‹ La question du jour, resterons-nous français [microforme]Chapitre 27 sur 34 · D EE · texte numérisé non relu

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et c'était dans ces temps d'abandon et d'affliction que l’on demandait des souscriptions. A Montréal d'importantes manufactures avaient été brûlées ; 60 maisors du village de Saint- Augustin avaient été rasées, et quelque temps après, l'incendie avait un instant menacé de détruire tout Vaudreuil. N'importe ! La mèrepatrie avant tout ! et partout ce devint une course au clocher de la charité. Chacun venait apporter ce qu'il avait ; les uns une part de leurs richesses ; d’autres celle de leur pauvreté ; d'autres celle de l'intelligence ; tous, leurs prières pour la FRANCE.

À Montréal les souscriptions se continuèrent encore pendant quelque temps. Le 29 septembre un concert promenade s’ouvrait sous le patronage de lady Cartier et de lady La Fontaine. L’honorable M. Chapleau, Secrétaire d'Etat et M. de Lorimier, faisaient des discours patriotiques à l’assemblée de Mile End, tenue pour venir au secours des blessés. Ce jour là on pouvait lire partout sur les murs de grandes affiches tricolores, avec ces mots: Vive la France ! Une représentation donnée au rond Saint-Jacques versa $175.77 dans la caisse des soldats ; une excursion de Longueuil à Varennes

rapporta $#36.00 et le produit de la vente des billets du concert $564 86.

Les souscriptions canadiennes expédiées ea France par le consulat général de notre mèrepatrie, se chiffrent ainsi :

Traite expédiée Louis sterling Dollars 14 Septembre 1870.,....,.. £650 21 Octobre etai £550 1 Juillet À 21 A PAP AIR £211.12.9 1 HN 46.,..... £278.7.11 = $8,450.00 + : CARÉN ES D'AEURE &1,333.00 15 Septembre # ......... $ 496.00 . 19 Octobre ARE NE $ 418.95 8 Novembre ‘# .,.,.,.... $ 225.77

Ces sommes donnent un total de $10,923.72

Ajoutez la somme de $689 envoyée par madame juge Ulric Tessier, trésorière du comité des secours aux veuves et aux orphelins français réfugiés à Londres, ainsi que les $909 recueillies à Saint-Jean par l’honorabie M. Marchand en faveur ‘ des paysans qui avaient le plus souffert de la guerre contre la Prusse,” et vous arrivez à un total de #12,522.12.

Voilà qui est bien, n'est-ce pas? Ces modestes, chiffres inscrits pardes pauvres, par des gensqui furent longtemps oubliés par la mère-patrie,

prouvent que nous sommes fiers d'être de descendance française. Ils font taire les criailleries de ces impuissants qui vivent autour de nous, battent des mains dès qu'ils croient que la France chancèle, et qui se mettent à ramper pour toucher le bas de sa robe et se donner un peu du courage qui leur manque, dès qu'elle reprend sa marche grandiose à travers les siècles. Nous savons qu'on ne touche pas impunément à l’arche sainte: nous croyons fermement que Dieu—tout en la châtiant et en l’humiliant parfois —a voulu que la France reste ici bas la terre de la foi, de la chevalerie et des grandes pensées.

Voilà le Credo de notre patriotisme français. Ce patriotisme n'attendait que l’occasion de se A manifester.

{ |] I] l’a fait en 1870,en créant ici la Souscription | Nationale en faveur des blessés français des ar-

mées de terre et de mer. En cette circonstance,

l’un d’entre nous a été particulièrement heu-

reux. Un montréalais, le zouave pontifical

Pascal Comte, a fait partie du corps de Cha-

rette. Il est tombé mortellement frappé sur le

champ de bataille de Pathay en criant. :

—Vive la France!

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Encore un Canadien français qui lui ausst souscrivait à sa manière ! );

Démosthènes un jour disait :

—Déserter le poste marqué par les aïeux est un crime qui mérite la note d'infamie.

