‹ La question du gaz à ParisChapitre 4 sur 79 · L'ÉCLAIRAGE PUBLIC A PARIS · texte numérisé non relu

L'ÉCLAIRAGE PUBLIC A PARIS

ire Part». — ORIGDCES DE L'ÉCLAIRAGE PUBUC

Les premiers essaie d'éclairage public à Paris. — Les porteflambeaux. — Le réverbère. — Le quinquet. — Philippe LeboD. — L'invention du gaz. — Première organisation des Sociétés gazières de Paris.

Il faut remonter jusqu'à Tanuée 1558, pour rencontrer les premières traces de l'éclairage public à Paris. Un arrêt rendu par le Parlement, le 29 octobre de cette année, c ordonne qu'il y aura un falot ardent « (dénomination qui fut remplacée un mois plus tard « par celle de: de lanterne ardente et allumante,) de <f dix heures du soir à quatre heures du matin, au a coin de chaque rue ; et, où les dites rues seront si «c longues que la dite lanterne ne puisse éclairer d'un « bout à l'autre, il en sera mis un au milieu des dites c< rues, ou plus selon la longueur d'iceiles. »

Ce premier essai ne réussit que médiocrement et pendant les troubles de la Ligue, Tarrêt du Parlement tomba en désuétude.

En 1662, c'est-à-dire plus d'un siècle après, une nouvelle tentative eut lieu: Louis XIV accorda par lettres de patentes enregistrées par le Parlement le 26 août 1662, le privilège de Téclairage public à un nommé Laudati Carafife qui ne put conserver que cinq années le bénéfice de la concession.

« Les vols, meurtres et accidents qui arrivent jour- « nellement — lisons-nous dans ces lettres de paten- « tes — en nostre bonne ville de Paris, faute de clarté « suffisante dans les rues, et d'ailleurs la plupart des

a bourgeois et gens d'affaires n'ayant pas les moyens <r d'entretenir des valets pour se faire éclairer la nuit, « pour vaquer à leurs affaires, n'osant pour lors se « hasarder d'aller et venir par les rues, et sur ce que « notre bien aimé le sieur Laudati Caraffe nous a fait « entendre que, pour la commodité publique, il serait « nécessaire d'établir en nostre ville et faubourg de « Paris et autres villes, de nostre royaume, des « portes-lanternes et porte-flambeaux pour conduire « et éclairer ceux qui voudront aller et venir par les « rues etc. »

^On voit quel était le système d'éclairage dont Laudati Caraffe avait obtenu la concession : Il s'agissait de créer pour la nuit de rue en rue des postes de porte-flambeaux qui devaient conduire et éclairer — moyennant rétribution — les passants qui le demandaient.

Les porte-lanternes se servaient de flambeaux en cire jaune d'une livre et demie, marqués aux armes de la ville et divisés en dix parties égales.

Les passants qui voulaient se faire conduire ou éclairer payaient cinq sols pour chacune des dix parties. La partie entamée était également payée cinq sols.

Les porte-lanternes pouvaient aussi éclairer les carosses et les chaises à porteurs, moyennant une rétribution de cinq sols par quart-d'heure. Chaque porte-lanterne avait à cet effet pendu, à sa ceinture, un sablier d'un quart-d'heure, marqué aux armes de la ville, qu'il renversait en se mettant en marche. Les porte-lanternes étaient divisés en postes situés à liuit cent pas les uns des autres.

I» Pabtib. — ORlGDfES DE LtCLAIRAGS PCBUC S

Le bureau central de Texploitation, situé rue St- Honoré près des Halles^ fut ouvert au public le 14 octobre 1662 ; mais, malgré loriginalité du système^ le succès ne répondit pas aux espérances de l'inventeur qui se ruina dans son entreprise.

Le véritable créateur de Téclairage public à Paris fut le lieutenant-général de police de la Régnie :

Un édit royal, rendu en 1667 sur sa proposition, prescrivit rétablissement de lanternes renfermant des chandelles allumées et suspendues par des cordes à la hauteur du premier étage des maisons.

Cette expérience réussit pleinement et à la fin du dix-septième siècle Paris avait 6.500 lanternes qui brûlaient environ 1.625 livres de chandelles par nuit.

