‹ La Question des Fermiers GénérauxChapitre 56 sur 85 · SUN · texte numérisé non relu

SUN

Non content de voler l’ouvrier sur son salaire, le caporal le vole encore sur sa nourriture ; des cantines sont installées sur chaque domaine. Et malgré la redevance élevée à laquelle il est astreint envers le fermier, le cantinier fait rapidement fortune en vendant aux ouvriers des aliments et des boissons frelatés, et en « volant honteusement » ses clients (4).

L'ouvrier, dont l'esprit a pu être touché par la propagande syndicale et socialiste, est enfin sorti de sa passivité meurtrière. Des grèves ont éclaté dans l’Agro-romano. En 1906 notamment, les ouvriers, qui ne gagnaient en moyenne que 2 fr. 25 par jour (les femmes 1 fr. 20) (2), réclamèrent par la grève une augmentation de salaire et une diminution des heures de travail. Leur condition était telle, en effet, à cette époque, qu’un ingénieur italien, M. Domenico Léone, pouvait écrire ces lignes : « Dans les conditions actuelles, les paysans de l’Agro-romano doivent émigrer, ou s’ils veulent respirer l’air de leur patrie, ils doivent souffrir la faim (3) ». Triste résultat du système de la chrématistique qui demande à la terre non des hommes, mais de l'argent!

Les pasteurs, ont compris eux aussi, la nécessité de se grouper pour vivre. Après avoir mis en commun leurs

(1) P. Roux : « La nourriture de l'émigrant toujours chère et parfois malsaine. La faim pousse souvent le paysan à manger des animaux morts de maladie. »

(2) Bulletin de lOffice du Travail, Rome, 1905.

(3) Tribuna, 11 sent, 1906.

troupeaux, ils ont loué collectivement les pâlurages dont ils avaient besoin.

Les fermiers généraux de l’Agro-romano nous apparaissent donc à travers l’histoire comme des spéculateurs dangereux, à la fois, pour la culture qu'ils n'ont pas améliorée, pour les paysans qu'ils ont exploités ou volés, et pour le pays tout entier dont ils ont accentué l’émigration.

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