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table. Ils ont refusé de vendre leurs excédents au-dessous d’un certain prix, préférant stocker une partie de leur récolte en vue de s’en débarrasser à des prix plus élevés à la faveur de mauvaises récoltes ultérieures dans les pays importateurs. Ces mesures étaient largement employées, surtout aux Etats-Unis et au Canada où le Farm Board et le Pool Canadien, dotés de ressources financières considérables, ont fait de grands efforts pour maintenir les cours au moyen du crédit et du stockage. Mais les résultats de cette intervention n'étaient qu’éphémères et, à partir du mois de juillet 1930, date à laquelle la Russie est réapparue sur le marché européen avec des quantités considérables de blé, les cours de celui-ci ont subi une chute vertigineuse : l'indice des prix du blé canadien Manitoba à Winnipeg, qui a été pendant l’année commerciale 1929-30 de 84,8 (1), est tombé, du mois de juillet 1930 jusqu’au mois de décembre de la même année à 47,30. Cet effondrement a entraîné des conséquences catastrophiques pour tous les pays exportateurs et particulièrement pour les pays agricoles du bassin danubien qui se trouvent dans des conditions particulières. Toutefois, cette chute profonde n’a pu modérer le rythme de la production du blé. Aucun ralentissement n’a été observé et les stocks ont continué de s’accroître, entraînant ainsi une baïsse encore plus grande des prix.
Le tableau suivant est particulièrement instructif à cet égard :
(1) Institut International d’Agriculture. Conditions de l’Agriculture, 1931-32. Rome 1932, p. 61.
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En millions de quintaux.
TUE EE 946 157 23,00 1924-25... 2: Fe 840 191 34,30 1929-20 2.50 00e 909 146 31,60 1920-27 7 ae 924 167 30,40 1927226 0800 983 177 28,70 1928229501. ; 1.072 196 24,50 LE SO PEN En 939 267 23,30 SU) RER "2012 252 13,60 151 CS PARAMETERS 999 276 10,60 1952-33... 1.000 264 ÿ 9,50
Par conséquent, il ressort de ces chiffres que la production n’a pas diminué, mais est restée constante malgré l’augmentation des stocks invendus. Par contre, si l’on compare la production agricole à la production industrielle, on voit que la réaction de l’agriculture contre la baisse des prix diffère essentiellement de celle qui caractérise l’industrie. Contrairement à ce qui se passe dans l’agriculture, dans le domaine industriel, la production a suivi, dans une certaine mesure, la baisse des cours, de sorte qu’elle a subi dans tous les pays une restriction dépassant 50 % ou allant même jusqu’à l’arrêt complet de l’activité. En effet, dans l’industrie, dès que les symptômes
-(1) Institut International d'Agriculture. Documentation pour là Conférence monétaire de Londres, 1933, pp. 265 et 300.
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de la crise apparaissent, les producteurs s'organisent pour mieux adapter la production à la consommation. On a vu, ces dernières années, se former des cartels tantôt dans le cadre national, tantôt dans le cadre international. Il existe donc, dans l’industrie, une certaine unité de contrôle qui permet l’ajustement aux conditions du marché.
Dans l’agriculture, au contraire, la situation est bien différente. Il est presque impossible d’y appliquer des procédés semblables. La production agricole est dispersée et, dans la plupart des pays, elle est, le plus souvent, entre les mains de petits cultivateurs indépendants, en général hostiles à toute réglementation. Pendant les années de dépression, on assiste, dans l’industrie, à une élimination du producteur marginal et il s’effectue une certaine concentration de la production. Par contre, dans l’agriculture le producteur marginal est représenté presque toujours par le paysan petit propriétaire, qui persiste, poursuivant la production, même à perte. Et même lorsqu'il en arrive à être totalement ruiné et surchargé de dettes, aucun gouvernement n’oserait le déposséder de son lopin de terre. Alors, on procède à des moratoires, à des réductions de dettes et à d’autres procédés en vue d’assainir ces exploitations en faillite. Toutes ces mesures sont pratiquées particulièrement dans les pays exportateurs de produits agricoles. Du reste, la réglementation de la production agricole est fort difficile, presque aussi bien dans les grandes que dans les petites exploitations agricoles. Le rendement de la récolte dépend, en grande partie, des conditions météorologiques, et, par conséquent, c’est la structure et la pature de l’agriculture qui expliquent la rigidité de celle-ci
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au point de vue de l’adaptation de la production à la consommation. Ye
Que l’un des principaux facteurs de la chute des prix, à savoir l’accroissement de la production du blé, ait atteint un tel degré, il est hors de doute qu’il faille l’attribuer à l’extension trop rapide des superficies cultivées dans les pays d’outre-mer depuis le commencement de la guerre. Avant la guerre, les pays importateurs européens qui ont absorbé pendant la période 1909-13 une moyenne annuelle de 153 (1) millions de quintaux de blé sur les 177 millions du total mondial des importations s’adressaient, de préférence, aux pays exportateurs européens : Russie et pays danubiens, c’est-à-dire aux sources les plus proches.
En effet, la Russie et des quatre pays danubiens d’aujourd’hui, Bulgarie, Hongrie, Roumanie et Yougoslavie exportaient, en moyenne, 75 (2) millions de quintaux de blé et de farine, soit approximativement 50 % des quantités nécessaires à l’Europe. De sorte qu'avant la guerre, le marché européen a été approvisionné à la fois par les pays producteurs de blé de l’Europe et par ceux d’outre-mer. Or, pendant la guerre mondiale et les années qui l’ont suivie, cet équilibre établi entre les exportateurs dans l’approvisionnement du marché européen a été profondément bouleversé ainsi que les courants commerciaux du blé.
Entre 1914-18, presque tous les pays européens exportateurs engagés dans les hostilités ont nécessairement diminué leur production de blé. Leurs exportations sont devenues insignifiantes d’autant plus que la fermeture des
(1) Op. cit., p. 295.
(2) Idem, pp. 293-294.
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Dardanelles rendait impossible l’arrivage du blé russe et roumain dans les pays de l’Europe occidentale.
De même, la production nationale des pays importateurs belligérants a subi des restrictions considérables. IL en est résulté que les besoins en blé du marché européen ont énormément augmenté et les belligérants ont dù aller chercher dans les pays d'outre-mer une grande partie des céréales destinées à nourrir les populations civiles et les armées. La hausse des frêts et le danger de la guerre sousmarine ont obligé les pays de l'Europe occidentale de s'adresser tout particulièrement aux Etats-Unis et au Canada en raison de la rapidité de la traversée et de la facilité relative de surveillance des mers. Il a été néanmoins importé du blé de l’Argentine, de l’Australie et des Indes, mais dans une moindre mesure. Les achats considérables de l’Europe effectués dans l'Amérique du Nord ont fait hausser rapidement les cours des blés sur ce marché. Les fermiers, stimulés par des bénéfices exceptionnellement élevés et par la facilité de vente ont largement augmenté les surfaces cultivées. Aux Etats-Unis, l’extension de la culture du blé dans les Etats de l'Est a atteint, à peu près 12 (1) millions d’hectares pendant la courte période de 1917-19 qui correspondait à une augmentation de 70 % par rapport à la période antérieure.
On pouvait cependant escompter qu’avec la cessation des hostilités, la Russie reprendrait sa place parmi les grands pays vendeurs de céréales au détriment des exportations d’outre-mer. Mais la révolution soviétique et les
(1) Revue Internationale d'Agriculture, nov. 1933, p. 464,