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taire afin de pouvoir attendre la moisson ; qu'il est très rare d'en trouver qui ne s’endettent pas envers leur maitre d'au moins 400 livres par an. »
On apprend encore que dans une métairie du Poitou les 36 colons dépensent annuellement 36 francs chacun ; que sur les confins de la Marche et du Berry, les 46 colons d'une autre métairie coûtent moins encore à nourrir, Car chacun d'eux ne consomme que pour 25 francs par an (1).
On dira que le peuple ressemble à un homme qui marcherait dans un étang, avant de l’eau jusqu’à la bouche, qu'à la moindre dépression du sol, au moindre flot, il perd pied, s'enfonce et suffoque (2). Mais on ne fera rien pour abaisser le niveau de son exploitation. L’égoïsme à courte vue des classes dirigeantes ne cèdera que par la force. Tout au plus trouvera-t-on un ministre comme Turgot, assez courageux, clairvoyant et humain, pour condamner les propriétaires à nourrir leurs métayers trop souvent exposés à mourir de faim (3).
Il faudra que les grands propriétaires fonciers soient touchés dans leurs intérêts immédiats pour qu'ils songent à se débarasser du fermier général et, par contre-coup, à délivrer le paysan d’un parasite et d’un tyran. Vers la fin du XVIIe siècle, en effet, beaucoup de seigneurs qui souffraient dans leurs revenus du délabrement des exploi-
(1) TAINE, 0p. cit.
(2) MASSILLON à FLEURY.
(3) Ordonnances des 23 février et 1e mars 1770,
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tations et de l’accablement des travailleurs, en arrivent à
remplacer les fermiers généraux par de simples régis-
seurs (1). Cette réparation tardive fut insuffisante parce
que localisée ; l'examen du cahier de doléances va nous « en apporter la preuve.
Le fermage général et les cahiers de doléances. — Rien n'est plus instructif, pour connaître l'opinion intime des paysans de l’ancien régime sur les fermiers généraux, que la lecture des cahiers de 1789. Ces cahiers constituent des témoignages précieux, d'une réelle valeur, puisqu'ils « furent rédigés, dit de Tocqueville, en pleine liberté, au milieu de la publicité la plus grande pour chacun des ordres, et furent longuement discutés entre les intéressés et mürement réfléchis par leurs rédacteurs. »
Nous ne donnons, des nombreux cahiers où il est question de fermage général, que les extraits les plus caractéristiques, afin d'éviter des redites inutiles.
a) Cahiers de doléances du baillage de Bourges :
Les habitants de la paroisse de ZLissay se plaignent « que le plus grand nombre des propriétaires afferment leurs biens, surtout depuis quelques années, même les gens d’Eglise, et qu'eux, paysans, sont dévorés par ces fermiers qui, ayant affermé souvent trop cher, les sucent jusqu’au dernier sol et après celà les mettent dehors, les réduisant à la misère. »
(1) H. Sée, DARESTE, 0p. cit,
4 Paroisse de Nohant-en-Gout. — 180 « Il faudrait que les différents fermiers de nos campagnes fissent valoir ; par eux-mêmes. Alors ils n'écraseraient pas nos pauvres villageois, parce qu'ils ne pourraient pas prendre une infinité de fermes pour leur compte, et le gain de ces mêmes fermes se répandrait sur un plus grand nombre # de particuliers ; ils deviendraient moins riches, mais il y aurait plus de particuliers commodes et aisés. »
Les paroisses de Lapan et de Villabon réclament leur
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suppression ; « on verrait, alors, une infinité de misères cesser. »
Paroisse de Vorly. — Art. 6. « Un riche ne veut pas s’assujettir à faire régir son bien; il le donne à ferme. Celui qui s'en charge veut y faire son profit, il n’est rien qu'il ne fasse pour parvenir à ses fins, et le malheureux qui doit dépendre de lui est et sera toujours la triste victime des différentes augmentations qu’il éprouvera ; de là la ruine de plusieurs familles qui ont fait sous nos yeux la triste expérience de ce que nous osons avancer. »
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Dans ia paroisse de Merceau « la plupart des métayers
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sont dans les mêmes cas et positions des journaliers, car après avoir payé tous les domestiques, tous les
impôts et le maître de la métairie, bien souvent il n’y a pas un boisseau de blé à Noël et même avant Noël. »
Paroisse de Berry Marmagne. — Art. 5. « Nous sommes si opprimés par les fermiers des propriétaires des
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