ABSENTÉISME DES GRANDS PROPRIÉTAIRES RURAUX
Les riches propriétaires fonciers ne résident pas sur leurs domaines. Beaucoup d’entre eux ont subi l'attrait de la vie occidentale ; ils voyagent, et fixent même leur résidence dans les capitales de l'ouest de l’Europe. Ils se déchargent des soucis de la gestion de leurs terres sur les fermiers généraux, qui leur assurent une rente déter-
(1) Nb de Propriétés dont le revenu < à 10 ducats 107 682 — — est de 10 à 50 30 865 — — 50 à 100 83 495 — 100 à 500 3 146 — — 500 à 1000 775 — — 1000 à 3000 685 — — > à 3000 204
Le ducat d'Autriche vaut 11 fr. 85,
minée, payable à des époques convenues. La statistique nous montre, en effet, que la proportion des domaines affermés augmente avec leur étendue moyenne :
Les propriétés de 50 à . 100 bect. sont louées dans la proportion de 24,09 */.. — 1.000 à 3.000 — — 56,33 — — 3.000 à 5.000 — = 73,36 —
Les fermiers généraux roumains ne paraissent avoir pris une réelle importance qu'après le développement des moyens de transport. Pendant que les navires de tous pavillons, auquels le traité d’Andrinople (1829) avait ouvert la Mer Noire, exportaient des quantités croissantes de blé, les chemins de fer venaient enlever à la Roumanie les boyards pour les disperser à travers l'Europe oceidentale. Dans un pays où la culture du blé devenait très lucrative, où un régime féodal maintenait la maind'œuvre à très bas prix, où les débouchés commerciaux allaient s’élargissant, et où enfin les grands propriétaires endettés s’en allaient à la recherche de jouissances mondaines, les fermiers généraux ne pouvaient que se multiplier, s'enrichir, et en troubler profondément la vie économique et sociale.
Certes, la production agricole n’est pas restée immua: ble au cours de la deuxième moitié du XIXe siècle. Les récoltes de blé ont passé de 6.439.200 hectolitres en 4866, à 36.412.747 hectolitres en 1996, celles de maïs, de 5.866.100 à 20.886.000. Pour l'orge et l’avoine, la pro-
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duction s’est élevée de 2,7 millions d'hectolitres à 15,9 millions d’hectolitres. La culture du blé a done gagné du terrain sur le maïs; cela tient à ce qu'autrefois le paysan s’adonnait surtout à la production du maïs et à l'élevage du bétail.
Ce développement économique, très notable, aurait pu être dépassé et être accompagné de grands progrès sociaux, si la distribution de la propriété foncière avait eu lieu d’une manière plus démocratique, si le fermage général n’avait jamais existé (4).
Ce système de spéculation a obéi à la loi de la concentration capitaliste. Le nombre des fermiers généraux, au lieu d'augmenter continuellement, s’est réduit à partir d’une certaine époque. Des trusts de fermage se sont constitués. Des fermiers généraux de nationalité juive ont accaparé toutes les terres vacantes. C’est ainsi qu'en 1905, le trust des frères Fischer (juifs autrichiens) tenait en fermage un territoire d’une surface de 237.838 heciares, dont 159.399 hectares en terres labourables. L'entreprise englobait 69 communes rurales. Le trust Juster affermait, à la même date, 30.152 hectares de terres labourables. Ces deux trusts payaient # millions de francs de fermage.
La loi de 1907 a tenté de mettre un terme à ces dangereux aCCaparements des exploitations agricoles ; mais
(1) Voir opinion deM. Srerc, dans HimieR, op. cit.
avant d'en examinerparle détailles dispositions, il convient de voir ce qu'a été le fermage général au cours de la deuxième moitié du XIXe siècle : son évolution à travers des conditions légales économiques et sociales, changeantes, est intéressante à connaître. Dans l’examen rapide que nous allons faire de la législation agraire roumaine, nous glisserons sur les points qui ne se rattachent pas directement au fermage général.