Les Parisiens et les étrangers furent ravis de ce mode d'éclairage qu'ils considéraient déjà comme un chef-d'œuvre. L'un de ces derniers écrivait à cette époque :

« L'invention d'éclairer Paris, pendant la nuit, par tf une infinité de lumières, mérite que les peuples les « plus éloignés viennent voir ce que les Grecs et les a Romains n'ont jamais pensé pour la police de leurs a républiques.

« Les lumières, enfermées dans des fanaux de a verre suspendus en l'air et à une égale distance, « sont dans un ordre admirable et éclairent toute la €c nuit' : Ce spectacle est si beau et si bien entendu, « qu'Archimède même, s'il vivait encore, ne pourrait « rien ajouter de plus agréable et de plus utile. »

Les réverbères ou lanternes à huile et à réflecteurs ne parurent qu'un siècle plus tard. Ils sont de Tinven-

U QUBSTIOlf DU GAZ A rARIS

tioD d*UD nommé Bourgeois de Châteaublanc qui fut chargé pour vingt années de Téclairage public à Paris.

C'était certes un grand progrès et cette fois encore les chansonniers du temps ne se firent pas défaut de railler joyeusement les pauvres vieilles lanternes à. chandelles. On croyait sérieusement avoir atteint la perfection de l'éclairage public, et M. de Sartines, dans un mémoire adressé au roi en 1770, sur Padministration de la police en France, disait en parlant des réverbères :

« La très-grande lumière qu'ils donnent ne permet « pas de penser que Ton puisse jamais rien trouver « de mieux. »

Il est probable que nos enfants se moqueront aussi de nos éclairages par le gaz et môme par l'électricité^ tels que nous les connaissons actuellement.

En 1787 le genevois Aimé Argand inventa une lampe avec cheminée en verre — injustement nommée quinquet du nom d'un grand marchand de lampes de l'époque — lampe qui fut perfectionnée en 1821 par tels un ferblantier-lampiste du nom de Vivien.

C'est cette lampe que la merveilleuse invention de Philippe Lebon a eu tant de mal à détrôner en France.

Philippe Lebon, né en Champagne en 1767, Tannée même de l'invention des réverbères, professait le cours de mécanique à l'École des Ponts et Chaussées de Paris, lorsqu'il conçut l'idée de faire servir à l'éclairage des maisons et de la voie publique le gaz combustible obtenu par la distillation du bois.

Il présenta sa découverte à Tlnstitut, prit un brevet d'invention à la date du 6 vendémiaire an VIII (28 sep-

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tembre 1799) ; et, en thermidor an IX (^aoùt 1801), il publia un mémoire sur les ; « Thermolampea ou poêle s qui chauffent, éclairent avec économie , et offrent , avec plusieurs produits précieux, une force motrice applicable à toute espèce de machines »

Il distillaitalors indistinctement le bois, le goudron, Tacide pyroligneux ; plus tard il employa la houille.

Lebon fît un grand nombre d'expériences avec ses appareils. Le gouvernement lui concéda une forêt de pins prés du Havre et il installa dans cette ville ses premiers thermolampes, cherchant ainsi à utiliser le gaz pour Téclairage des phares, et le goudron résultant pour les constructions navales.

Malheureusement il n'avait pas atteint la perfection du premier coup car le gaz qu^il obtenait — formé d'hydrogène carbonné et d'oxyde de carbone fort peu éclairant — n'étant point épuré, répandait une odeur très-désagréable et même dangereuse.

Cependant on compris tout de suite la grandeur de la découverte ; et, la Russie, par l'intermédiaire du prince Dolgorouki alors en mission en France, fît offrir à Lebon l'achat de son système d'éclairage au prix qu'il lui plairait lui-même de fixer.

Bien que [lauvre, le grand chimiste rejeta les offres de l'étranger, voulant que la France seule profitât de ses travaux.

Il n'eut pas le bonheur de voir ce vœu patriotique se réaliser : Venu à Paris en 1804 pour les fêtes du sacre de Napoléon I*', il mourut subitement le soir du 2 Décembre aux Champs-Elysées.

