‹ La question du jour, resterons-nous français [microforme]Chapitre 8 sur 34 · LL C · texte numérisé non relu

LL C

De

ainsi qu'aux intérêts de l'empire, et rien ne m'a inspiré plus de fierté, que de coüstater dernièrement, lorsque la Grande- Bretagne était menacée d’une grande guerre, que les sujets Canadiens-français de Sa Majesté ne sont réstés le moins du monde en arrière de leurs concitoyens anglais, écossais et irlandais, dans leur empressement à concourir à la défense de l'Empire britannique.

‘“ [lest vrai que les diversités de race qui existent au Canada compliquent jusqu’à un certain point les problèmes po'itiques que les hommes d'Etat de ce pays sont périodiquement appelés à résoudre ; mais les inconvéuients qui peuvent résulter de cet état de choses, sont plus que compensés par les nombreux avantages qui en résultent.

“ I] viendra une époque, ” ajoutait le gouverneur-général, ‘où ces choses là ne sauraient jamais être trop répétées. ”

En arrivant à Québec, le marquis de Lorne n'avait pas voulu rompre avec la chaîne des traditions. N'était-ce pas lui qui, recevant l'adresse de bienvenue du maire de notre ville, saisissait cette occasion pour faire avec tact l'éloge de la langue française ?

“J’exprime mes sentiments ”’—disait-il alors =—* dans ce beau langage, qui dans tant de pays et durant tant de siècles, fut regardé comme le type de l'expression concise, nette et le plus habile interprète de l'esprit et de la pensée humaine.”

Lou ou

Dernièrement, le marquis de Lorne me faisait l'honneur de m'écrire :

TZ am convinced that absorption into the United

Stases, would 'involve an eternal farewell for your people to Language, Laws and Institutions.

‘‘ Je suis convaincu que votre absorption par les Etats-Unis, comporterait ;:our vous Canadiens-français un éternel adieu à vos institutions, à votre langue et à vos lois.”

Ces importantes paroles tombant de lèvres aussi autorisées méritaient d’être connues du public, surtout au moment où il est question de la suppression de la langue française. Cette proposition fanatique n’est pas nouvelle. Elle a été discutée jadis dans la presse anglaise, et il s'est même agi dans le temps de créer une société qui n'aurait que ce but en vue. $es ramifications devaient envelopper le monde entier.

En 1878, le Times n'écrivait-il pas à propos du marquis de Lorne, ce remarquable article ?

‘“ I] doit être agréable pour les Canadiens de voir que le gouverneur-général apprécie non seulement le succès avec lequel les Canadiens ont fondé une nouvelle Bretagne au-delà de l'Atlantique, mais encore que les diverséléments nationaux variés et vivaces, qui sont réunis ensemble dans le Dominion, n’ont pas échappé

B'rEOCTer PP; NN. Verres

DRamOomE EC

à son observation. Le Canada peut être considéré comme la plus impériale de toutes les colonies anglaises. La Confédération de diverses provinces lui a donné un sentiment de puissance et de dignité que nous n’avons pas encore vu se développer ni dans les colonies australiennes, ni dans celle de l'Afrique du sud. Le voisinage de la mère-patrie et des Etats-Unis a développé au Cana” a un sentiment de responsabilité politique que l’on chercherait en vain dans les colonies plus éloignées du grand courant des affaires du monde. Mais en outre, les éléments qui composent la société canadienne sont différents de ceux que l’on rencontre dans les autres colonies. Les premiers colons de langue anglaise venaient des colonies qui se sont révoltées, il y a un siècle, et ils ont prouvé leur fidélité à la mère-patrie par les plus douloureux sacrifices. Le sentiment de loyauté n'était pas moins vif chez ceux qui vinrent, dans la suite d'Irlande et d'Ecosse, Le robuste habitant de l'Ulster et le vigoureux montagnard Ecossais, quoique d’un caractère bien différent l’un et l’autre, se ressemblaient néanmoins par leur fidèle attachement au trône et à l'empire. Même l'élément étranger, qu'il était nécessaire d'absorber et d'amalgamer, provenait du meilleur stock.: “ c'était la noble race française,” comme l’a dit le marquis de Lorne, ‘‘ dont nous avons appris depuis des siècles à respecter et àadmirer la valeur,” et dont les fils sont maintenant parmi les plus fidèles et les plus utiles citoyens du Dominion.”

