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vous obtiendrez de vos nouveaux maîtres l’abstention de toute ingérence dans vos affaires (ce qui serait obsolument impossible) ou les destinées de votre bien-aimée province ne seraient bientôt plus en vos mains, pas plus que le sort de la Louisiane n’est resté au pouvoir des Créoles.
‘“ Dans tous vos rapports avec le gouvernement fédéral, c’est, tout d’abord, l'anglais qui vous serait imposé. Le français, d'ailleurs, sous la tourbe de politiciens faméliques et sans emploi, qui guettent pour vous envahir, l'heure de l’annexion ; sous cette influence délétère et hostile, dis-je, le français ne tardera pas, non plus à disparaître et des débats de votre législature et des délibérations de vos autorités municipales et des plaidoyers de vos avocats et des sentences de vos juges et de tous les actes civils, et enfin, comme coup de grâce, de l’enseignement gratuit : et ce jour néfaste, qui suivrait de près votre entrée dans la glorieuse Union, la langne vénérée de vos pères verrait commencer, parmi vous, son mouvement de décadence et de disparition !
‘ Mais au moins, 1épliquerez-vous, nous la conserverons dans nos familles sous notre toit.” En êtes-vous bien sûrs ? Appelons en témoignage tout français élevant ses enfants sous la bannière étoilée, dans les milieux cvinplètement soumis à cette prodigieuse puissance d’absorption de la race anglo-saxonne. Nous sera-t-il permis de citer notre propre exemple ? Dans nos foyers, sur cette terre jadis française de la Louisiane, nos filles, dans une certaine mesure:
LR — EE
Toi
restent fidèles à la langue de leurs mères ; mais nos fils nous échappent ; ils s'insurgent contre l'autorité paternelle, sous prétexte que notre grammaire est trop compliquée.
‘ Ce doux parler de leurs ancêtres, ils ne le considèrent plus que comme un idiome étranger, qui ason charme, sans doute, dont l'utilité, en ce pays, est incontestable, et qu'il faut négliger, au profit de l'anglais, dans les classes laborieuses qui manquent de loisir pour apprendre deux langues.
“ Telle est la théorie saugrenue de la majorité de nos fils, et surtout de nos petits-fils. Les vôtres seralent-ils plus raisonnables, moins récalcitrants ?...Le doute serait assez dans la logique.…..Ne vous récriez pas ; car c’est i’exemple même des descendants des Acadiens et des Canadiens, jadis émigrés en Louisiane, que nous vous citons. Il est des exceptions, comme on le pense bien, mais trop rares pour remédier au mal.
‘“ Vous-mêmes (mais ici, sûrement, l’on prendra notre crainte pour un blasphème) vousmêmes, ou bon nombre d’entre vous, ou du moins ceux qui, dans la suite des générations, viendront prendre au coin du feu votre place, se tiendront ce fâcheux raisonnement : ‘‘ Sous la domination nouvelle, nos enfants, sans le secours de l’anglais, 1° peuvent arriver à rien, ni dans le haut commerce, ni dans la grande politique natiopale, ni dans les fonctions grassement rétribuées. Nous ne pouvons pourtant faire de nos fils des parias, ou tout au moins, des étrangers dans leurs propres foyers. Nous
ne pouvons leur fermer les avenues de la fortune et les reléguer, par nos idées d’une autre
époque, dans la sphère des infériorités sociales.
À notre profond regret, c’est donc l'anglais qu'il faut d’abord leur faire apprendre. Et pris au mot par leur progéniture, celle-ci ne voudra plus charger d'aucune autre langue le
bagage de ses études. Cela se passe sous nos.
yeux.
“ Nos amis du Canada répondront que sous la domination anglaise, ils ont, pendant cent vingt-sept ans, maintenu intactes leur langue, leurs mœurs, leur religion : et que leur indomptable énergie sera de taille à les faire respecter
par leurs nouveaux maîtres. Hélas ! la situa-.
tion aura bien changé ! Sous le régime anglais, nos congénères représentent, dans la population totale du Canada, au moins un tiers, peutêtre davantage ; et leurs qualités personnelles suppléent au léger déficit de leurs forces numé-riques. Avec la suprématie américaine, les.
Canadiens-Français ne seraient plus qu'une quantité infinitésimale, moins d’un trentième, dans les masses profondes de leurs nouveaux compatriotes !.....Sentiraient-ils donc le besoin, eux qui trouvent déjà trop nombreux leurs ennemis, de les voir se multiplier dans des proportions gigantesques ?
‘ Comme argument en faveur de l’annexion, on cite l’émigration d’un nombre considérable de Canadiens-Français, dans les Etats américains de la Nouvelle-Angleterre. Au dire de quelques journaux, ces émigrés conservent.