‹ La question du jour, resterons-nous français [microforme]Chapitre 12 sur 34 · PC HR · texte numérisé non relu

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En 1864, il prenait vis-à-vis de nous le ton rogue, impératif. ÆEn 1872 il n'avait plus cette pitié dédaigneuse, cette confiance sans borne dans notre disparition prochaine, inévitable. Il est vrai qu'une chose le taquinait : l’étonnement de nous voir bien portants, robustes, après tant d’épitaphes aussi peu flatteuses que prématurées. Cette nouvelle sensation était accompagnée, chez lui, d’une mauvaise humeur bien naturelle. On dirait même qu'il s'y mêlait une dose d’anxiété.

A ce sujet, M. Golwin Smith faisait part de ses craintes aux lecteurs du Bystander, revue qu'il dirigeait, à Toronto.

Nous empruntons la traduction de son article à M. Tardivel, d: la Vérité.

‘ La Gazette de Montréal. parlant de la défaite de M. Nelson, comme candidat à la mairie, dit que dorénavant tout homme qui aspire aux honneurs civiques devra écrire au-dessus de sa porte : Ici on parle le français. ‘“ Pas si mal, s’écrie le Monde. C'est la vérité dite en riant, du moins nous l’espérons” (Cet espoir paraît devoir se réaliser, et la perspective de sa réalisation constitue un caractère très-grave de la situation politique. Le sentiment français, au lieu de disparaître, devient plus intense. Aussi longtemps que la province de Québec n’était qu'un caillou détaché de la vieille France, sans

Le DL relations avec la France moderne, la disparition du sentiment qui unissait le Bas-Canada à la France, sentiment tenace mais inactif, plutôt que vigoureux, et que la mère-patrie ne faisait rien pour entretenir, n’était qu'une question de temps.

‘ La dissolution de ce lien devait nécessairement arriver,et arriver probablement tuut à coup, comme est arrivée la dissolution de la nationalité gaélique dans les Highlands de l’Ecosse, ou celle de la nationalité galloise qui disparait rapidement du pays de Galles. Mais aujourd'hui le lien commercial, littéraire et social avec la France, a été renouvelé, et il est certain que ce sera désormais l'ambition de la France de fortifier ce lien. L'Algéric n’est qu'une garnison. Québec est la seule colonie que la France possède. … Une Nouvell:-France renouvelée dépassera nos pouvoirs d'absorption. On aurait probablement facilité la fusion par l’Union législative, et il y en x qui croient que si cette mesure décisive avait été adoptée, toute résistance auraient été vaincue ; mais c'eût été incontestablement une mesure téméraire, surtout à cause de l'incertitude ou l’on était, relativement aux sentiments de la Nouvelle-Ecosse. Le temps, toutefois, est maintenant passé ; et bien qu'il puisse y avoir deux nationalités canadiennes, l’une française, l’autre anglaise, il paraît y avoir moins de raisons que jamais d'espérer de les voir se fusionner. La cession de Québec aura un singulier épilogue......……. Autrefois, le Romain faisait ce qu'il voulait du

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pays conquis : aujourd’hui les vaincus font ce qu'ils veulent du Romain.”

Ainsi, de l’aveu de M. Goldwin Smith, nous débordons sur l'élément britannique.

En latin peu respectueux,nous prenonsacte de

1 cette déclaration. Elle est de notre goût, autant qu'elle peut être désagréable au By-stander.

Nous comprenons de plus que notre déve-

loppement inattendu, que la perspective de

notre prééminence le scandalise, en déroutant

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complètement ses principes. Mais nous qui n'avons pas été élevés à Oxford, nous ne voyons pas povrquoi le conflit devrait être nécessairement toujours à notre préjudice ; pourquoi nous n’aurions pas tout aussi bien que la race que M. Goldwin Smith croit personnifier, le droit de multiplier, et de nous affirmer sur ce continent ? Lui-même, s’il était désintéressé dans la question, ne penserait-il pas de la même manière ? Ma!heureusement, par rapport à nous, il se croit fils de conquérant, héritier de leurs privilèges. La perspective de l'égalité avec nous lui paratt une déchéance, une désolation. De là ces réminiscences classiques ; cette évocation de Rome et de l’empire romain, si familière à certaines plumes britanniques, et qui,—nous

