CHAPITRE
l° Le Fermage général dans l'Italie septentrionale.
Dans le nord de l'Italie, nous sommes en présence d’une agriculture très avancée ; la propriété y est relativement morcelée. Le propriétaire réside fréquemment au milieu de ses métayers qu'il surveille et dirige. Le fermier
traite directement avec le propriétaire. Les grands fermiers de la plaine lombarde sont en tout point semblables à nos grands fermiers de la Beauce ou de la Picardie. Ce sont avant tout des agriculteurs et d’habiles agriculteurs tirant d’un sol riche et bien irrigué le maximum de produits.
Beaucoup de petits propriétaires du Piémont et du Haut-Milanais exploitent directement. Dans ces régions, l'émigration temporaire vers la France, la Suisse et l’Allemagne est assez abondante. Autant de conditions qui rendent difficile le développement du fermage général. Cependant, ce système n'y est pas totalement inconnu. Il nous est signalé dans la plupart des provinces du nord de l'Italie.
La Vénétie nous en offre des exemples.
En Emilie, il paraît être plus répandu. Déjà, dans l’enquête parlementaire de 1880, il en est parlé, pour la circonscription de Comacchiate notamment (1). Dans la deuxième moitié du XIXe siècle, la bonification des basses plaines du littoral adriatique donna naissance aux « latifondi » du nord, de caractères très différents, ilest vrai, de ceux des latifondi siciliens (2). Dans la partie basse de la province de Ferrare, certains de ces latifondi atteignent 2.000, 3.000 et jusqu’à plus de 45.000 hectares (3). Avec
(1) Atti della guinta per la Inchiesta agraria, vol. II, Tome I.
(2) Les latifondi du Nord sont plus récents, plus riches et à évolution plus rapide que ceux du Midi.
(3) V. PÉGLion, Le bonifiche ferrarèse, 1910, Ferrare,
eux est né le fermage général (D) ; il y subsiste encore aujourd'hui. Les fermiers généraux sous-louent soit à des petits fermiers, soit à des métayers, soit à des « terziari » (cultivateurs au tiers des produits).
M. Niccolini relève une tendance à la désertion des campagnes chez les propriétaires ferrarais, qui ne voient dans l'agriculture qu'une source de revenus et non plus comme autrefois une occupation digne de leur meilleure activité. La gestion des propriétés foncières est abandonnée aux mains des pelits fermiers ou des fermiers SÉNÉTAUX.
Le fermage se développe beaucoup dans la partie est de l'Emilie et dans le Ferrarais. M. Ghino Valenti souhaite que les possesseurs du sol ne rompent pas tout lien avec la terre. Il leur propose d'adopter un contrat hybride tenant du fermage et du faire valoir direct. Dans le contrat de « Bonora » ou affecto colonico, juridiquement considéré par lui comme une Zocatio Opérarum, l’exploitant a droit à l'entière valeur des produits du domaine, mais il ne peut en disposer qu'après avoir désintéressé le propriétaire du prix de fermage, de ses avances, etc. : la direction de l'exploitation incombe au propriétaire. Ge contrat présente, dit G. Valenti, de grands avantages : 1° pour le propriétaire qui est à l'abri des soustractions délictueuses des intermédiaires ; 2e pour la société parce
(1) Inchiesta sui confiitti in Romogna. Déposition du général T. Masi,
qu'il élimine des intermédiaires inutiles et « pernicieux » (1).
Au cours de la période récente, les fermiers généraux purent réaliser de gros bénéfices, grâce aux prix élevés (6 à 40 francs le quintal) atteints par les fourrages. Avec des baux de 9 à 42 ans obtenus à raison de 70 à 100 francs l'hectare, ils sous-louèrent à des taux plus élevés, jusqu’à 300 francs à l’hectare, des terrains très fertiles donnant une moyenne de 90 quintaux de fourrages.
Beaucoup de grands fermiers tiennent à exploiter directement la partie du domaine réservée aux cultures fourragères. Ils font valoir les terres labourables, en « terzeria » (au tiers). Les caractères du fermage général sont ici assez atténués.
Lesrécentesgrèves agricoles, nombreusessurtoutdepuis 1897, ont eu pour effet l'augmentation du nombre des fermiers généraux. « Beaucoup de grands propriétaires les plus frappés furent amenés à abandonner leurs exploitations. Le fermage prit une grande extension; la hâte, l'urgence qu'il y avait à liquider le cheptel mort ou vivant, la préoccupation de plus amples garanties, amenèrent la création d’une classe d’intermédiaires entre les possesseurs et les travailleurs de la terre, classe qui s’est jetée dans ces entreprises dans un but exclusif de spéculation ; elle a vécu d’une vie prospère jusqu’à ce jour, mais par
(4) Le clasi agricole e le loro organisszasiome sociale ed éco nomiche nel Ferrarese, par le Dott. G. GENNARI.