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Toutes les améliorations accumulées depuis 60 ans ont coûté une somme énorme de travail. Comment ce travail a-t-il été obtenu du métayer ? Celui-ci avait, pour refuser sa collaboration au bailleur, trois raisons péremptoires : 4° Les améliorations en régime de métayage se traduisent
(1) Comparer statistique de l'enquête de 1866 à statistique
de 1892.
(2) Enquête agricole de 1862.
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par des pertes pour le travailleur ; 2 l'usage des baux de très courte durée (4 an le plus souvent, 3 ans parfois, rarement 6 ans), enlève au métayer tout espoir de se voir rembourser des dépenses auxquelles il aurait pu consentir ; 30 le métayer sous un fermier général avide, est toujours exposé à se voir dépouiller du bénéfice légitime de ses efforts extraordinaires, par l'augmentation de l'impôt colonique.
Ces raisons, pourtant très fortes, ne tinrent pas devant les exigences des fermiers généraux. Sous la pression d’une concurrence effrénée les métayers durent céder, et les fermiers intermédiaires puisèrent largement dans le grand réservoir de travail qu'est la famille colonique, toujours nombreuse.
L'école orthodoxe nous objectera, il est vrai: « ce qui prouve bien que le métayer trouvait un réel avantage à collaborer aux améliorations, c'est qu'il s’y engageait par contrat « librement débattu. » Sophisme ! L'’acceptation ne venait pas du désir de spéculer, mais de celui de vivre. Le travail ne saurait attendre ni chômer. Toute résistance de sa part est brisée d'avance par la nécessité impérieuse où il se trouve de vivre au jour le jour.
Mais, dira-t-on encore, abuse-t-on de l'expulsion ? Voyez ces familles de métayers établies depuis 20, 30, 40 anset plus sur le même domaine. Nous répondons avec Jacini : « il suffit que la possibilité du renvoi existe en permanence pour que le paysan se sente dépendant de l’arbi-
traire du propriétaire et soit ainsi socialement inférieur. »
A l'appui de ces considérations un peu doctrinales nous apporterons des opinions et des faits.
C'est en premier lieu, Méplain qui, visant les anciens fermiers généraux, les prétendus innovateurs du milieu du XIXe siècle, affirme que le métayer ne touche pas les bénéfices de ses travaux d'amélioration. L'impôt colonique ramène toujours sa part au strict nécessaire. « Si le colon refuse de subir ses exigences, le fermier (général) le renvoie et fait accepter sa condition par un autre qui, n'ayant point contribué à l'amélioration du domaine n’a point à se plaindre qu'on le prive d’un bénéfice acquis par le travail. »
Le Comte de Tourdonnet écrivait 30 ans après Méplain : « Le profit illégitime des fermiers généraux et souvent le plus clair, c’est celui qu'ils retirent d’une exploitation surmenée en pressurant les métayers, en exigeant d'eux des services personnels, en les faisant servir aux charrois commerciaux, aux transports à longue distance des produits sur lesquels ils spéculent en faisant tourner à leur - profit la misère des travailleurs, én leur imposant des conditions devenues usuraires par leur répétition... Entre Jes mains de ces spéculateurs qui ne songent qu'au luxe, les métayers sont traités sinon en ilotes du moins en véritables serviteurs à gage, ils n'ont ni volonté ni repos, ni moyens de résister. Il ne leur reste, s'ils sont mécontents, qu'à se retirer à la fin de l’année; et par une
inconséquence qui ne s'explique que par la pauvreté et la nécessité absolue c'est cependant parmi eux, à qui restera aux services de ces brocanteurs ruraux, à qui “restera soumis à leur pression ombrageuse et despotique. »
De Gasparin nous donne une des raisons qui poussent le métayer à défricher : « Un métayer forcé par ses engagements à consacrer uniquement son travail à sa métairie, ayant en général trop peu d'étendue de terrain pour s'occuper toute l’année, défriche des terres de qualité inférieure sans s'informer trop du prix qu'il tirera de son travail ; il lui suffit que ses journées soient payées à un prix quelconque pour qu'il en fasse l’entreprise. Le propriétaire n’a qu’à y gagner puisqu'il partage le produit du travail de ses métayers (1) ». Le fermier peut être amené à agir autrement car il paie son travail à sa valeur réelle.
