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lon, de Fort Bull, de Montmorency. La vieille grand'mère racontait ce qu’elle avait entendu dire à la sienne. Des femmes, des vieillards, des enfants, disait-elle, avaient trainés les fourgons du chevalier de Lévis depuis le fort Jacques-Cartier ‘asqu’à Lorette. Il faisait 12 dégrés de froir is on n'avait pas de bêtes de somme pour ©... ..ire le train, et peinant, tombant, se relevant dans la neige et la glace, ces faibles allaient toujours, menant ainsi leur général à la victoire de Sainte-Foye.
D'autres avaient connus Evanturel le vieux soldat chanté par Octave Crémazie, Fay l'ancien hussard de Grouchy, LeBlanc l’ancien soldat de la garde, devenu tambour major de la société Saint-Jean-Baptists de Québec, et plus d'un autre vétéran de l'Empereur. Ils causaient de Marengo, de Friedland, d'Austerlitz, d'Ièna, de Lutzen, d'Eylau, de Champaubert ; tous savaient sur le bout des doigts les victoires de Crimée, d'Italie et du Mexique.
C’est ainsi quese passaient ces tristes soirées. Et les jours succédaient aux jours, apportant les uns des fanfares de victoire, les autres des glas de défaites.
Dans les rues des villes s’étalaient des tableaux noirs : des dépêches y étaient inscrites à la craie. La foule les lisait ; elle les commen-
tait tantôt avec des larmes, tantôt avec dés cris de joie.
Le 20 août ces tableaux noirs disaient :
Grande bataille à Metz—Deux généraux prussiens tués ; deux autres blessés. La garde impériale a donnée : 20,000 prussiens sur le champ de bataille. Le prince royal de Prusse est blessé. Un régiment de lanciers allemands a été taillé en pièces ; ses drapeaux ont été enlevés; 19 espions prussiens ont été fusillés à Montmidy. L'armée prussienne du centre à été à peu près annéantie. Le prince Albert de Prusse a été trouvé parmi les morts. Le régiment du prince de Bismarck vient d'être annihilé. Les paysans ont fait prisonnier un détachement d2 dragons ennemis. Grande bataille sur la Moselle. Brillante victoire des Français. Des milliers de Français s’enrôlent dans la mobile. 20,000 arabes viennent de partir pour la France.
Ces en-têtes de dépêches que j'ai noté avec soin étaient lus généralement par un ouvrier ; la foule soulignaïit chaque bonne nouvelle.
Le 20 août le Canada français fut en liesse.
L' Evénement de Québec faisait suivre de ces remarques le bulletin cité plus haut :
‘“ Depuis dimanche les Français n'ont eû que des succès. Aujourd’'hu. e n’a été par toute ia ville qu’une joie, qu'un délire. On parle
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d'illuminer. Les drapeaux tricolores flottent sur des centaines de maisons de Saint-Roch et de la Haute-Ville de Québec. ”
Ce soir là, devant la porte d’un banquier de Saint-Roch, M. William Venner, j'ai vû quatre ou cinq cents personnes chantant la Marsaillaise et le Départ. M. Venner, donnait lui-même le signal.
Les dépêches arrivées à Québec, le 22 août furent aussi annoncées en grosses lettres. Elles disaient :
Les Prussiens sont tout probablement cernés par les troupes françaises.
Une bataille décisive imminente. Pertes des Prussiens à Rezonville 40,000. Corps du général Steinmetz en pièces : sa cavalerie annéantie. Strasbourg en flamme. Communication difficile entre Bazaine et MacMahon. Phalsbourg a capitulé. Verdun est au pouvoir des Prussiens.
Le 23 août, le malaise s’accentuait de plus en plus parmi nos gens. Ils ne savaient plus à quoi penser.
Ils avaient là ce jour là sur l’inéxorable tableau, ces dépèches :
Le prince royal de Prusse marche sur Paris.
Bazaine quitte Metz. La confusion augmente dans
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Paris. Napoléon III est en fuite. Les d'Orléans sont réintégrés.
Le °4 tout allait pour le inieux. Cinq dépêches annonçaient coup sur coup des succès pour les troupes françaises, à la grande joie de la population. Elles disaient :
Les Prussiens énormement affaiblis. Bazaine a reçu des renforts ; il est maître de la situation. Les lignes prussiennes sont enfoncées à Montmédy. Cri d'horreur dans toute l'Allemagne. Frégate prussienne capturée. MacMahon a rejoint Bazaine. 520,600 Prussiens marchent à la bataille. Buzaine refuse le passage de la Belgique à 85.000 Prussiens.