Ces paroles ne sauraient s'appliquer à notre race. L'histoire de la Nouvelle-France, faite par nous, est une des plns belles pages de l’histoire de France pendant les deux derniers siècles

Depuis : Cession du Canada—il est bon de faire fi de cette rumeur et d'écrire que nous n'avons pas été Conquis mais que nous avons été Cédés par des traités diplomatiques—nous u’avois pas oublié la France.

Nous, les 60,000 abandonnés de 1763, nous qui avons été délaissés par l'aristocratie, par la finance, par l’armée, par l'administration, nous les paysans laissés seuls en face de nos prêtres, nous nous sommes recueillis sous l'œil de Dieu. Nous avons prié et lutté ; nous nous sommes dit qu’il fallait rester unis ; dans cette union, nous avons su puiser la force invincible qui fait de nous aujourd'hui une nation de deux millions de Canadien-Français.

Nous sommes la France américaine. Nous avons pris possession de ce sol et nous le gardons, car nous sommes pleins d'espérance en la vitalité, en la fécondité de notre race. Nous n'avons pas peur des nationalités qui voudraient nous atteindre et essayer de nous faire disparaître. Notre passé nous enseigne que la famille canadienne-française n'aime pas à être à l’étroit pour se développer, et qu’elle sait faire reculer à temps ceux qui la jalousent et qui nuisent à sa prospérité.

Fils de la vieille France nous sommes fiers d’avoir conservé sa langue et ses traditivns.

Cédé mais non Conquis : voilà notre position historique.

La dernière victoire française au Canada a été celle de Sainte-Foye. Elle a été remportée par le général de Lévis, sept mois après la capitulation de Québec : voilà la vérité.

Pendant quelques jours Lévis attendit du secours de France, dans ce repli que fait la rivière Saint-Charles, repli où Jacques Cartier avait passé son premier hiver. Versailles ne répondit pas à son attente. Vainement, celui : qui plus tard devait mourir maréchal de France, vainement Lévis attendit. Il fallait quitter le

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champ de bataille où l'on venait de vaincre l'ennemi une dernière fois !

Plus tard, Lévis partit de Montréal après

avoir brûlé ses drapeaux et après avoir recu. les

honneurs de la guerre.

Depuis ces jours-là nous sommes devenus

des sujets auglais, et je dois le dire hautement, nous n'avons pas à nous plaindre, car l’Angleterre a su scrupuleusement conserver, vis-à-vis de nous la foi des traités. Nous, nous en avons fait autant.

Ce nouvel état de choses n’a pas rompu la chaîne des traditions chez nous. La France ne venant plus à nous, nous sommes allés à elle, et depuis la Cession du Canada, toujours nous avons eu des Canadiens Français dans, ses armées de terre et de mer.

C’est ainsi que nous avons eu les deux amiraux de Vaudreuil, nés au Canada.

Bedout, né à Québec, parti comme mousse, est mort vice-amiral de France.

Martin, né à Louisbourg, est mort viceamiral.

Denys de Bonaventure, l’Echelle, sont morts capitaines de vaisseau.

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Voilà pour la marine.

Quant à l’armée, les canadiens y ont débuté par y être representés par le général le baron de Léry chargé du commandement supérieur du génie, par Napoléon I. Cer homme a resisté à Wellington en Espagne.

Sous le: second empire, nous avons eu en Criméeet en Kabylie, Casault etde Bellefeuille ;

au Mexique, Huneau, tué à Medellin; Beaugrand, plus tard maire de Montréal et ancien

maréchal des logis chef à la contre-guérille du colonel Dupin ; Arthur Taschereau, lieutenant de chasseurs, aide-de-cam p du général Wachter. plus tard aide-de-camp du lieutenant-gouverneur Caron ; le signataire de cette étude, ancien capitaine au 2° bataillon d'infanterie légère d'Afrique, le même régiment qui a fait

au Tonquin sous les ordres du commandant

Dominé le fait d'armes de Tuyan-Quan.