Extrayons, maintenant, des baux, les clauses de nature à lever les derniers doutes sur le bien-fondé des affirmations précédentes.
4 « Les preneurs devront défricher à leurs frais, dans le cours des quatre premières années du bail, 3 h. 29 a. de bruyères (2). »
20 « Art. 4. — Tous les travaux d'amélioration que le bailleur croira devoir prescrire seront exécutés par les
(1) Cours d'agriculture, t. V.
(2) Bail de 6 ans, commune de Charnizay, 1862-1868.
preneurs, la chaux, les engrais artificiels et naturels seront payés de moitié. .... Art 9 : les preneurs fourniront toute la paille nécessaire à l'entretien des couvertures des bâtiments du domaine, ils aideront et nourriront sans indemnité les ouvriers qu'ils emploieront, mais les journées de ces ouvriers seront payées par le bailleur... » Les métayers se chargent de la conservation de l'immeuble en payant la prime d’assurance-incendie… Art. 10 : « Les preneurs seront tenus de faire tous les fossés que le bailleur jugera nécessaires sans être astreints à en faire plus de 120 mètres par an ; ils les garniront d'épines vertes ou sèches selon que le besoin s’en fera sentir... Le bailleur pourra faire ouvrir à ses frais telle quantité de rases ou conduits qu'il lui plaira. Les preneurs seront tenus de les empierrer et de les recouvrir. Art. 19 : En cas de maladie contagieuse ou de tout autre cas fortuit et comme garantie du cheptel qui leur est confié, les preneurs verseront, aujourd'hui, entre les mains du bailleur, une somme de mille francs qu’il gardera sans intérêt pendant toute la durée du bail (1) ».
30 «... Le métayer entretiendra les routes qui traversent le domaine... Il devra planter tous les jeunes arbres qui lui seront fournis par le bailleur. Il y mettra des tuteurs (2) ».
(t) Commune d'Arpheuille Saint-Priest, 1871, durée du bail 1 an, le métayer est très pauvre.
(2) C. de Sorbiers, 1873,
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ko « Le métayer s'engage à exécuter sans délai tous les travaux de quelque nature qu'ils soient, que le propriétaire lui commandera dans l'intérêt de la culture du domaine, soit dans les champs, soit dans les prés et à quelque époque que ce soit. »
ÿo «Toute la chaux est fournie par le métayer à raison de 120 hectolitres par an sauf la dernière année (1) ».
6o Dans un bail de la commune de Souvigny le bailleur se réserve de mettre en prés, en cours de bail, un certain nombre de parcelles dont une à l’état de pâture, broussaille. Le mélayer arrachera les épines, et paiera la moité de la chaux et des graines employées. Le preneur « supportera la moitié des pertes provenant des ventes à crédit » et renoncera quant au bétail au bénélice des articles 1810, 1812, 1827, du Code civil ; prestation colonique 800 fr.
7e Bail datant de 1903 (Allier) : «Les preneurs achètent chaque année cinq petits arbres à fruits qu'ils plantent à leurs frais. » Le métayer est tenu de faire tous les charrois et labours sur la réserve du bailleur, — impôt colonique 950 fr. pour 73 hectares ; durée du bail un an toute la volaille à moitié, interdiction de tenir des lapins.
8° Bail de la commune de Franchesse 1899, durée un an. « Le métayer ne pourra exiger aucune réparation aux bâtiments. » Il devra exécuter des travaux de nivel-
(1) C. de Néris-les-Bains, 1872-1875.
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lement, des transports de terre, etc. « Obligation de faire tous les fossés neufs jugés nécessaires par le bailleur. » L'entretien des chemins et avenues de la propriété est à la charge du colon. Obligation de planter les haies neuves. Interdiction de chasser sous peine de « renvoi immédiat ». Le bailleur se réserve d'employer à son gré (quantité et qualité) les engrais, semences payés par moitié. Tous les travaux de la réserve seront faits gratuitemeut par le métayer. Impôt colonique 800 fr.
