MOLINARI
(2) Id.
cières de la famine, n’hésitèrent pas. Ils ordonnèrent l'éviction en masse. « En 1849, affirme Perraud, plus de 50.000 familles furent chassées de leurs misérables cabanes et jetées sans abri sur les grands chemins. » Ainsi débarrassés de l'excédent d’une population épuisée, les landlords voulurent revenir à la pratique de cultures plus rémunératrices, dans des exploitations plus étendues. A la culture arable devait se substituer la culture pastorale. Les statistiques nous montrent que leur but fut en partie atteint.
Les anciennes cultures ont regressé, depuis 4855, dans les proportions suivantes : pour le blé de 93 oo, pour l'avoine de 50 co, l'orge de 30 c/,, pommes de terre 37 0/0. Par contre, les cultures fourragères s’accrurent considérablement. Pour les prairies, l'augmentation des surfaces est de 71.9 °/,, pour la betterave de 236 °..
Ces profonds changements, survenus dans la répartition des cultures, devaient avoir pour corollaire une réduction importante du nombre des petites exploitations. De 1841 à 1903, en effet, les taures de 1 à 5 acres diminuent de 79.9 ch
ru 5à18 — 38.8 °/o = 15 à 30 — augmentent de 69.3 o/, "ne > 30 —. — 238. 0/0
Au prix de quelles souffrances, cette révolution économique fut-elle réalisée, un article du Times nous le laisse deviner : « Le droit de propriété est exercé en Irlande d'une façon sauvage et tyrannique. La propriété y exerce
son droit d’une main de fer et renie ses devoirs avec un
front d’airain (1) ».
3 Les fermiers généraux, leur administration, etc.
Nous les avons vu trèsnombreux, au XVIIe siècle. Ils le resteront, pendant la première moitié du XIXe.II furent très éprouvés, il est vrai, par la baisse des prix du blé, qui se produisit à partir de 4845. Un grand nombre d'entre eux ne purent supporter les conséquences de l'insolvabilité que cette baisse provoqua chez les tenanciers. La faillite des paysans entraîna la faillite des middlemen. Les propriétaires eurent alors recours à de simples mandataires, aux « agents ». Mais les middlemen ne disparurent pas Complètement, comme l’affirme Emile de Laveleye. Nous avons à opposer à cette affirmation, les témoignages de Pichot, Fournier, Gasparin, Roscher, Molinari, etc., etc. Trevelyan, dans son Histoire de la famine, écrit, en 1849: « La moitié de la surface de l'Irlande est encore louée à baux perpétuels avec des intérêts dérivés et sous-dérivés à l'infini ». Perraud reculera la date de leur disparition jusqu’au lendemain de la famine ; mais alors, faut-il croire à leur renaissance récente, puisque M. Béchaux déclarait, en 4906 : « La sous-location à plusieurs middlemen s’est perpétuée. M.T.-W. Russel, dans Zrelandandthe Empire, nous dit que devant le Morley Committee, en 1894, témoi-
(1) Times, 25 février 1847. Voir BÉCHAUX, 0p. ci.
SU SEE Rte
À di
Cas #3 ge "er
dr,
nn.
ne D ONE SU Tee
= pe NE im) és rs
CE Ne Vs
nc
SR APN TG
RÉAES 8 D st hs
gnage fut rendu qu'entre le cultivateur du sol et landlord d’une certaine propriété de l’Ulster où la rente fut réduite de 60 o/°, trois middlemen intervenaient. Ainsi le tenancier devait produire un loyer pour quatre intéressés différents (1) ».
C'est, en effet, un des caractères du fermage général irlandais, que de présenter plusieurs degrés entre le propriétaire et l'exploitant. « Le landlord louait tout ou partie de ses es/ates à un premier middleman moyennant un bail perpétuel. Il ne conservait que le domaine éminent, fee; le premier middleman sous-louait l’estate par portions à un second middleman avec bail de 99 ans, lequel sous-louait à un troisième pour 31 ans qui sous-louait pour 7 ans à un quatrième qui sous-louait annuellement aux Cultivateurs. A l'expiration de ces baux, du haut en bas de l'échelle, tous ces middlemen s’exploitaient et la charge retombait toujours sur le tenancier (2) ».