Certains historiens prétendent même qu'il fut assassiné par des hommes de la bande de Cadoudal

qui le prirent pour le nouvel empereur à qui il ressemblait beaucoup, mais ce fait n'a jamais été prouvé.

La mort de Philippe Lebon — qui fut une très grande perte pour les sciences françaises — retarda l'application de son système à Paris. Les Anglais surent habilement l'employer dans leur [»ays; et, en 1812, une société d'éclairage public par le gaz fonctionnait déjà brillamment à Londres. Ce n'est qu'en 1818 que cet éclairage se montra pour la première fois à Paris, au passage des Panoramas.

La véritable organisation des Compagnies gazières [parisiennes eut lieu deux ans plus tard, en 18:20; ces Compagnies se constituèrent soit librement, soit en vertu d'ordonnances royales et quelques-unes pour une durée de quatre-vingt-dix-neuf ans. Des actes administratifs les autorisèrent à poser leurs tuyaux sous la voie publique.

€li»pitre 11.

Lcfs six Compagnies gazières de Paris. — Les redevances municipales. — La Commission Arago. — Le Traité de 1846. — La Commission scientiSque et municipale de 1850. — Ses Travaux, ses Observations pratiques, — Ses Cou-

Les résultats de la nouvelle industrie ne furent pas immédiatement heureux. La nouveauté du système et les imperfections des procédés, soulevèrent des

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répugnances et des hostilités ardentes, même parmi les intelligences de Tépoque.

On alla jusqu'à dire que l'emploi du gaz empoisonnerait Taii-, tuerait les arbres et finirait par asphyxier toute la population.

« La vie de tous les habitants de Paris, disait un « écrivain scientifique de l'époque, sera désormais « entre les mains des allumeurs des becs de gaz. Il « suffira d'un oubli, d'une négligence de leur part, « pour occasionner les plus graves accidents, parmi « lesquels l'asphyxie sera le moindre. »

Mais les Compagnies ne se découragèrent point et, après avoir dépensé beaucoup d'argent et beaucoup de peines, elles parvinrent enfin à réaliser quelques bénéfices.

Ces bons résultats furent surtout dus à l'arrêté administratif de 1839 partageant Paris en six périmètres distincts qui furent attribués aux six Compagnies alors existantes.

Avant 1839, les diverses Compagnies gazières de Paris distribuaient le gaz dans des zones {particulières dont les limites n'étaient pas nettement déterminées : Il s'en suivait une concurrence acharnée qui, au lieu d'être avantageuse pour le consommateur, lui était au contraire excessivement préjudiciable.

En elïét, dans les quartiers riches — où les Compagnies se disputaient la place — les travaux de canalisations et les frais d'exploitation augmentèrent à un tel point que les Compagnies — d'un commun accord — élevèrent partout en proportion le prix du gaz.

Pour les rues pauvres et éloignées le mal était encore pire. La plupart d'entre elles n'avaient pas le gaz, les Compagnies dédaignant les quartiers où la clientèle était insuffisante à rémunérer les frais de la canalisation. Mais lorsque une Compagnie se décidait à en faire l'exploitation, sachant d'avance qu'elle n'aurait pas là de concurrente, elle ne se faisait pas faute de demander 45 , 50 même 60 centimes par mètre cube de gaz brûlé.

Les Compagnies gazières de Paris étaient alors :

La Compagnie L, Margaerittey créée en 1821

La Compagnie Française, — 1820

La Compagnie Parisienne, — 18S6

. La Compagnie de Belleville, — 18S1

La Compagnie Laearrière. — 18S4

La Compagnie de l'Ouest, — 18S9

Tant que l'exploitation de ces diverses Compagnies ne donna que des pertes il ne fut jamais question, de la part de l'Administration municipale, de venir à leur secours Mais quand elles réussirent — après de longs efforts et de sacrifices excessivement onéreux — à rémunérer enfin leur capital, on trouva tout naturel « que la Ville participât à la prospérité des Compagnies )>.

Ce sont les termes officiels employés par le préfet de la Seine dans un strrèté daté de l'année 1844, qui frappa les conduites d'une redevance de :^00,000 fr. par an .