Ainsi les fossés d'irrigation, les plantations, les rases de drainage, les défrichements, etc., sont pour le tout ou pour la plus grande partie exécutés aux frais du métayer, dont la jouissance est pourtant très précaire. Le fermier général peut gorger sa terre d'engrais ou d’amendements à bon compte: il trouvera toujours un métayer pourendosser la moitié des dépenses ; il lui sera toujours facile d'en trouver un autre, le premier refusant, qui consentira à une augmentation de l'impôt colonique, « justifiée » par l'accroissement de la fertilité de la terre. Parfois même, le fermier général est encouragé par le propriétaire à faire des améliorations ; dans un bail nous relevons que le propriétaire donne à son « fermier » la somme de 200 îr. pour chaque hectare de pré créé (1). Nous savons maintenant de quel moyen l'intermédiaire usera pour obliger le métayer à engazonner. L’engazonnement est
(1) Arrondissement de Nevers, 1375-1887.
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pourtant une transformation avantageuse au métayer, par l’économie de main-d'œuvre qu'ultérieurement elle lui procurera ; mais le colon y répugne à cause de la précarité de sa tenure (4).
Maintenant que nous avons un aperçu de l'œuvre du métayer, recherchons quelle a pu être la part prise par le fermier général et le propriétaire, aux améliorations agricoles.
Le gros effort de transformation a été fait de 1845 à 1880 ; il s’est prolongé jusqu’à nos jours, mais avec plus de modération et de prudence. C'est donc vers le milieu du XIXe siècle qu'il nous faut remonter pour voir à l’œuvre fermiers généraux et propriétaires. Pour les premiers, ces fameux « rénovateurs agricoles » nous avons à donner l'opinion d'un témoin oculaire admirablement placé pour apprécier leur rôle ; c’est Méplain qui s’écrie : « Que faut-il attendre des fermiers généraux qui ne sont point en état d'éclairer le colon sur la direction des travaux ; ils n'ont rien appris dans les livres où d’ailleurs on apprend peu dans cette matière parce qu'ils sont illettrés ; ils ne
(1) « Le métayer bourbonnais ne fournit pas seulement son travail ; il paie un tiers ou moitié de la chaux, des engrais commerciaux, des tourteaux et des farineux, matières dont l'effet se prolonge plus d'une année ; il supporte même une partie des travaux d'améliorations foncières dont les effets sont encore moins immédiats, tels que labour de défoncement ou création de prairies, transport de matériaux de
construction, de drainage, etc. » Jourrroy: L'Agriculture dans l'Allier.
sont point instruits par l'exemple d'une bonne culture parce que jamais ils ne sont sortis de la contrée qu'ils habitent et que leur expérience se borne à la pratique routinière du pays. » Et puis les fermiers généraux « qui ont un capital le dirigent vers des spéculations étrangères à l’agriculture et se livrent au commerce des vins, des bois, des grains. Malheur alors à la terre, au propriétaire et au colon. Ce dernier se transforme en voiturier aux gages du fermier ; les bestiaux quittent le labourrage pour le charroi ; les terres restent en friches et les engrais se perdent sur la route. »
Le fermier général a-t-il intérêt à améliorer ? Non, nous dit Méplain, parce que : Lo ses baux sont trop courts (6 ans en moyenne); 2 il est menacé d’une augmentation de rente. Aussi le fermier général « dédaigne, empêche ou détruit les améliorations qui lui sont souvent nuisibles. »
Il est cependant une amélioration que cet intermédiaire n'a jamais dédaignée ni empêchée : C’est le chaulage. La chaux quis’est attiré, par son emploi inconsidéré, la réputation « d'enrichir le père et de ruiner les enfants » est l'instrument par excellence de fertilisation mais aussi d'épuisement, dont le fermier général a usé et abusé pendant longtemps. Lui en fera-t-on un mérite ? Non, car dans cette opération les intérêts du colon et ceux de la culture furent trop souvent sacriliés aux désirs qu'il
avait édifier rapidement une grosse fortune. Ce genre de spéculation ne saurait être loué ni même toléré.