TOTAL
Téguments .
Maxillaires .
Langue .
Pharynx .
Larynx .
Estomac .
Rectum .
Pancréas .
Sein .
Verge .
Utérus .
Divers . .
Soit 83 cas, dans lesquels :
Les antécédents héréditaires sont nets. . . 5 fois
— nuis... 35 »
— non signalés 43 »
La plupart des observations ont été prises à une époque où cette question de l’étiologie ne 111e préoccupait pas : voilà pourquoi les antécédents de famille sont souvent passés sous silence ;
cependant il est bien certain que, dans la grande majorité des 43 faits douteux, ni le père ni la mère n’avaient succombé à une affection cancéreuse, car cette coïncidence eût trouvé naturellement place dans la rédaction de l’observation. Mais ne prenons que les 40 qui sont complètes à ce point de vue spécial, on voit que les antécédents héréditaires peuvent expliquer l’apparition de l’affection 5 fois seulement, soit ou 12,5 °/0.
L’arthritisme ou l’herpétisme sont signalés 9 fois.
Les irritations locales, 12 fois.
La contagion peut être invoquée 4 fois.
L’hérédité a donc, nous le répétons, une influence relativement peu considérable ; la preuve, c’est que, prenant au hasard 40 autres observations de malades atteints d’affections chirurgicales quelconques, nous avons trouvé que 3 fois les parents étaient morts d’affections cancéreuses. De cette comparaison, il résulterait donc que la part exacte de l’hérédité n’est plus que de 2 sur 40 ou de 5 °/0. Encore ne savons-nous pas si quelquesuns des faits mis sur le compte de l’hérédité ne sont pas le résultat d’une contagion ultérieure (1).
Certes, il faut admettre que les fils de cancéreux sont plus prédisposés que d’autres aux affections épithéliomateuses, mais la petite discussion à laquelle nous venons de nous livrer prouve, si nous ne nous abusons, que l’on fait dans les ouvrages de pathologie la part trop large à cette cause prédisposante ; elle justifie cette phrase que Bayle écrivait il y a plus de cinquante ans : « Nous pensons que cette question (l’hérédité du cancer) ne pourra être résolue d’une manière satisfaisante, qu’à l’aide des
(1) Il vient à l’esprit une objection qui a déjà été faite à Snow. On pourrait dire que sur ces 40 malades , plusieurs n’ayant pas encore l’âge ordinaire du cancer pourront en être atteints ultérieurement. Pour répondre à cette objection, nous sommes allés à l’Hôpital-Général interroger des vieillards sur leurs antécédents héréditaires; laissant les renseignements douteux, nous sommes arrivés à ce résultat :
Sur 50 vieillards de plus de 70 ans (39 h. et 21 f.), le cancer est signalé d’une façon certaine chez le père ou la mère 3 fois (soit 6 0/0).
L’âge moyen des pensionnaires examinés était de 82 ans pour les hommes, et 76 ans pour les femmes : on avouera que tous avaient eu le temps de faire leur cancer. Un fait nous a frappé en recueillant ces chiffres, c’est que les parents de tous ce s vieillards sont morts eux-mêmes dans un âge avancé ; à part ceux qui ont succombé à la suite d’un accident ou pendant le choléra de 1832, tous, sauf deux ou trois exceptions, ont vécu plus de 75 ans.* Ce qui prouve que, pour devenir vieux, s’il est bon de suivre les règles plus ou moins gênantes de l’hygiène, mieux vaut encore être issu de parents robustes : rien n’est héréditaire comme la vieillesse.
relevés d’un très grand nombre d’observations, recueillies dans divers pays, par des hommes éclairés et libres de tout système.»
Peut-être arriverait-on alors à distinguer le cancer héréditaire du cancer acquis, comme on fait de la tuberculose.
