‹ La Question Des Îles d'AlandChapitre 28 sur 29 · CONCLUSIONS · texte numérisé non relu

CONCLUSIONS

Ce dernier traité concernant les îles d’Aland, cet arbitrage de la Conférence de Genève a-t-il donné satisfaction aux premiers intéressés, les habitants des îles: a-t-il satisfait le pays qui fut jadis lésé par la perte d’un territoire ? À notre avis, il n’a fait que consacrer le traité de 1856 en remettant cet archipel suédois sous la domination finlandaise à la place de la domination russe.

Il a mieux précisé peut-être les clauses qui se rapportent à la neutralisation des îles, tout en désignant la Finlande comme gardien principal de cette neutralisation.

Du point de vue droit international la servitude négative, à laquelle fut astreinte la Russie par le traité de 1856, est reprise par la Finlände.

La Russie a-t-elle respecté cet engagement et celui

qu’elle avait contracté le même jour de ne pas entre-

D AAREE

tenir une flotte de guerre dans la mer Noire ? Le. premier, elle l’a violé en 1914 quand la grande guerre éclata; les puissances qui l’avaient astreinte de le signer étaient ses alliées, elles n’ont pas pensé à la faire respecter, c'était une précaution nécessaire à sa défense, à la défense commune; la protestation de la Suède, pays intéressé dans la question, eut comme réponse que toutes ces mesures ne dureraient que pendant les hostilités. On se perdrait en conjectures en voulant établir ce qu’il y aurait eu si la Russie n'avait pas abandonné la partie. |

Mais nous voyons difficilement un grand pays victorieux renonçant à un droit acquis pendant une guerre glorieuse. |

Le deuxième engagement elle l’avait violé lors de la guerre de 1870, la France occupée avec l’Allemagne ne pensait pas à lui faire respecter le traité de Paris.

Cette violence fut consacrée par le pacte de Londres, qui donnait le droit à la Russie d'entretenir une flotte de guerre dans ce lac oriental qu'est la mer Noire.

Sommes-nous devenus meilleurs, la Société des Nations sera-l-elle plus forte que la Cour de La Haye ?

L’avenir nous le montrera !

Reproduisons à ce sujet les inoubliables paroles

SN

de M. Pillet (La Guerre et le Droit. Leçons données à l’Université de Louvain en 1921). |

« La fonction principale de la Société des Nations doit être, comme autrefois celle de ia Sainte- Alliance, de donner une garantie complète aux Etats et de les confirmer ainsi à jamais dans leurs possessions. Tel est l’objet de ce fameux article 10 qui fût la cause principale de léchec de la procédure de ratification du traité aux Etats-Unis. On ne peut pas se passer d’une clause semblable, car si les Etats abdiquent une part de leur indépendance en faveur d’un organisme supérieur, la Société des Nations, c’est sans doute dans le but d'obtenir une sécurité complète. La Société des Nations, telle qu’elle a été organisée dans le Traité de Versailles, peut promettre cette garantie; peut-elle assurer qu'elle sera tenue ? En aucune façon.

« Elle n’a pas de forces qui lui soient propres, et même si elle en avait elle ne pourrait pas assurer que ces forces fussent toujours à la hauteur d’un pareil devoir. Puis cette garantie est véritablement bien imprudente; le monde a vécu au milieu de transformations continuelles : il est chimérique de penser que, à un moment donné, par l'effet d’un simple contrat ces transformations s’arréteront pour faire place à une consolidation perpétuelle des positions existantes. L'abbé de Saint-Pierre n’était pas

plus téméraire lorsqu'il disait que les rapports des

Lu MERE

puissances de l’Europe seraient perpétuellement régis par les dispositions du Traité d’Utrecht.

« La Société des Nations a été introduite dans le Traité de Paix sur le fondement de cette idée qu’après la guerre de 1914 aucune autre guerre ne pouvait avoir lieu et qu’il fallait organiser le monde pour la paix. C’est une grande utopie, et c’est en effet dans le royaume de l’utopie que le Traité de Versailles nous transporte malgré nous. On ne peut juger lavenir que par le passé. Le passé nous montre que des guerres, si longues et si cruelles soient-elles, n’ont Jamais déterminé le monde à se ranger au parti de la paix perpétuelle ».

Aussi pacifiste qu’on puisse l’être, en jugeant les choses différemment de M. Pillet l’on se transporte malgré soi dans le royaume de Thomas Moruis, or il n’est pas de notre monde ce royaume, et les erreurs qu'on peut commettre dépasseront les causes !

Mais ce qui nous semble injuste et ce qui pourra un jour confirmer ce qui vient d’être dit, et nous sommes persuadés ne pas être les seuls car les faits sont trop évidents, c’est le soin mis par la Conférence à écarter l’idée du plébiscite officiel aux îles, malgré la pétition signée par 8.000 Alandaiïs, adressée au roi de Suède pour demander l'incorporation des îles à la Suède (8.000 habitants mâles représen-

tant 98 % de la population mâle des îles), et pour

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