HUMANITÉS GRECQUES ET HUMANITÉS LATINES
La suprématie demeurant acquise anx lettres mortes, reste à savoir si la part qui leur est faite respectivement est bien la part qui leur revient. Le grec occupe dans l’enseignement belge 680 heures de classe, le latin 2,780 (1). En Prusse, la proportion est de 1680 heures pour le grec, de 3,600 pour le latin (2). L’étude du grec a donc une importance relative beaucoup plus grande que chez nous. Toutefois en Prusse, comme ailleurs, quelque variété qu’il puisse y avoir dans les proportions, le latin a la prééminence. Cette supériorité est-elle légitime? Le grec ne devrait-il pas occuper le premier rang, et le latin une position seeondaire? Beaucoup l'affirment et des plus autorisés.
• La connaissance des lettres grecques est le fondement d’une
• instruction solide , et véritablement éducative de l’esprit et du
• cœur. Les Grecs sont les grands maîtres de cet esprit philoso-
• phique, de cette méthode dialectique, de cette exposition lucide » et sobre, dont dépend, en grande partie, la valeur de toute œuvre
• scientifique et littéraire. Poser la question, si dans les écoles ita-
• tiennes il faut vouloir l’enseignement du grec, revient à poser la
• question, si en Italie, on doit conserver, et faire progresser l’instruc- » tion classique : qui résoud dans un sens affirmatif, cette seconde » question — et qui ne la résoudra dans ce senB? — devra faire
• place, bien plus, faire la première place, aux lettres grecques
• dans les écoles de notre pays (3). *
» L’enseignement du greo se comprendrait beaucoup mieux que
• celui du latin. — Les Grecs, en effet, ont servi de maîtres et
(t) Y compris environ 100 heures de classe en philosophie. Nous supposons l’annéo scolaire de (0 semaines.
(2) En Prusse la classe de philosophie est dans les gymnases.
(3) Suite condizione délia puhblica islruzionc del Regno d'Italia. Relazione générale.
• de modèles aux Bomains ; tout le monde en convient. Les Grecs » étaient nés poètes, tandis que les Bomains n’ont jamais su lede-
• venir; le génie grec s’est immortalisé dans tous les genres, tandis
• que dans la littérature latine plusieurs genres importants ne sont
• représentés par aucun ouvrage; enfin les Grecs avaient l’esprit,
• non seulement poétique et original, mais philosophique et élevé,
• tandis que les Bomains, essentiellement utilitaires, toujours occu-
• pés de leurs intérêts, étaient incapables de s’éprendre pour une
• belle et grande conception, ai elle ne devait rien leur rapporter.
• Le grec remplacerait donc aujourd’hui le latin dans les gymnases,
• si les cloîtres du moyen âge, de qui nous tenons nos plans d’édn-
• cation, l’avaient connu (1). »
Nous avons fait connaître plus haut l’opinion de M. Gladstone snr le rôle qni revient au génie grec, dans l’éducation.
Au point de vue de la culture générale de l'esprit, un enseignement dans lequel le grec occuperait la place assignée aujourd’hui an latin, et le latin, la place assignée au grec, serait donc un enseignement possible. Au point de vue des connaissances spéciales que doivent posséder de la langue latine, le jurisconsulte et le médecin, il le serait tout autant. Le latin est une langue sœur et sœur cadette du grec, à l’école de laquelle elle a puisé ses meilleures qualités. Son étude serait rendue plus facile. Elle serait plus rapide. Et l’on peut affirmer que l'élève en saurait assez pour étudier avec fruit le droit, et la médecine. Beste à examiner si l’enfant pourrait aborder de front l’étude du grec, sans passer par l’intermédiaire du latin. Quoi qu’il en soit, toute la question vBut un sérieux examen.
Nous croyons qu’un chassé-croisé opéré dans les programmes de deux ou trois de nos Athénées entre le grec et le latin, serait une mesure des plus favorables pour le mouvement littéraire du pays.