Le premier paraît avoir des tendances à apparaître de bonne heure. De nos 5 malades héréditaires, deux avaient 35 et 39 ans. Déjà Paget a parlé de la précocité du cancer reconnaissant cette cause ; Gohier et Plicque font remarquer que la mélanose du cheval est souvent héréditaire et que, dans ce cas, elle atteint de préférence les poulains âgés de 2 ou 3 ans (hérédité de graine).
Le cancer des arthritiques ou de§. herpétiques est au contraire souvent tardif et c’est de lui qu’il est juste de dire que c’est une maladie de la fin de l’âge mûr et de la vieillesse (hérédité de terrain) .
Causes topographiques
Mais n’existe-t-il pas encore d’autres causes en dehors de celles que nous venons de signaler et qui sont insuffisantes pour expliquer la répartition géographique des affections cancéreuses ?
On se tromperait étrangement, en effet, si l’on supposait que le cancer sévit à peu près partout avec la même intensité ; il est des contrées où on signale sa rareté (Dr Pichancourt, à Bourgogne ; Dr Brodier, à Bazancourt), tandis qu’ailleurs il est d’une fréquence exceptionnelle ; et dans la clientèle d’un même médecin, tel village ou tel groupe de villages lui payent un lourd tribut alors que d’autres sont presque indemnes (1).
Il est fréquent dans la partie crayeuse de l’arrondissement de Vouziers et en particulier dans le canton de Machault (DrNoEL), bien plus que sur les bords de l’Aisne. « L’eau de cette contrée devient bourbeuse en été ; trop chargée de sels calcaires, elle est indigeste, et, bue en abondance pendant les chaleurs, elle doit nécessairement fatiguer l’estomac. Dans ces circonstances, je pense que l’eau peut avoir sa part dans l’étiologie du cancer, à la
(1) Cf. De la fréquence du cancer à la campagne. Journal de Médecine et Chirurgie pratiques, 1889, p. 289.
condition, bien entendue, d’agir sur des estomacs prédisposés. » (i).
Nous aurons à nous demander tout à l’heure si l’eau stagnante de la « Champagne pouilleuse » ne joue pas un rôle plus actif que celui de simple irritant.
D’après le Dr Bracou, le cancer de l’estomac était autrefois très fréquent dans sa clientèle de Vailly (Aisne) ; il aurait diminué sensiblement depuis que les vignes ont disparu en grande partie et que les habitants ne boivent plus le vin acide qu’elles produisaient. En compulsant des notes prises par le Dr Ancelet (de Vailly), en vue d’un travail sur la cancroïde, nous avons pu constater que notre regretté confrère avait, dans la même région, observé un assez grand nombre de cancers cutanés (nez, 4 ; tempe, 2 ; front, 1 ; paupière, 1 ; oreille, 1 ; lèvre inférieure, 6 ; lèvre supérieure, 2 (2); main, 1 ; orteil, 1) .
M. Plonquet, en huit ans (1870-78), a observé 20 cancers à Ay et à Mareuil, dont 7 de l’estomac, 6 de l’utérus, 3 du sein.
Voici ce que nous écrit le Dr Manichon (d’Oulchy-le-Château) :
Depuis 22 ans, je vois des malades dans plus de vingt communes différentes, représentant une population d’environ 4,500 habitants; il m’a été bien difficile d’obtenir des renseignements très précis. Néanmoins, voici ce qui résulte de mes recherches.
Les cancers externes : sein, face, maxillaire, etc., ne dépassent pas la moyenne ordinaire, mais, ce qui est très fréquent, c’est le cancer de l’estomac. Ainsi, je compte, depuis 20 ans, 864 décès occasionnés par cette affection et ma statistique ne porte que sur 1 7 communes offrant une population d’environ 3,000 habitants, ce qui représente chaque année une mortalité d’environ 14 pour mille. C’est un gros chiffre.
(1) Dr Charles Guelliot. — Topographie, histoire, statistique médicales de l’arrondissement de Vouziers. Paris, 1877, p. 105.