C'était le prélude des redevances multiples qui s'abattirent plus tard sur l'industrie de l'éclairage par le gaz, dont la prospérité tenta trop souvent les

l'-e Partie. — ORIGINES DE L'ÉCLAIRAGE PUBLIC

Administrations qui se sont succédées à Paris avant

En 1845, l'autorité municipale voulut réglementer cette industrie et une Commission composée de trois membres de Tlnstitut : MM . Arago , Combes et Darcet, et de huit autres personnes, ingénieurs, chimistes et industriels choisis par l'Administration, fut chargée d'étudier les questions se rattachant, à l'éclairage par le gaz, et notamment d'établir le prix de revient du gaz.

C'était la première fois que cette dernière question — qui depuis a été si souvent agitée — était examinée.

La Commission procéda avec la plus scrupuleuse exactitude ; et, après de longues et minutieuses expériences et investigations, elle constata « que V Administration pouvait admettre comme point de départ Le prix de 0.24 cent, par mètre cube mesuré au bec pour toutes les Compagnies indistinctement ».

Mais il faut bien remarquer que ce prix de revient de 0.24 cent. — que l'Administration avait demandé pour établir le prix du gaz nécessaire au service municipal — n'était qu'une moyenne, caries six Compagnies,ainsi que le constate le rapport, fabriquaient leur gaz à des prix de revient absolument différents et qui variaient de 0.14 cent, à 0.27 cent. 1/2.

Cette différence de 50 0/0 environ provenait de ce que les Compagnies n'étaient pas dirigées et administrées avec la même habileté ; qu'elles employaient des procédés différents, et enfin qu'elles avaient des quartiers à exploiter plus fructueux pour les unes que pour les autres.

En décembre 1815, un traité fut conclu pour 18 ans — du 1" janvier 1815 au 31 décembre 1863 — entre la Ville de Paris et les six Compagnies.

Par ce traité, qui fut en quelque sorte imposé aux Compagnies, celles-ci s'étaient engagées à compléter la canalisation de Paris (ancienne enceinte). Mais un article du nouveau cahier des charges stipulait, en outre, qu'à l'expiration de la concession la Ville deviendrait propriétaire de toute la canalisation souterraine.

C'était une dé[)ossession, déguisée il est vrai, mais absohimeiit réelle. En elîet sans la canalisation : les immeubles, les usines et tout le matériel de fabrication devenaient sans valeur, et les capitaux engagés dans l'exploitation perdaient le bénéfice de l'avenir.

Le Traité de 1846 fut un véritable désastre pour les Compagnies gazières qui n'avaient pas encore sérieusement ac(juis la confiance des capitalistes.

Les cours de leurs actions subirent naturellement l'influence de l'opinion, de telle façon que les titres^ qui avant 1816, valaient en moyenne 700 francs, tombèrent après cette date au dessous du pair pour se fixer entre 380 et 400 francs.

A partir de cette époque les Comj»agnies végétèrent et, malgré l'accroissement de la consommation, malgré l'élévation de leurs prix de vente (le gaz était à ce moment livré au public à des prix variant entre 0.37 cent, et 0.45 cent.), elles n'arrivèrent à aucun résultat sérieux.

La décadence des Compagnies gazières avait, trois causes principales : 1° la multiphcité des frais gêné-

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raux pour une consommatio» relativement minime ; 2° le peu de confiance qu'avait le f-ublic dans ces entreprises dont les frais de premier établissement devenaient en quelque sorte sans valeur par suite de l'abandon , en fin de concession, de toute la canalisation souterraine, manque de confiance qui obligeait les Compagnies à emprunter de Tarirenî à des conditions excessivement onéreuses ; 3* le terme rapproché de la fin de cette concession, menace constante qui paralysait les efforts des Compagnies et rendait toute amélioration impossible.

Ce fut dans ces circonstances, rendues encore plus difficiles par les événements de 1848-1849, que ces Compagnies s'adressèrent à Tautorité municipale pour obtenir prorogation et modification de leurs traités respectifs.

Une Commi.ssion scientifique et municipalefut nommée en 1850 avec la mission de rechercher le régime d'exploitation le plus avantageux pour l'industrie de l'éclairage, pour la Ville et pour le public.