Ainsi, lorsque la jouissance de la terre s'échappe des mains du propriétaire pour aller à celles du paysan, elle doit passer par une longue chaîne de fermiers généraux, dont le nombre s’accroit en progression géométrique.
Inglis, après avoir pris un exemple analogue à celui de G. de Beaumont, remarque qu’un domaine d’une centaine d’acres peut être tenu « par non moins de 54 tenanciers, sous 43 middlemen, répartis en quatre classes distinctes,
(1) BÉCHAUX, op. cit., p. 30, note.
(2) LECARPENTIER, 0p. cit. Voir BEAUMONT, 0p cit.
chacune d’elle devant vivre de l'excès de la rente payée par la classe qui lui est immédiatement subordonnée sur la rente qu'elle paie à la classe immédiatement supérieure, alors que le produit réel de la terre est insuffisant pour l'entretien de ses cultivateurs (4) ».
Lord Stanley parle de six ou sept translations entre le propriétaire et l'exploitant (2).
Nous savons déjà que les middlemen ne résident guère au milieu des paysans, « qu'ils se contentent de pressurer de loin et sans scrupule un peuple détesté ». Tout leur effort administratif se borne à diviser leurs terres en lots minuscules, de manière à surexciter la concurrence entre paysans ; ils arrivent à entasser jusqu’à 600 individus sur 400 acres. La terre est livrée au tenancier, sans apprêt, sans matériel, sans animaux. C’est au paysan qu’il appartient de se construire « un amas informe de bois et de paille mêlés ensemble qu'il appelle une cabane... (3) », de se pourvoir en capital d'exploitation.
Le middleman étant dépourvu de toute lumière agronomique, ne saurait se risquer à accomplir la moindre amélioration. C’est un « spéculateur.», un « traitant », un « usurier », pour nous servir des épithètes couramment employées. « Souvent, une grande partie des fermages est acquittée sous forme de présents faits à la femme,
(4) IxGuIS : À Journey throughout Ireland.
(2) Lord SranLey's speech, 5 juillet 1837. House of Lords. (3) BEAUMONT.
aux enfants, à la maîtresse du propriétaire (4) ». Il spécule sur la misère des paysans qu'il tient à sa merci, grâce à la menace de l’éviction (ejectement), constamment suspendue sur la tête du tenancier at soil (2). C'est que, en effet, les baux de longue durée sont rares. Le bail verbal, af will où annuel, est la règle. « Rien n’indique mieux, déclare l'abbé Perraud, la situation précaire à laquelle ce système de tenure réduit la plus grande partie de la classe agricole en Irlande, que l'habitude dans laquelle sont bon nombre de propriétaires d'envoyer régulièrement tous les six mois des notices d’éviction à leurs fermiers, en se réservant la faculté de n’y point donner suite, et uniquement pour les tenir à leur merci ».
D'après une statistique de 1870, sur 682.148 exploitations (holdings), 526.539 étaient « aé will », sans bail ; 135.392 étaient louées avec bail (lease); 20.217 seulement restaient aux mains des propriétaires.
Jusqu'en 1826, le propriétaire dont le middleman faisait faillite, pouvait s'adresser directement au paysan, alors même que celui-ci s'était très régulièrement acquitté entre les mains de l'intermédiaire (3). Une loi de cette date fit cesser ce scandale.
Quels étaient les profits des middlemen ? Ceux que pou-
(1) ROSCHER, op. cit.
(2) PERRAUD: (Le tenancier est « tenant at will » c'est-à-dire que deux fois par an et pourvu qu'il en soit prévenu d'avance par une « notice » régulièrement délivrée, il peut être ren-
voyé et remplacé par un autre. »