J. — ABRUZZES ET MOLISE
Cette région du sud de l'Italie se caractérise par une propriété foncière relativement morcelée. Très peu de latifondi proprement dits, mais plutôt de la grande propriété. Le fermage général s’y rencontre néanmoins sous des formes plus ou moins pures. Tantôt le fermier général revêt l'aspect d'un simple spéculateur ne s’occupant point d'agriculture, tantôt, au contraire, il se constitue une réserve qu'il fait valoir directement.
Ainsi, dans quelques communes de la vallée de l'Aterno, le fermier général du dernier type sous-loue à des paysans besogneux quelques parcelles de terres, mais seulement pour les cultures qui précèdent les céréales, c’est-à-dire pour les pommes de terre, légumes, ete. Les gains réalisés par ce moyen s'élèvent à 2 ou 3 francs la « coppa », soit à 32 ou 48 francs par hectare. Gains considérables si l’on songe que le fermage de la « coppa » varie entre 5 et 6 fr.
pour les terrains médiocres entre 44 et 15 francs pour les bons, d'autant plus que le fermier général se garde bien de sous-louer les terrains de cetie deuxième catégorie. Aussi « ce n’est que la nécessité de trouver un emploi sûr de ses forces qui pousse le paysan. à sous-louer et à subir de telles conditions (4) ».
Un des rares effets bienfaisants de l’émigration qui sévit ici comme ailleurs, a été de diminuer la concurrence qui s’exerçait entre de misérables petits tenanciers condamnés à tout subir de l'intermédiaire spéculateur. Ils trouvent de plus en plus à louer directement aux propriétaires et obtiennent des fermiers généraux des contrats moins onéreux.
Quelquefois, et toujours dans la vallée de l'Aterno, le fermier général, au lieu de sous-louer à des fermiers, cède des petites parcelles à des colons exploitant en « comparticipation ». Le colon fournit le travail, les semences et les engrais ; les produits sont partagés par moitié. Ce système va disparaissant sous l'influence de l’émigration.
Sur les points où apparaît la grande propriété, on rencontre le fermier général avec les caractères très accentués du spéculateur. C’est ainsi que dans le Fucino, région de grande propriété, la sous-location est pratiquée sur une grande échelle. À côté du cultivateur exploitant, on trouve une « classe de fermiers qui revêtent les carac-
(1) Inchiesta parlamentare, vol. 2, t. I,
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tères d'entrepreneurs agricoles ou de purs et simples intermédiaires ». Quelques-uns de ces gros fermiers détiennent un millier d'hectares de l'administration Torlonia (banque). Il en est parmi eux qui exploitent à l’aide de salariés ; d'autres emploient le métayage ; les plus nombreux sous-louent à des petits fermiers. Ces derniers n'ont aucune peine à fournir au propriétaire une rente de 72 à 90 francs à l’hectare avec les 144 à 180 francs qu'ils reçoivent, pour la même étendue, de leurs locataires. Notons aussi qu'ils ne courent aucun risque d’insolvabilité de la part des paysans, car l'administration Torlonia prend ses précautions : se servant au besoin d’un corps de gardes privés, distribués dans le latifondo, elle s’oppose à la sortie des récoltes jusqu’à ce qu’on lui ait fourni la preuve de la libération des paysans envers leurs fermiers. « Ainsi, en dernière analyse, ce sont les petits fermiers-cultivateurs qui garantissent aux propriétaires le paiement du fermage dû par le fermier général. Celui-ci revêt dans ce cas l’aspect d’un inutile intermédiaire (4). »
Les paysans ont réclamé avec persistance l'élimination des intermédiaires parasites, en apportant les preuves irréfragables de leur inutilité. L'administration Torlonia se rendant à l’évidence, diminue peu à peu l'étendue des terrains soumis au régime du fermage général.
(1) Enquête parlementaire.