Cette Commission, après cinq années d'études et de recherches, conclut à l'unification des Compagnies gazières, et en 1855, un traité de concession fut accordé à la Compagnie Parisienne, dans laquelle vinrent se fondre les cinq autres Sociétés.

Cette conclusion fut le résultat même des observations pratiques que la Commission avait faites sur place en étudiant le fonctionnement des diverses Compagnies.

Elle remarqua d'abord que ces Compagnies n'étaient ni administrées, ni dirigées de la même manière. La fabrication dans chaque usine, se faisait avec des

procédés différents, les matières employées étaient de qualités diverses etc. En conséquence il s'ensuivait des différences considérables dans les prix de revient et par suite des différences dans les prix de vente ainsi que nous Tavons déjà vu.

En second lieu les quartiers affectés à chaque Compagnie étaient forcément d'inégale importance : Il en résultait une énorme différence de fabrication.

Ainsi pour une période de 10 années (de 1844 à 1853 inclusivement), les six Compagnies avaient livré à la consommation dans leurs quartiers respectifs les volumes do gaz suivants :

Compagnie L . Margueritte . 91 . 426 . 227 m . cubes .

Compagnie Française . . 73.157.937

Compagnie Parisienne, . 30.250.263

Compagnie de Belleoille . 15 . 880 . 140

Compagnie Laearrière . . 23.452.430

Compagnie de f Ouest . . 11 . 895 . 806

Total . . 246.062.803 m. cubes.

Les trois premières Compagnies, qui avaient l'avantage de desservir le centre, les quartiers riches de Paris, produisaient plus de gaz, et conséquemment le vendfiûent à des prix beaucoup plus réduits que les trois dernières qui produisaient à peine 1,700,000 mètres cubes en moyenne par année, alors que la moyenne annuelle des trois premières s'élevait aux environs de 6,500,000 mètres cubes.

Cette différence de consommation avait pour résultat de faire payer le gaz 45 et 50 centimes aux quartiers pauvres, alors que les quartiers riches Pavaient à 37 centimes.

Ir* Partii. — ORIGINES DE L'ÉCLAIRAGE PUBLIC 13

Il y avait bien un autre système de plurialité des Compagnies gazières : C'est celui qui eut consisté à laisser les Compagnies libres de se faire la con currence dans tous les quartiers.

Ce système fut examiné mais on reconnu bien vite qu'il était impraticable pour plusieurs raisons : La première parce que les quartiers riches du centre, où la concurrence se serait librement exercée, auraient eu des avantages de réduction de prix au détriment des quartiers pauvres et éloignés : En un mot c'est ce qui existait à Londres avant la division de la ville en p.érimètres distincts affectés à chacune des Compagnies gazières qui s'y partagent l'éclairage public.

La deuxième raison : parce qu'avec l'accroissement de la consommation du gaz, qui augmentait chaque année, il eut été absolument impossible de circuler dans les rues de Paris si les sous-sols de ces rues avaient reçu six canalisations différentes.

C'est tellement vrai que ce système de liberté d'exploitation qui existait, nous venons de le dire, à Londres, a été surtout abandonné dans cette ville sur la demande de l'Administration et du public luimôme ;

1** Parce que cette liberté d'exploitation créait des embarras de circulation incessants et occasionnait quotidiennement des accidents ;

2" Parce que les travaux de terrassements, exécutés à tout moment pour les différentes canalisations, déterminaient des dépenses d'entretien des chaussées si considérables, qu'il avait fallu, en quelques années, doubler le budget y affecté.

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des améliorations sérieuses dans la fabrication, enlevant la confiance des financiers qui ne voulaient prêter de l'argent aux Compagnies gazièro^ .][u'à des taux absolument usuraires — élevait considérablement le prix de revient du mètre cube de gaz et par suite le prix de vente.

Les gérants des anciennes Compagnies avaient compris que public et actionnaires devaient gagner à la fusion : M. Louis Margueritte qui représentait les intérêts des grandes Compagnies : La Compagnie anglaise, dont il était le directeur, La Compagnie française et la Compagnie Lacarrière — fut rhomme technique de la fusion : M. Dubochet, qui représentait les petites Compagnies, en fut Thomnie administratif.

