‹ La Question du grec et la réforme de l'enseignement moyen, quelques pièces du procès, recueillies et mises en ordreChapitre 3 sur 9 · ENSEIGNEMENT SECONDAIRE · texte numérisé non relu

ENSEIGNEMENT SECONDAIRE

Rapport de M. II. De Boe.

DUT DES HUMANITÉS. — HUMANITÉS CLASSIQUES ET HUMANITÉS MODEItNF.S.

Le premier Pitt conduisant au collège son fils cadet qui fut le second Pitt, lui donna sous forme de conseil la meilleure définition possible de l’enseignement dans ce qu’il y a de plus élevé : • Je ne

• te demande qu’une senle chose, c’est que lorsque tu sortiras d’ici,

• je puisse dire de toi : c’est un homme. • L’enfant profita du conseil, et donna ce spectacle rare, de deux hommes de génie, se succédant dans la même famille à un degré aussi rapproché que celui du fils au père. L’enseignement, ou sa forme plus générale, l’éducation, est la formation d’une personnalité.

Former l’homme, affermir sa volonté, agrandir pour lni le domaine du monde moral, développer sa faculté de penser et de sentir, d’observer et de conclure, de parler et d’écrire, tel est, en effet, la mission de l’enseignement. Tel est le but que ne peut qu’imparfaitement atteindre, faute de temps, l’enseignement primaire, mais auquel l’enseignement des humanités a l’ambition d’arriver. Tel est le but des humanités classiques, tel est aussi le but des humanités modernes. L’un et l’autre ont les lettres pour base. L’expérience

prouve en effet que renseignement exclusif des sciences est un enseignement stérile. L’enfant sait, mais le flambeau qui doit éclairer ce qu’il sait lui manque. Les mathématiques développent la faculté d’abstraire et de déduire. Les sciences physiques et chimiques habituent l’esprit à l’analyse précise des faits naturels. La botauique et la zoologie forment à la classification, l’une et l’autre apprennent à coordonner les faits et les notions, à mettre en relief les caractères distinctifs et à laisser dans l’ombre les points secondaires. Toutes développent des facultés spéciales de l’esprit, elles lui donnent la précision, la netteté, la rectitude; mais l'homme complet ne se forme que par l’étude de la pensée, des caractères, des passions, des vertus et des vices, tels qu’ils se révèlent dans les oeuvres des grands écrivains ou dans l’histoire : • Le plus noble objet de contemplation

• que l’homme ait sur la terre, c'est l'homme lui-même (1). »

L’un et l’autre enseignement tendent donc aux mêmes fins, seulement leurs méthodes diffèrent.

C’est par la culture des langues mortes, par l’étude des civilisations antiques, de leurs lois, de leurs mœurs, de leurs idées ; par le commerce incessant de l’esprit moderne avec l’esprit des philosophes et des hommes politiques du passé, que les humanités aspirent à former la jeunesse. Dans ce système on attache peu de prix à la vérité des connaissances, mais davantage à leur intensité. On cherche surtout à perfectionner l’instrument qui permettra de les acquérir avec plus de facilité, et en plus grande abondance plus tard, lorsque l’esprit aura acquis toute sa virilité; • d’une façon toute désintéressée

• on crée la force qui ensuite met en mouvement toutes les autres,

• la force de l’esprit (2), •

Ce système a pour lui l’autorité de plusieurs siècles d’expérience. Son influence est marquée dans l’histoire du développement de l’esprit humain. Il a hâté la maturité des langues sorties du moyen âge, tout en altérant trop souvent, il est vrai, l’originalité de leur génie. Il a formé depuis la première renaissance des lettres, jusqu’à nos

(1) L. Macaclay. Essais.

(3) V. Doser, ministre de l'instruction publique en France.

jours, la plupart des grands écrivains et des grands penseurs : le Dante, Galilée, Newton, Laplace, Shakespeare lui-méme (1) et Molière (2) qui le paya d’ingratitude.