Je ne suis que modeste chroniqueur, et je raconte ici simplement ce que l’on nous faisait croire au Canada en ce temps-là.
Le 25 nous entendimes parler d’un grand combat naval.
Le 26 les bonnes nouvelles persistaient ; et, ce fut tout.
Nous ne reçumes plus de bulletins.
Alors une grande inquiétude s'empara de la population. Les querelles politiques se tûrent ; tous les yeux se tournèrent vers la mère patrie. Nous étions attristés, mais nous ne perdions pas courage. La presse de l’époque est un
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fidèle tableau des émotions par où nous passions.
L'Evénement du 28 août disait :
‘__ À la pensée de la lutte que soutient la nation dont nous descendons, le sang français se remet à couler dans nos veines comme sirien ne l’avait glacé ; et nous acclamons le drapeau de la mère-patrie comme s’il n'avait cessé de flotter sur rs têtes.
‘ Nous avons beau dire et beau faire, nous être fait aux circonstances, aimer uotre sort ne conserver plus de regrets, mettre ailleurs nos espérances, la France reste pour nous la France. C'est notre seul amour national, la source même de notre patriotisme; et s’il disparaissait jamais, rien ne le .«emplacerait. L'âme de notre peuple serait pour toujours fermée aux nobles élans,. Nous estimons l'Angleterre, nous lui sommes reconnaissant de nous avoir donné le plus précieux des biens, la liberté. Nous admirons les États-Unis, dont la prospérité nous éblouit ; mais nous n’aimons avec passi. . que la France. Son nom seul peut nous faire tasaillir ; et lorsque, ii y a deux ans, nos jeunes gens s'enrôlaient dans les zouaves pontificaux, la pensée de traverser le sol où les ancêtres étaient nés et d'aller
servir à côté de Bretons et de Normands, doublait leur ardeur.
‘“ Ce noble sentiment, ce généreux enthousiasme n'arien d'offensant pour les peuples qui nousentourent. Ils montrent jusqu’à quel point nous poussons la fidélité, puisque rien n’a pu nous détacher de nos premiers protecteurs. Un peuple ne vaut que par le culte qu’il conserve pour ses traditions, Le nôtre se tournerait demain contre ceux qui 1e protége aujourd’hui, s’il pouvait oublier ceux qui ont soutenu ses premiers pas. Ingrats pour la France muintenant, nous le serions plus tard pour l’Angleterre.”
De son côté le rédacteur du Journal de Québec écrivait :
“Nous n'hésitons pas à le dire, le monde ‘entier doit secourir la France. C’est son devoir, c’est le devoir de la reconnaissance, le plus sacré de tous les devoirs. On peut oublier les hauts-faits d’une nation, ses guerres, ses victoires, ses conquêtes ; on peut oublier tout cela, rois ses bienfaits, jamais! Que le monde se souvienne -le tout ce que la France a fait pour son bien-être matériel et intellectuel. Que tous les peuples se rappellent ce que la France a
fait pour chacun d'eux er particulier. Qu'ils se rappellent que la France, avant d’étonner l'univers par sa résistance plus qu'héroïque, l’a rempli d'admiration pour ses œuvres, par l’immense impulsion qu’elle a donnée aux lettres, aux sciences, aux arts, à la civilisation, au progrès. Voilà ce qui fait que l'obligation de secourir la France est une obligation universelle, puisque la dette de reconnaissance qui lui est dûe est une dette générale.
“ Chuque peuple est débiteur de la France.
Tous sont ses obligés. Que le Canada suive les nobles exemples de l'Europe et de l’Amérique. Que des sociétés de secours s'organisent i dans nos villes, dins nos campagnes. Envoyons notre part. Elle ne sera pas considérable : nous sommes pauvres. Qu'importe ?
En donnant nctre obole nous aurons du moins la satisfaction de n'avoir pas forfait à notre devoir.”
De suite les Français vinrent se grouper autour d’un de leurs doyens, M. ledocteur Pourtier. J'étais à cette réunion. Il y avait là douze Français ; nous étions en outre six Canadiensfrançais. Tlfut unanimement décidé d'offrir la directivn complète du mouvement au Consul