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26 devons le dire en toute assurance à M. Smith,— ï sont aujourd'hui bien vieillies, bien démodées. 3) Ainsi, la plénitude politique dont jouissent

AS. ie Ua les Canadiens-français l’inquiètent. Il oublie f que cette liberté nous l'avons loyalemnent de gagnée ; que ceux qui se sont le plus opposés à nt son extension, en rougissent encore aujour- Ÿ er. d'hui. !

ia Ce que nous avons fait jadis, d’autres le font l de maintenant. | nt > À N és Chose étrange ! Ceux-là trouvent grâce aux | Fe yeux de M. Goldwin Smith.

ns x Les Boërs, qui luttaient à bras le corps pour | + leur indépendance, avaient ses chaudes sym- “i pathies. D'une main, M. Smith leur donnait Ft dans l'avenir, ce qu’il retirait au passé des Lo Canadiens-français. Les vaillants Boërs qui, | après tout, n’ont fait que répéter l’histoire de | es- Ye a a AT e tous les exilés, de tous les déshérités, avaient à | ; ses yeux un prestige que nous ne pouvons se À avoir. | V1- F À | Qui le croira ?

DUS ; | De M. Goldwin Smith déplorait alors notre | | on esprit de cohésion. Il reconnaissait que la | e à Nouvelle-France régénérée par nos efforts, par 14)

bus la reprise de ses relations commerciales et lit-

en

téraires avec la mère-patrie, dépassait maintenant les pouvoirs de l'absorption britannique.

Seize pages plus loin, dans le même fascicule de la même revue, le même écrivain louait les Boërs, les encourageait à devenir autonomes, et assurait qu’ils avaient pris les armes pour la cause de leur indépendance, amour qui les avait conduits jusqu’au désert ! These people took up arms in defence of their independance, the love of which had led them out into the wilderness.

Pourquoi tenir ainsi deux poids et deux mesures ?

Pour l’école de M. Goldwin Smith, la raison est simple.

S'agit-il d'un Anglo-saxon, ou, comme dans ce cas, d’un rejeton quelconque de la grande race teutonique, vite M. Smith fulmine contre les tyrans, les soldats, la police, le pouvoir. Aucune institution ne lui parait alors assez libérale. Il lui faut une démocratie coulant à plein bord.

Quel changement chez ce classique britannico-romaip, quelle volte-face chez ce sectateur de Janus, quand c’est nous, pauvres welches,

pauvres gaulois, qui comparaissons devant son tribunal ! Le libéral s'évanouit. A la place

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de l’apôtre, nous trouvons le centurion, glaive en main, casque en tête. Sa mission n’est plus de propager la doctrine humanitaire dans le monde. Il est héritier de conquérants, de guerriers illustres. Il ne se sent plus fait que pour gouverner.

— In regere imperio populos Romane memento.

Aux yeux de l’ancien professeur d'histoire:

moderne, aux yeux de ses élèves, de ses dis-

ciples, nous sommes des vassaux de deuxième, de troisième catégorie, tels que l’étaient autrefois les sujets de la terre ferme pour la Sérénissime République de Vénise.

Pourtant, et nous croyons que cette citation

classique plaira à ceux qui suivent l’école de:

l’ancien professeur—les temps des ordinarti intendants—des vulgaires — domestiques — des mediastini — propre-à-tout — des quales-quales — pas grandchose—sont passés. Qui sommesnous donc pour entrer en pareille concurrence ? Ceux qui croient à la propagande que fait M. Goldwin Smith, ceux qui se disent nos conquérants, nos maîtres, nous ont-ils conquis ? Nous ont-ils subjugués ? Nous ont-ils soumis au ‘‘ bondage,” comme les Anglais le furent pendant quatrecentsans, après Gruillanmele Bâtard ?.

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