• La civilisation moderne de l’Europe, depuis le moyen âge jus-

• qu’à nos jours, est le produit de deux grands facteurs : le chria-

• tianisme et l’inspiration grecque (l’esprit romain n’en est qu’un

• reflet). Saint Paul, l’apôtre des gentils, symbolisa eu sa personne

• ce grand hyménée. La place d’Aristote et de Platon, par exemple,

• dans l’éducation chrétienne, n’est ni arbitraire, ni susceptible

• d’être changée. Les matériaux de ce que nous appelons une édu-

• cation classique ont été préparés, et nous pouvons dire préparés à » dessein et d’une façon providentielle, pour devenir non pas seule-

• ment une adjonction, mais pour me servir d’une expression ma-

• thématique, le complément du christianisme dans la culture de

• l’esprit humain (3). •

C'est en enseignant aux jeunes gens les beautés des langues vivantes ; en leur permettant par l'acquisition de ces instruments nouveaux, de franchir le cercle souvent étroit d’idées qui éclosent autour d’eux ; en leur faisant connaître, dans une mesure beaucoup plus large, les lois des sciences naturelles, économiques, politiques, mathématiques, et étudier la vie de ceux qui ont vaincu les difficultés, ou les mystères, que l’enseignement littéraire moderne cherche à former l’homme.

Il est nouveau venu comme la bourgeoisie, et après avoir eu à l’origine la modeste ambition de donner quelques notions des lettres et des sciences à ceux qui se destinent au commerce et à l’industrie, il a élargi son programme littéraire et scientifique, et cherché, à diverses reprises, à se poser en rival du système des humanités classiques.

Les raisons qu’il invoque, pour réclamer sa place dans la culture intellectuelle de la jeunesse, sont les suivantes :

(t) François Victor Hugo. Préface aux deux Hamlet.

(2) La première oeuvre île Molière fut iidc traduction : Lucrèce. (5) M. Gladstone.

Les langues modernes, d’une utilité plus pratique que les langues mortes, offrent par leurs difficultés une gymnastique intellectuelle d’une valeur à peu près égale. Elles ont des modèles littéraires, qui ne le cèdent point aux plus beaux modèles de l’antiquité : » Othello

• est peut-être la plus grande œuvre qu’il y ait au monde, • • Le

• style de Dante est peut-être le plus original, si ce n'est le plus

• grand de ses mérites. Je ne connais rien qu’on puisse lui compa-

• rer. Les plus nobles modèles de l’art grec doivent lui céder le » pas (1).

Les classiques grecs et latins peu>ent du reste être étudiés dans d’excellentes traductions. • Pour le grec, le latin, l’italien, l'espa-

• gnol, nous pouvons lire les principaux ouvrages de ces nations

• dans dts traductions allemandes si bonnes qne nous n’avons pas

• de raisons, à moins d’un but tout particulier à atteindre, pour

• perdre beaucoup de temps à l’étude pénible de ces langues. Il est

• dans la nature allemande de savoir apprécier, chacune dans leur

• genre, les œuvres nées au dehors, et de savoir se prêter à l’origi-

• nalité étrangère. Ceci, joint à la grande flexibilité de notre lan- » gue, rend les traductions allemandes d'une fidélité et d’une per-

• fection absolues. Et il ne faut pas se cacher que l’on va très loin

• déjà avec une bonne traduction. Frédéric le Grand ne savait pas

• du tout le latin, mais il lisait son Cicéron dans la traduction

• française, aussi bien que nous autres dans l'original (2).

• Napoléon ne savait pas le latin, mais il avait fait des études

• profondes de la littérature française; car il connaissait nos au-

• teurs ; il les admirait et les citait à propos; il avait passé sa vie

• avec Plutarque, non pas dans l’original, mais dans la traduction

• d’Amyot.

• Homère, Euripide, Platon, Aristote, n’avaient appris aucune

• langue étrangère. La Fontaine, l’immortel rival de Phèdre et » d’Esope, ne savait pas le grec (3).

(I) L. Hvc4ui.it. Crili'iue sur les prlnntp iux auteurs Italiens. li) Conversation de Goethe, par Eckeiisu vx, 10 j mvior 1325, pag. I5D.