Il y a un ombre au tableau.

So RO 0e

Cet article du Times, assez flatteur pour la population du Canada en général, et pour les Canadiens d'origine française en particulier, mérite notre attention à un autre titre qu’à celui des compliments qu'il nous décerne.

C’est surtout cette partie de l’article où il est dit qu’il est nécessaire d'absorber et d'amalgamer l'élément franco-canadien, qui doit attirer hotre attention.

On sait qu’à une certaine époque la principale tendance de la politique anglaise en ce pays, a été de nous absorber et de nous amalg'amer.

Ces choses n'étaient pas nouvelles.

En novembre 1826, celui qui plustard devait être un de nus hommes d'Etat les plus distingués, l'honorable M. Antoine Norbert Morin, écrivait une lettre qui est restée. Elle était adressée à l'honorable juge Bowen. Le futur ministre, signait ‘ Un étudiant en droit,” et prévoyänt l'avenir, M. Morin résumait ainsi la ques: ‘on :

—* Pour éclairer ceux des Canadiens-français qui doutent de leurs droits au libre exercice de la langue française, si toutefois il s’en trouve de tels, je vais tâcher de prouver que les canadiens, comme hommes libres, et en vertu de titres que la cession n’a pu leur faire perdre, ont un droit naturel à la conservation de leur langue; que le libre usage leur

DER à: AE

en a été garanti par la capitulation; qu'il n’est aucune loi. subséquente qui les en ait privés; que la Grande-Bretagne n'a jamais prétendu restreindre l’exercice de ce privilége ; qu’en le faisant, elle s’exposerait à rendre son gouvernement moins cher aux loyaux habitants de cette province ; que la langue française est le langage des lois civiles qui de droit n’ont jamais cessé d’être en force dans cette colonie, parce qu’en nous en rendant l’usage la Grande- Bretagne les a simplement reconnues, et non pas établies de nouveau; que la constitution libérale qui nous a été accordée en 1791, et qui a mis le sceau aux bienfaits de l’Angleterre envers sa fille adoptive, nous garantit ce privilége d’une manière plus formelle encore, et ne nous a été donnée que pour nous mettre à portée de conserver intacts des droits dont celui du langage n’est pas le moins important ; que les habitants de cette province, nés dans le Royaume-Uni, n'ont aucun privilége à l’usage exclusif de la langue anglaise dans les tribunaux ; qu'un semblable privilége tendrait inévitablement à paralyser les effets de notre constitution, en établissant des distinctions qu’elle n’admet point, entre les sujets britanniques du Canada; enfin, qu’un semblable privilége ne se présume pas, parce qu'il équivaudrait à une loi privative calculée tout exprès pour renûre .: justice d’un accès plus difficile à tous les sujets de Sa Majesté nés dans la colonie.”

Cette lettre est un chef-d'œuvre : elle restera.

Fût-elle écoutée ?

Pendant et après le séjour de lord Durdam

au Canada, on travailla encore avec acharnement à nous amalgamer.

Lord Durham, dans son rapport à sa Souveraine—fait il déjà un demi siècle—, va même jusqu’à recommander spécialement la suppression de la langne française et à déplorer l’imprévoyance et l’impéritie du gouvernement anglais de ne l’avoir fait plutôt ; et il indique minutieusement tous les moyens à prendre pour y parvenir. L'Union des deux provinces du Haut et du Bas-Canada, qui nous fut imposée malgré nous, n'eut pas d'autre objet. Le principal moyen suggéré par lord Durham pour faire disparaître Ia nationalité canadiennefrançaise, était l'Union Législative de toutes les provinces de l'Amérique Britannique du Nord.

Nous avons échappé à l’Union Législative, mais ce n’est pas la faute des hommes d'Etat anglais ni des hommes d’origine anglaise de ce pays.

Nous avons à la place, une Union Fédérale des provinces, qui tout en agrandissant notre pays, en augmentant sa puissance, sa richesse, son importance aux yeux des autres nations et en assurant mieux le maintien de la liberté politique dans son sein, garantit à notre nationalité et son existance propre et son développe-

Page 1