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sions ; puis elle décide de se tenir sur l’expectative sans insister désormais sur la propagande syndicaliste.
À partir de 1910, le mouvement Syndical colonique subit une dépression manifeste. A Chaque réunion fédérative: 30 septembre 1910, 24 mars 1911, 24 novembre 1911, on enregistre des démissions de Syndicats. À cette dernière assemblée, on décide même la suppression du € Travailleur rural », ce vaillant petit organe dont la valeur éducative et instructive promettait d'être considérable. Emile Guillaumin, écrivain original et délicat, et modeste paysan d'Ygrande, en avait assumé durant six ans la direction. Les 24 numéros parus constituent un recueil précieux de documents sur le métayage et le fermage général. La probité reconnue des meilleurs informateurs du Travailleur rural, engage quiconque veut aller au fond de la question du fermage général, à par- Courir, sans crainte, la collection de ses numéros, tous intéressants à divers titres.
Maintenant, un certain nombre de questions, auxquelles nous essaierons de répondre, se posent naturellement à notre esprit : 1e Que reste-t-il du syndicalisme colonique ? 2° Quels avantages a-t-il procurés aux métayers ? 3° Quel avenir lui est-il réservé ?
Le recrutement syndical est arrêté. Les effectifs de la Fédération ont sensiblement baissé. Ce sont deux faits incontestables, dont les causes seront recherchées par les uns dans l'incompatibilité qui existe entre le métayage et
le syndicalisme de classe, par les autres dans l’idée de crise de croissance à laquelle échappent rarement Îles jeunes et nouvelles organisations. Quoiqu'il en soit, les adversaires du syndicalisme colonique auraient tort de se réjouir trop vite de Son échec passager et à plus d'un point de vue apparent, et ce, pour deux raisons : 1° Parce que le syndicalisme n’est pas mort. La lenteur de son affaiblissement fait même espérer qu'il ne disparaîtra pas totalement, et que peut-être il reprendra vigueur nouvelle. 90 Parce que surtout, à côté des syndicats restants, vivent et prospèrent des organisations capables de donner au mouvement syndical futur, une ampleur et une force jusque-là inconnues. Nous voulons parler des coopératives.
Ce n’est un secret pour personne, que les grands propriétaires et les fermiers généraux du Bourbonnais furent très hostiles à l'introduction et au développement de la coopération dans les milieux coloniques. « À quoi bon, disaient-ils, des caisses de crédit, des coopératives d'achat ou de vente ? Ne sommes-nous pas les « banquiers naturels » du colon ? Ne nous chargeons-nous pas d'acheter et de vendre au mieux des intérêts de la « société » colonique ? » Les métayers ne se sont pas laissés convainere par de tels arguments. Nous savons pourquoi (4). Ils aspirent ardemment à jouir des avantages que procure la coopération sous toutes ses formes. Aujourd'hui, des
(1) Voir plus haut,
caisses locales de crédit, une caisse régionale, des co0pératives d'achat existent, et donnent des résultats encourageants (1). Mais à côté de leurs résultats matériels, visibles et notables, s'en d'éveloppent d’autres, d'ordre social, beaucoup plus importants.
Grâce à la pratique de la coopération, le métayer sort peu à peu de son individualisme traditionnel, pour prendre une part chaque Chaque jour plus grande à l’action collective. Les nécessités économiques ef sociales l'y forcent. Ce n'est certes pas sans hésitation ni sans répugnance qu'il s'engage ainsi dans des associations où il doit subir une discipline et prendre des responsabilités. Toute son éducation de membre d’un groupe agissant dans un but plus ou moins éloigné, est à faire. Mais lorsque Son apprentissage de sociétaire sera suffisamment avancé, il pourra user du moyen très efficace d’élimination du fermier général, que nous indiquerons plus loin.
Nous estimons à trois les résultats principaux de l’action syndicale des métayers du Bourbonnais :
1° Dans beaucoup de cas, des conditions meilleures encore que très insuffisantes, ont été faites aux colons, par les propriétaires.
2° Des coopératives ont été fondées sur l'initiative des syndicats ; leur action peut avoir une influence considé-
(1) Voir notre étude sur les Jermages collectifs, dans les Annales de Grignon, vol. 3.
rable sur l'existence même du fermage général et sur la situation des métayers.
30 Le syndicalisme colonique de ces huit dernières années a fortement préparé le terrain pour une action future plus efficace. Le contrat-type servira de prétexte et de point d'appui à une campagne nouvelle d’amélioration des contrats. Qu'un tel contrat ait pu être obtenu, cela prouve : do que les revendications des métayers n'avaient rien de chimérique ; 2° que la Fédération des travailleurs de la terre représentait, à un moment donné, une foree imposante dont les métayers n'ont malheureusement pas su tirer tout le parti possible.
Ces résultats ne sont pas négligeables. On aurait pu en obtenir de plus grands ; on n'y est pas arrivé. Pourquoi? C'est ce qu'il nous reste à rechercher.