(3) (•'». A Rico.

• Le latin, par se» difficultés, absorbe un temps énorme. C’est un

• bel et grand adjenccment sans doute que le grec et le latin, mais

• on l’achète trop cher. Ce n’est pas à dire que ce ne soit une belle » et bonne chose que le bien dire, mais non pas si bonne qu’on la

• fait; et je suis despit que notre vie s’embesogne à tout cela (1). • Pour arriver à une connaissance suffisante de cette langue dans le temps que les familles aisées, ou même riches, peuvent ou veulent consacrer à l’enseignement secondaire, il faut négliger les langues vivantes, que l’élève latiniste ne sait guère, les sciences naturelles qu’il sait moins encore, l’économie politique, le droit public et privé, qu'il ignore, en un mot toute cette partie de la science, qui explique les faits, au milieu desquels l’homme du dix-neuvième siècle se trouve appelé à vivre, et dont l’enseignement est de nature à développer chez l'enfant cette faculté d’observation, à laquelle la civilisation moderne doit ses conquêtes dans le passé, et devra toutes ses conquêtes dans l’avenir.

Les femmes n’apprennent pas le latin, du moins en Europe, et cependant elles ont du jugement, et manient leur langue maternelle avec plus de facilité, de souplesse et d'elégance que maint latiniste. Elles comptent peu d’écrivains, encore moins de grands esprits, c’est vrai, mais les années que la femme consacre à l’étude sont courtes. Le temps qu’elles donnent aux arts techniques ou aux arts d’agrément est énorme. Il est fort peu de femmes qui entrent dans le monde avec une instruction littéraire supérieure à celle que l’homme possède en sortant d’une bonne école moyenne. La femme du reste est faite pour la vie affairée du ménage et la conversation facile, et non pour la teosion d’esprit du travail intellectuel. Les menus détails dans lesquels se passe son existence, — ménage, si elle est bourgeoise , toilette, plaisirs mondains et dévotions si elle est grande dame — lui font vite oublier ce qu’elle a appris, et lui rendent inaccessibles les hautes sphères • où montent des savants Us spéculations. » Le petit nombre de femmes savantes n’est donc pas un argument contre l’enseignement littéraire moderne.

(9j Mostaicse. Essais.

Les études humau.taires classiques, qu’on dit être les études générales par excellence, sont en réalité, des études fort spéciales, pour le grand nombre de ceux qui les abordent. L’iguorance dans laquelle on les a tenus des choses pratiques les fait repousser du commerce et de l’industrie. Si l’État, cette Providence qu’ont inventée la Révolution et les Bacheliers, ne leur venait en aide par le monopole et les privilèges, ils seraient fort embarrassés (i). L’avenir est au commerce, à l'industrie, à l’agriculture, ce sont là les professions qui créent. L’organisation de l’enseignement ne leur a quetrop enlevé jusqu’ici l'intelligence et les forces de la jeunesse.

Il ne suffit pas d’avoir, dans une mesure quelconque, satisfait aux besoins de ces classes. Il faut ériger en règle ce qui n'est qu’une exception, organiser en un mot les humanités modernes.

Les civilisations antiques sont suffisamment connues. Elles ont donné à l’humanité tout ce qu’elles pouvaient donner. Elles ont sondé les lois de la pensée et la profondeur du cœur, au point que bien peu de chose a depuis été ajouté à leurs découvertes. La mission de l'homme moderne est d'étudier les lois sociales et les lois naturelles. Pour cette étude, le grec et le latin sout superflus, les langues modernes sont indispensables ; car lettrés et savants écrivent aujourd’hui dans leur langue maternelle. Le latin a cessé d’être la langue des lettres et des sciences ; il a cessé d’étre la langue de la diplomatie et des traités ; il a cessé d’étre la langue de l’enseignement et des examens.