Je viens de l'écrire, lorsque nous pleurions la patrie humiliée, Pascal Comte zouave pontifical et Canadien-français, allait mourir pour la France à Pathay ; au Tonquin, Jean Louis Renaud, caporal à la 2’ compagnie du 8° bataillon du 1° régiment étranger, en faisait autant à Sontay.

Aujourd’hui, la chaîne des traditions se maintient encore. Chartrand, ancien capitaine du 65° régiment de Montréal est lieutenant au 8

zouave. Il est porte-drapeau : les couleurs tricolores du 8° zouave—elles ont été décorées.

au Mexique, —ne sauraient être en de meilleures mains. Théophile-Edouard Ayotte a servi dans la légion étrangère au Tonquin. Il est maintemant un des pensionnaires du gouvernement français. ;

Je me permettrai de placer ici un souvenir qui m'est personnel. J'ai raconté cet épisode

de ma vie à une assemblée publique tenue à.

Hull, province d'Ontario.

Un soir, j'étais en France l’hôte de mon ami Drouin, capit:ine de frégate. La scène se passait à Montmirail près de la Ferté-Bernard,.

département de la Sarthe.

Debout sur ae terrasse, j'étais pensif au milieu des mille bruits que l’on entend au

. coucher du soleil.

Tout à coup je tressaille, j'écoute. —On chantait au fond du jardin la ballade canadienne qui est devenue notre chant national: À (a claire fontaine !

Alors je vis défiler devant mes yeux tout notre passé, tous nos morts glorieux, et je me

sentis pleurer.

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On chantait :

Il y a longtemps que je t'aime Jamais je ne t’oublierai.

Je revis nos victoires, nos défaites plus glorieuses encore que les victoires Je vis la nouvelle France à son berceau : je la vis grandir à travers les âges pour devenir ce qu’elle est et ce qu'elle veut être : la France catholique et américaine.

Maintenant peut-on douter de l'existence du Canada-français ?

Non.

Le Canadien-français fidèle à l'Angleterre n'oubliera jamais la France. Notre pensée et notre cœur sont à notre mère-patrie.

Dernièrement un journaliste et un militaire, M. Léon de la Brière, off'ait au Canada une poésie.

Hommage délicat d’une des illustrations de la presse française, ces vers resteront.

Ils disaient :

A travers l'Atlantique, une voix a parlé !

C'est notre jeune sœur, c’est la nouvelle France

Qui, dans le fier essor de son adolescence

Adresse un cri d'appel au vieux monde ébranlé. “Viens, frère, vien: suiser ma force et ma jeunesse ! “Viens puiser aux irésors de ma fécondité

La puissante verdeur de ma virginité !

‘“ De centuples moissons, assure ma promesse |!

#4 h 4 La £ | — 115 — f u 1k *‘ Demande à mes sillons, demande à mes forêts, À.

‘Ce qu’un sol épuisé refuse à ta culture, ‘Et demain, pour nous deux, la moisson sera mûre ; ‘ Car j'ai place pour tous en mes vastes bienfaits.

‘Tu rempliras chez moi tes granges appauvries ; J di ‘Et dans mon cœur ému, tu trouveras, ardents L- ‘Les communs souvenirs, les communs sentiments x ‘ Et le culte jumeau de nos doubles patries, id ‘Tout est rempli de toi, frère trop oublieux : e

‘Tout chante sur mon sol ton passé, ta mémoire ; ]- ‘+ J'ai cultivé ta langue et gardé ton histoire ; F “ Plus fidèle que toi, j’ai conservé tes lieux ! ‘ Loin de toi deux cents ans, j'ai grandi solitaire ; ‘ Mais vivace en mon cœur je retrouve ton sang ; u ‘Ta sœur sait refuser un autre embrassement ;

“Pour partager sa dot elle appelle son frère !”

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