C'est M. Margueritte qui discuta théoriquement et pratiquement toutes les questions scientififjues et industrielles relatives à cette fusion, qui rédigea les rapports et les mémoires en réponse aux attaques et aux arguments mis en avant par les adversaires de Topération, rapports et mémoires qui permirent en outre d'établir Taccord de tous les intérêts.

L'acte primitif de Société de la Compagnie parisienne d'éclairage et de chauffage par le gaz porte la date du 19 décembre 1855. Mais le traité de concession, conclu entre la ville de Paris, d'une part, et les Compagnies gaziêres de l'autre, avait été signé le 19 juillet précédent. On voit, par la distance qui séfiare ks deux dates, que la Compagnie fut assez longtemps sans pouvoir établir son pacte social.

Cela provient des nombreuses difficultés que cer

tains spéculateurs de Tépoque — soutenus par de puissants protecteurs — suscitèrent aux promoteurs de la fusion.

Les études de M. Louis Margueritte replacèrent la question sur son véritable terrain, et établirent d'une manière irréfutable la véritable valeur de tous les éléments du problème.

C^était également M. Margueritte qui avait négocié avec l'Administration municipale le traité de concession du 19 juillet, qui servit de base à la constitution de la Compagnie, et dont voici les clauses principales :

1° La Ville de Paris concédait à MM. Emile et Isaac Pereire — qui apportaient la concession du chauffage par le gaz, obtenue précédemment par eux — et aux Compagnies gazières de Paris, le droit exclusif de conserver et d'établir des tuyaux pour la conduite du gaz d'éclairage et de chauffage sous les voies publiques.

2° Cette concession était faite pour cinquante années, du V janvier 1856 au 31 décembre 1905.

3^ L'Administration se réservait le droit d'autoriser des essais d'éclairage et de chauffage par tous les systèmes qui pourraient se produire par la suite, sans que ces essais pussent donner droit à aucune indemnité pour la Compagnie du gaz.

4» Le droit de location des parties du sol occupé par les tuyaux restait fixé à 200,000 francs pour chacune des 50 années de la concession.

5° Dans les deux mois qui allaient suivre l'homologation du traité, les six Compagnies devaient réunir leurs intérêts avec ceux de MM. Pereire de manière à former une société anonyme au capital maximum de 55 millions de francs.

I« Partk. — ORIGINES DE LtCLAJRAOB PUBUC 17

6** Au-delà de 10 0/q de ce capital, les* bénéfices que la Société devait réaliser seraient partagés par moitié entre elle et la Ville. Mais ce partage ne devait commencer qu'ai>rès Texpiration des seize premières années de la concession. C'est-à-dire, à partir du 1*' janvier 1872.

7*» La nouvelle Compagnie s'engageait à faire tous les travaux de constructions d'usines, d'immeubles, de canalisation nécessaires pour l'achèvement du système d'éclairage sur toute la surface de Paris, sans aucune espèce d'indemnité. Elle s'engageait, en outre, à supprimer à ses frais, dans un délai maximum de cinq ans, les trois usines qui se trouvaient alors à l'intérieur de l'ancienne enceinte (avenue Trudaine, rue Faubourg-Poissonnière, et rue de la Tour-du- Temple) et à les remplacer — toujours à ses frais — par de nouvelles, construites en dehors du mur d'enceinte.

8** La Société s'engageait à fournir pendant les 50 années de sa concession, le gaz aux prix de 0,30 cent, le mètre cube livré au compteur pour l'éclairage particulier, et de 0,15 cent, pour l'éclairage public.

9* Chacun de ces mètres cubes était frappé d'une redevance d'octroi fixe de 0,02 cent.

10° A l'expiration de la concession, la Ville de Paris devenait propriétaire de toute la canalisation existant sous la voie publique.

Ainsi donc, la fusion des Compagnies gazières, loin d'être préjudiciable aux intérêts des consommateurs et de la Ville, leur fut au contraire des plus avantageuses.