Tous les actes de l’administration civile, même les actes de naissance, de mariage et de décès, sont rédigés en langue vivante. Le latin a cessé d'être la langue universelle. Bien ne l'a remplacé, et un vide immense s'est fait dans le domaine des communications intellectuelles des peuples. Il n’est plus possible de s'adonner aux grands travaux de l’intelligence, si l’on ne possède à fond les trois laugues dans lesquelles se formulent de nos jours les grandes œuvres litté-

(tl Voir le Times du 5 novembre, 2* correspondance de Madrid, sur la manière dont se passe, dans un pays où tout le monde apprend le latin, la journée d'un ministre populaire, au lendemain d'une révolution.

rairf-s et scientifiques, le français, l’allemand et l’anglais. Restaurer le passé est impossible, on ne remonte pas le cours des âges. Nous ne pouvons sortir de la situation fausse où nous nous trouvons qu’en marchant d’an pas plue résolu vers l’avenir. L’heure est venue de faire un pas de plus dans la substitution du moderne au classique. Le latin et le grec doivent sans doute encore faire l’objet d’un enseignement, mais d’un enseignement spécial comme le droit, la médecine et le génie civil, pour ceux à qui l'étude en est indispensable, utile ou agréable.

Si l’expérience qu’on a faite jusqu’ici des humanités modernes semble les condamner, c’est que les humanités modernes n’existent pas, du moins en Belgique. On ne saurait donner ce nom aux sections professionnelles des athénées belges. Si 1rs élèves sortis de la rhétorique latine ont une faculté de compréhension plus grande, même pour les sciences, que les élèves sortis de la rhétorique professionnelle, c’est que les premiers ont une année et souvent deux années d’étude de plus que les seconds, et c’est beaucoup à cet âge.

Les professeurs des langues mortes sont meilleurs que ceux des langues vivantes. Ils ont une culture littéraire que les seconds n’ont pas. Ils satisfont à la fois au double but de l'étude des langues étrangères, qui est non seulement d’apprendre à les lire et à les parler, mais surtout à s’en servir comme d’un instrument propre à mieux apprendre la laDgue maternelle et à développer l’esprit. Les jeunes geus qui fréqueuttnt les sections des humanités, appartiennent à des familles où prévaut une culture intellectuelle supérieure à celle que l’ou trouve dans les familles dont les enfants suivent la section professionnelle. Les premiers ont donc reçu, indépendamment de l’enseignement proprement dit, l’enseignement du foyer domestique, cet enseignement de la couversatiou, qui fait le fond de l’éducation anglaise, et que l’enseignement de l'école développe, mais auquel il ne supplée pas. L’élève qui suit la section classique poursuit un diplôme et une carrière savante, il sait que son succès dépendra de la culture générale de son esprit, et surtout de sa culture littéraire. L’élève qui suit ls section professionnelle n’aspire, en général, pas à un diplôme, il sait, à n’en pouvoir douter, que dans le monde où

— loi —

il va entrer on lai tiendra peu compte des qualités brillantes de l’esprit, et qu’on y veut des connaissances pratiques, du bon sens et du coup d’œil.

Si dans le commerce, l’industrie et la finance, on est fort sensible à la beauté des arts, — Florence, Venise, Cologne, Anvers, Amsterdam, Séville, — et moins à la beauté des lettres, c'est que jusqu’ici, sauf peut-être dans les Real Sohulen de 1™ classe en Prusse et dans la section moderne de la Free Academy de New-York, il n’y a pas pour les commerçants, les industriels et les financiers, un enseignement littéraire en harmonie avec leur existence. Toutes ces causes dépriment le niveau de l’enseignement dans les sections professionnelles. La mauvaise et l’incomplète organisation d’un système n’infirme pas la valeur du principe sur lequel il repose.

Nous n’avons pas la prétention d'avoir exposé, dans cette courte analyse, tous les arguments, que l’on peut invoquer en faveur de l’un ou de l’autre système. L’impartialité nous a fait un devoir de donner plus de relief au second, car il n’a pas la possession d’État, ni l’appui des imposantes autorités, que possède le premier.