(2) Les faits de cancroïde de la lèvre supérieure étant très rares, il est intéressant de rapporter ceux qu’a observés Ancelet :
1. Mme L..., 46 ans ; cancroïde dermique ulcéreux situé à la lèvre supérieure, à gauche, ulcéré dans l’étendue de un centimètre, reposant sur une base indurée en largeur et en profondeur; pas de ganglions. Opérée par le bistouri en juin 1878; guérie depuis cette époque.
2. D„.., vigneron, 50 ans, non fumeur ; cancroïde papilliforme de la lèvre supérieure à droite, formant une tumeur sphéroïde du volume d’une petite noisette, adhérente à la lèvre par une base assez large qui se continue manifestement avec le tissu dermique ; elle est bosselée, fortement injectée, ulcérée à son sommet. Enlevée en décembre 1864; guérison.
A quelle cause attribuer la fréquence de cette affection ? Je n’hésite pas à dire : surtout à l'hérédité. A l’heure actuelle où je connais bien toutes mes familles, j’ai déjà perdu, dans certaines d’entre elles, deux générations atteintes par cette maladie. D’ailleurs, elle est tellement connue dans la contrée sous le nom de Pylore , que, quand des malades de 40 à 50 ans appartenant à des familles où elle a existé viennent nous consulter, ils ne manquent jamais de nous dire : « Je sais bien que je vais avoir le pylore, comme tous mes parents. »
De plus, cette maladie a son maximum de fréquence surtout dans les communes de Billy-sur-Ourcq, Oulchy-la-Ville, Villers-Hélon, Launoy, où toujours les mêmes familles ou membres issus de ces familles en sont atteints.
Le cancer de l’estomac, dans ma région, est plus fréquent chez l’homme que chez la femme. Il se rencontre surtout de 40 à 65 ans, aussi bien dans les familles aisées que dans les familles pauvres. D’ailleurs, j’exerce dans un pays essentiellement agricole ; tous les ouvriers se livrent aux travaux des champs et trouvent une saine alimentation dans la ferme où ils sont employés. L’alcoolisme fait bien quelques ravages, mais je ne lui vois jouer aucun rôle au point de vue de l’étiologie de la maladie qui nous occupe.
J’ai rencontré un assez grand nombre de cancers de l’utérus et, la plupart du temps, les femmes qui en étaient atteintes étaient nées de parents cancéreux.
Dans cinq familles différentes, j’ai vu le mari mourir d’un cancer à l’estomac et la femme d’un cancer à la matrice. Il y a-t-il eu simple coïncidence ou contagion ? Je ne saurais me prononcer à cet égard.
Maintenant, un fait bien remarquable, c’est que le cancer de l’estomac est surtout cantonné dans la partie de ma clientèle qui rapproche Soissons, au nord de la rivière d’Ourcq, dans le Soissonnais. Au sud de cette rivière, dans l’arrondissement de Château-Thierry, il est beaucoup plus rare. Bien que ces deux arrondissements ne soient séparés que par un simple cours d’eau, l’Ourcq, les habitudes, les mœurs, la culture et les situations de fortune diffèrent totalement. Il en résulte que dans les classes moyennes, on se marie peu entre Soissonnais et habitants du nord de l’arrondissement de Château-Thierry. Je m’explique ainsi le défaut d’extansion, de propagation par hérédité du pylore , dans la partie de l’arrondissement de Château-Thierry que je connais.
En résumé, fréquence très grande du cancer de l’estomac dans la partie sud du Soissonnais ; cause certaine, l’hérédité ; quelques cas de contagion probable ; la mauvaise hygiène, l’alcoolisme, les émotions morales ne m’ont paru jouer aucun rôle étiologique.
Si nous avions reçu beaucoup de mémoires aussi complets que celui de notre distingué confrère d’Oulchy, notre tâche serait singulièrement facilitée, et le travail de rédaction auquel nous nous livrons gagnerait, à s’appuyer sur de semblables documents, une importance tout autre que celle à laquelle il peut prétendre.
