‹ La question du jour, resterons-nous français [microforme]Chapitre 25 sur 34 · TR RP RTE TS LE · texte numérisé non relu

TR RP RTE TS LE

Les rayons du soleil à son déclin traversant les vitraux coloriés, plaquaient sur les piliers, les nefs et les murs des chapelles des tons affaiblis de pourpre et d’or, mélés à des nuances violettes, brunes et argent, au milieu desquelles les têtes des assistants paraissaient comme baignées dans un poudroiement lumineux.

Representez-vous, mon cher ami, dans ce crépuscule coloré, le vieux prêtre au pied de l'autel, récitant les versets et les fidèles agenouillés murmurant la réponse liturgique.

Au commencement de la cérémonie, assis sur mon banc, les yeux à demi fermés, dès les débuts de l’allocution de ce pasteur à cheveux blancs, une vision étrange, suscitée par ses paroles en faveur de la France, m’'apparut tout à coup.

À travers la déchirure d’une nuée d’un rouge sombre, faite sans doute de fumée et de sang, j'entrevoyais des lueurs d’incendies éclairant les campagnes, les villages détruits, le sol jonché de monceuaux de cadavres. Ici des hommes et des chevaux ; là, des canons, des affûüts et des armes brisées, tordues, et dans l’éloignement des troupes de fuyards ; toutes les horreurs de la guerre, multipliées, accrues par la défaite, par l’'épouvante.

Le rythme de la récitation des litanies me calma. Sous l'influence du saint cantique, au tableau des désastres succèda l'image d'une grande femme. Elle avait les yeux en pleurs, les cheveux épars : elle était drapée dans une ample tunique tricolore, maculée, trouée, déchiquetée : elle marchait seule à grands pas, avec des gestes désespérés, dans une immense plaine couverte de ruines et de débris fumants.

Il me parut alors que ces litanies étaient comme l’'énumération symbolique des vertus de la France chrétienne. Le Priez pour nous se changeait en Priez pour elle. Priez pour la grande crucifiée, agonisant alors sous le talon des hordes germaines.

Peu à peu les voix faiblirent, des bruits inusités, semblables à ceux de sanglots continus, à l’étouffement de soupirs....se faisaient entendre.

Jetant les yeux autour de moi, j'aperçus.

des hommes, des femmes qui pleuraient......et gagné par l’émotion, je fis comme eux...

Quelques minutes plus tard, sous le porche de l’église, Oscar Dunn s’approcha et meregardant de ses grands yeux humides :

—Vous voyez, me dit-il d’une voix altérée, je viens de rappeler à ces braves gens, pour-

quoi nous sommes restés français ; eux viennent de me répondre à leur manière, comment ils le resteront toujours.

Et il me tendit sa main que je pressai énergiquement. Je n’oublierai de ma vie le souvenir de cette scène que je veux vous faire partager avec mo, mon cher ami, en vous l'écrivant.

Auguste Achintre, Oscar Dunn ne furent pas les seuls à mettre, en ces jours de deuil, leurs plumes au service de la mère-patrie violentée et meurtrie. Norbert Provencher, Elzéar Gérin, Ubalde Beaudry, Bénoni Longpré quatre morts que pleure aujourd’hui le journalisme canadien, ärent entendre alors d’énergiques protestations au nom de la France; ils écrivirent leurs pages les plus émues et les plus poignantes.

Les dépêches données à Québec le 1er septembre annonçaient que MacMahon avait été vaincu. Ici tout le monde croyait qu'elles étaient de sources prussiennes. Un peu plus tard une seconde dépêche parvenue au Sun disait laconiquement que les Froençais avaient battus les Prussiens. Des groupes stationnaient sur les places publiques malgré un temps affreux. Cette foule passait par toutes les péripéties de l'espoir et du désespoir.

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