Nous croyons toutefois, devoir ajouter à l’appui de celui-ci, qu’au point de vue pratique, les études classiques ont mis dans le cerveau de l’homme qui les a faites sérieusement, et qui les a poursuivies jusqu’à leur vrai couronnement, c’est à dire jusqu’à la classe de philosophie, le meilleur instrument intellectuel, que l’on puisse posséder à vingt ans.

Il n’est pas de connaissances que le candidat en philosophie ne puisse rapidement acquérir. En huit jours, il est à même de lire le grec moderne (1); en un mois, l’espagnol ; en six semaines, l’italien. Sachant le latin et l’espagnol, en deux fois douze heures, il lit couramment les journaux portugais. Et cette assimilation de langues modernes sera rendue plus facile encore, si, comme nous le proposons, on substitue à la prononciation érasmienne du grec — formée l’on sait comme — celle du grec moderne ; à la prononciation toute aussi barbare du latin, la prononciation romaine de nos jours. Le

(1) V. A. new practical and easy methotl of learning tbe Greek langage, by Aug. Vlachos.

latin, tel qu’on le parle, dans l’Italie centrale, a probablement pins d’analogie avec le latin antique, que le nôtre. Il est en tous cas plus élégant. — » Lingua toscana — à bien plus forte raison — lingua lutina, in ioccâ romand. .

L’élève sait de plus suffisamment d’anglais ou d'allemand, pour lire facilement les auteurs de l’une ou de l’autre langue, — s’il veut s’en donner la peine. — Il a vaincu les premières difficultés des sciences naturelles et mathématiques, et est à même de comprendre toutes les questions qu’elles soulèvent, et de les suivre dans leurs progrès — toujours s’il veut s'en donner la peine. — Il ne sait rien des sciences sociales, proprement dites, c’est vrai, mais rien n’etnpéche, — si on satisfait au vœu que noue exprimons plus loin, — de les mettre au programme, comme cela se fait aux États-Unis. Il ignore les choses usuelles des affaires, que tout homme à notre époque est tenu de savoir, la comptabilité, la tenue des livres... Mais il se fait en ce moment aux États-Unis un essai qui semble devoir être appelé au plus grand et au plus légitime succès, car il a réussi dans plus de 30 établissements, et le nombre en augmente tous les ans. En cinq mois, en moins de temps même, si l'instruction antérieure et l’intelligence de l’enfant s’; prêtent, on le rompt aux affaires, mieux qu’on ne le faisait jadis eu de longues et ennuyeuses années de routine; pour autant, bien entendu, qu’en cette matière, la science et les opérations simulées puissent tenir lieu de l’expérience.

Seulement, ceci suppose que l’élève ait fait des études humanitaires complètes — jusqueeety compris la classe de philosophie — et qu’il les ait poursuivies jusqu’à l’âge de vingt ans. IL y a un temps nécessaire pour toutes choses, pour la formation de l’esprit, comme pour la maturation des fruits. Il y a des fruits de serre chaude excellents, mais que valent-ils en comparaison des fruits mûris lentement à l’air libre et au soleil. Il y a des enfants prodiges, mais beaucoup sont devenus hommes nuis, non parce qu’ils ont été des enfants prodiges, mais parce qu’ils ont abusé de la précocité de leur intelligence. — En Prusse, sur 1803 (1) jeunes gens qui

(1) Le chiffre habituel des admissions est do 1,900. Nous ignorons pourquoi il a baissécu 1864, époque à laquelle se réfère la statistique que nous donnons.

passent leur examen de maturité, 1435 sont âgés de 19 ans et au delà, et 507 ont plus de 20 ans.

Il faut enfin que l'élève ait emporté de i’éeole le goût de l’étude et de la lecture. Ces trois conditions sont rarement remplies — surtout la dernière. — Le monument des études classiques reste donc inachevé, pour une fraction notable de jeunes gens, non seulement pour les élèves qui ont commencé tes études latines, sans les achever, mais encore pour ceux qui les terminent; et l’on peut se demander si l’organisation des humanités modernes ne donnerait pas à beaucoup d’entre eux le goût des lettres et des sciences que l’enseignement actuel ne leur donne pas. La question de la rivalité des humanités modernes et des humanités classiques se réduirait donc à une question de variété dans les systèmes et dans les méthodes.

