production qui par cela même qu’elles permettent de retirer net des terres plus que les autres, sont le plus fécondes pour la richesse et Ja prospérité rurale (2) ».

Ainsi le métayage offre des obstacles sérieux aux progrès de l’agriculture (3).

Mais, nous objectera-t-on : « Voyez les profonds chan-

(1) Cours d'agriculture.

(2) Les système de culture.

(3) Turgot remarquait « la tendance du métayer à ne faire venir que les productions qui ne donnent d'autres peines que de les ramasser ». Ex : chataignes, sarrasin.

P. LEROY-BEAULIEU : « La culture intensive et le colonage pratiqué sous la forme du métayage sont à peu près inconciliables. » Même opinion chez J.-B. Say et Arthur Young.

gements opérés dans ce pays d'élection du métayage, le Bourbonnais ; par l’amélioration de l'outillage, des assolements, l'emploi des amendements et des engrais, l’exécution des travaux d'irrigation et de drainage, etc., etc., les surfaces engazonnées ont passé de 74.169 hectares en 1865 à 94.000 hectares en 1892, les fourrages artificiels ont pris une importance de premier ordre, les rendements du blé se sont notablement accrus, la culture du seigle a regressé, les cultures des plantes industrielles se sont développées, le bétail blanc a été introduit et amélioré (1). »

Pour l'Allier, le tableau des améliorations et faits agricoles constatés de 1852 à 1862, est le suivant (2).

Page 1