Un premier fait ressort d’abord de cette communication, c’est l’énorme fréquence du cancer dans une partie de la clientèle de M. Manichon. En 20 ans, 864 décès sur une population de 3,000 âmes, soit une mortalité annuelle par cancer de 14 p. 1000.
Une simple comparaison montrera la valeur considérable de ce chiffre.
A Paris, il meurt 1 cancéreux pour 1000 habitants.
A Reims, la proportion est exactement la même : d'après le dernier ‘Bulletin du Bureau d’hygiène, il meurt annuellement 100 cancéreux, ce qui pour une population approximative de 100,000 habitants, fait bien 1 pour 1000 (1).
A Saint-Sylvestre-des-Cormeilles que, depuis les travaux du Dr Arnaudet, on considérait comme le bourg pourri du cancer, le pourcentage n’est que de 15 pour 100 des décès, ce qui, calculé au taux de 100,000 habitants, donne 345 morts, ou 3,45 pour
Ainsi, dans certains villages du Soissonnais, le cancer fait quatorze fois plus de victimes qu’à Paris ou à Reims, quatre fois autant que dans une région de la Normandie qui y paraît particulièrement prédisposée, cinq fois plus que dans le village des
(1) Décès par cancer de la ville de Reims
Hommes
Femmes
Total
En 1889, les décès
par tuberculose ont été de 288.
Les 100 décès par
cancer se décomposent
ainsi d’après
le siège
de la maladie :
Nez .
Utérus . . ,
Œsophage .
Estomac .
Ovaire . . .
Sein .
Foie . .
Bouche. .
Intestins.
Prostate
Péritoine .
Rectum .
Epigastre .
Généralisé .
Vessie .
Ardennes dont nous parlerons tout à l’heure. Ce qu’on peut encore résumer dans ce tableau :
Sur 100,000 habitants, il meurt de
cancer :
A Reims .
ioo habitants.
A Paris .
A X... (Ardennes) .
A St- Sylvestre .
A Oulchy et environs .
L’hérédité paraît à M. Manichon la seule cause évidente de cette multiplicité ; il en cite des exemples bien démonstratifs. Les mariages consanguins augmentent certainement l’influence de cette cause pathogène; à chaque génération, la famille, pourraiton dire, s’accroit en proportion mathématique, tandis que la dose d’hérédité, la chance du produit à mourir de cancer augmentent en proportion géométrique. Malgré cette influence que nous ne songeons pas à nier, malgré la contagion rendue si facile par la multiplicité des affections épithéliomateus es dans une même famille, il nous semble que ces facteurs étiologiques ne peuvent donner seuls la clef de ce cantonnement si spécial que nous signale notre confrère. On s’explique bien, par cela, l’apparition d’une tache cancéreuse dans un milieu jusque-là à peu près indemne, mais on ne voit pas pourquoi cette tache ne s’étendrait pas peu à peu et resterait toujous localisée dans les mêmes limites. Je connais dans les Ardennes de ces villages où, pendant de longues années, on s’est marié sur place, de sorte qu’une parenté plus ou moins étroite relie tous les habitants ; eh bien i dans ces villages, les cancers n’ont pas de tendance à augmenter de fréquence; ils restent à l’état isolé. Pour constituer, comme dans le pays d’Oulchy, une véritable endémie et des plus meurtrières, il faut sans doute qu’intervienne un autre facteur inhérent au pays même, une cause territoriale.
Avant de discuter cette hypothèse, nous devons mettre sous les yeux du lecteur un très instructif tableau que nous envoie le Dr Desplous (de Rimogne), ainsi que les réflexions dont il l’accompagne :
COMMUNE DE 310 HABITANTS (Ardennes) Depuis 1830 : 275 décès (188 hommes et 187 femmes)
Décès depuis 40 ans par :