A ce titre, nous n’hésitons pas à demander une place pour les humanités modernes, dans l’enseignement public. Le germe en existe dans nos sections professionnelles. Il s’agirait d’y fortifier l’enseignement littéraire, — ce qui est dans le vœu généra), — et d’augmenter la durée de l’enseignement, de façon à avoir en Belgique, l’image fidèle des Beal Schulen de premier ordre de Prusse. Un diplôme de gradué serait établi pour les humanités modernes, comme pour les humanités classiques, Mais comme il se pourrait fort bien que les élèves n’eussent pas plus de goût pour les unes que pour les autres, il se pourrait fort bien aussi que les humanités modernes ne réussissent pas, faute d’élèves. On ferait donc bien d’examiner le point de savoir, s’il n’y aurait pas lieu de rendre l’un ou l’autre diplôme obligatoire, pour l’accès de certaines écoles spéciales, et de certaines fonctions publiques. Il ne serait pas nécessaire de compléter immédiatement toutes les sections professionnelles, mais une ou deux seulement à titre d’essai.

Que veut-on de plus? Et que peut-on vouloir encore? Ceux qui combattent le maintien des lettres classiques dans l’enseignement, vivent un peu d’idées et d’arguments qui n’ont pas leur raison d’être en Belgique.

Il est des pays où les diplômes classiques sont exigés, en général, de tous ceux qui aspirent à exercer une fonction publique quelcon-

que. En est-il ainsi avec nous P Toutes les professions sont libres, sauf quelques rares exceptions, non seulement les professions agricoles, commerciales, maritimes, mais même celles d’ingénieur, d'architecte et de professeur. Si un individu s'avisait d’enseigner n'importe quoi, même le latin, sans l’avoir jamais appris, il en aurait parfaitement le droit. Bien plus, pour l'admission à la majeure partie des fonctions publiques centrales, provinciales ou communales, nul n’est tenu de prouver qu’il a fait des études classiques. On est reçu à l’école spéciale du génie civil et des mines, à celle des arts et manufactures, ainsi qu’à l’école militaire, sans avoir étudié les langues mortes, et l’on peut arriver aux diplômes et aux grades, auxquels conduisent ces écoles, sans savoir un mot de grec ou de latin. Les seules fonctions ou carrières pour lesquelles l’étude des langues mortes soit exigée sont : la magistrature et certaines professions qui s’y rattachent, comme le barreau et le notariat. Il faut y ajouter la carrière médicale et les fonctions sacerdotales. I/Êtat n’intervenant ni dans la nomination, ni dans l’installation des ministres des cultes, n’a pas à s'occuper des conditions de capacité que les aspirants ont à fournir pour l’exercice de leurs fonctions, et il appartient au clergé de décider, d’une manière souveraine, si le latin continuera à être enseigné dans les séminaires.

Veut-on que l’on puisse arriver aux diplômes médicaux et de droit, et partant à l’exercice des professions et des fonctions juridiques et médicales, sans qu’on ait fait d’études classiques? C’est une idée neuve, et que nous n'avons trouvée exprimée nulle part. Les plus ardents promoteurs des humanités modernes ont toujours fait une réserve pour les unes et pour les autres. Ceci équivaudrait à la suppression à peu près complète du grec et du latin dans l’enseignement : et l’Eglise, conservatrice des antiques traditions, resterait seule, avec quelques amis des lettres, à faire usage de ces langues, qui, cette fois, seraient bien des langues mortes. En attendant que la question soit placée sur ce terrain, nous nous permettrons de croire que l’étude du grec et du latin constitue le meilleur système d’éducation de l’esprit, pour tout homme qui veut s’adonner sérieusement aux lettres et aux sciences, et qui cherche, dans l’enseignement, autre

chose que le moyen d’arriver à une position lucrative par le • dignut et intrare in nostro dodo corpore. •

Page 1