En effet, avant 1856, les consommateurs parisiens

payaient leur gaz en moyenne fr. 41 cent, le mètre cube. Le premier résultat de la fusion fut de réduire ce prix de plus de 25 O/q.

La Ville — c'est-à-dire les contribuables — payait le gaz pour Téclairage public en moyenne 0,30 cent, (dans certains quartiers elle le payait 0^35). A partir du l** janvier 1856, ce prix fut réduit de 500/0 - Voilà pour les consommateurs.

Pour les actionnaires : grâce au nouveau système dVxploitation, la Compagnie pouvait adopter les prot^^dés de fabrication les plus économiques, supprimer les frais généraux de double emploi^ donner une plus grande préeision au contrôle, une plus ferme sûreté à la surveillance, et abaisser ainsi considérablement le prix de revient du gaz tout en augmentent la sécurité publique.

Nous avons vu qu'en 1845 la Ciommission Arago ataii donné le chiffre de 0.24 cent, comme moyenne réelle des prix de revient des six Compagnies, mais que ces prix de revient variaient de 0.14 cent, à 0.27 cent.

La nouvelle Compagnie adopta naturellement les procédés les plus économiques que des brevets particuliers ne permettaient pas d'utiliser dans toutes les autres Compagnies, et, dès la première année d*exploitation, le prix de revient du mètre cube de gaz tomba à fr. 1290.

Eu effet l'examen du premier exercice de la Compagnie établit que pendant l'année 1856, qui a été la première année sociale, il a été consommé 43.693.503 mètres cubes de gaz qui ont produit (gaz particulier et gaz municipal réunis) une recette totale de vente de 10 . 309 . 500 francs. (Voir page 30,)

I~ Pashb. — ORlfflNES DE LtCLUSAOB PUBLIC 19

Ce qui donne ^^'j^ = 0.2359 par mètre cube.

Le bénéfice net de la Compagnie a été pendant la même année de 4.435.804 fr. 42. Ce qui nous donne :

i:i5:^:^ = 0.1069 par mètre cube.

Or, qu'est-ce que c'est que le prix de revient d'une matière fabriquée? C'est la différence entre son prix de Tente et le bénéfice net qu'elle procure.

Par conséquent, le prix de revient du mètre cube de gâz en 1856, c'est^-dire pendant la première année d'exploitation de la nouvelle Compagnie est bien de : 0.2359 moins 0.1069 c'est-à-dire fr. 1290.

Nous avons tenu à établir en son temps, et d'une M^klrtÈfife nCBISClTTABLE le prix de revient du mètre cube de gaz pendant la première année sociale de la Compagnie Parisienne du Gaz, parce que ce prix, qui est le sujet de toutes les contestations survenues dans ces derniers temps entre la Compagnie et le Conseil municipal de Paris, a été dénaturé dans une brochure que nous examinerons plus loin et dont la publication a été le point de départ de la Question de Rabaissement du prix du gaz à Paris,

Si nous avons dit que le prix de revient de fr. 1290 par mètre cube de gaz produit en 1856 était INDISCU- TABIiEy c'est parce que ce prix résulte du bilan oflSciel de l'exercice social de cette année, et non de rapport ou d'appréciations antérieures au 1** janvier 1856, bilan qui a été contrôlé et vérifié par l'Autorité municipale en 1857. -

Ce fait écabli nous continuons notre historique :

L'acte définitif de constitution de la Compagnie Parisienne d'éclairage et de chauffage par le gaz

porte la date du 19 décembre 1855. II fut approuvé par décret impérial le 25 du môme mois.

Les six Compagnies apportèrent à la nouvelle Société tout leur matériel d*exploitation, leurs immeubles et la concession de l'éclairage par le gaz qu'elles avaient obtenue par le traité de 1846.

MM. Emile et Isaac Pereire apportèrent le chauffage par le gaz dont ils étaient les concessionnaires.

Le fonds social de la nouvelle Compagnie se composait en conséquence des valeurs mobilières et immobilières de toute nature dont les fondateurs avaient fait çtpport.

Il s'élevait à la somme de 55 millions, divisés en 110.000 actions de 500 francs complètement libérées, lesquelles furent attribuées aux intéressés de la manière suivante :

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