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ment.—La nationalité canadienne-française est-
elle aujourd'hui moins forte, moins vivace qu'elle l'était lors du voyage de lord Durham ?
Bien loin de là: notre population s’est doublée depuis lors. Elle s’est étendue sur le sol de la province, au point que le nombre des paroisses a triplé depuis cette époque.
Nous avons perfectionné notre organisation nationale, par l'adoption d’un bon système scolaire, qui met l'instruction à la portée de notre peuple, et par la création d'une bonne organisation municipale qui tout en donnant entre les mains du peuple le règlement des affaires de la municipalité, lui fournit l’occasion de s’accoutumer au fonctionnem, t des institutions représentatives et au se/f-government. Le commerce, l’industrie et le capital qui, à cette époque, étaient presque entièrement entre les mains de la population anglaise, sont passés depuis entre les nôtres en assez bonne proportion. Les progrès que nous avons fait dans la littérature française est attesté amplement par le nombre de journaux, de revues et de livres qui se publient en cette langue dans la province.
Non contents de nous multiplier dans la province, nous avons établi des colonies importantes dans le Haut-Canada dans le Nord-Ouest
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et dans les Etats-Unis. L'élément français est aussi assez important dans les provinces maritimes.
À quoi donc ont abouti les efforts des Durham, des Sydenham, des Metcalf, et après eux des MacNab, des George Brown, des Goldwin Smith, des Dalton McCarthy ? À peu de chose : si ce n’est à prouver la vitalité inextinguible de notre nationalité au Canada, et l’inutilité des tentatives que l’on a faites et que l’on pourrait faire encore pour la détourner.
Maintenant, quelle nécessité y aurait-il d’absorber la nationalité canadienne-française au Canada ? Est-ce qu’une nationalité française, nombreuse, forte, puissante serait de trop, parmi les peuples divers qui composent l'empire britannique. Sur ce point, nous en appelons à lord Dufferin, dont l’opinon a plus de valeur en cette manière que celle du Times de Londres.
En proposant la santé des colonies australiennes, sir F. Napier Broome signala, parmi les avantages dont elles jouissent, le fait qu’elles n'avaient n1 lois, ni coutumes, ni race étrangères à conserver. En cela, dit-il, elles diffèrent considérablement des colonies du Cap et du Canada, et elies en diffèrent, à coup sûr, pour le mieux.
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—‘ L'extermination des races rouges de l'Amérique a été un sujet fertile pour les déclamateurs, et personne n’est invité à prôner toutes les méthodes dont on s’est servi aux Etats-Unis pour améliorer le sort de ces intéressants personnages en les faisant disparaître de la surface du globe. Nous ne voudrions pas non plus émettre l’idée que les Hollandais du Cap et les Français du Canada eussent dû voir leur sort ‘s'améliorer ” de la même façon que les Peaux- Rouges. On est pardonnable, toutefois, d'éprouver un certain regret à la pensée qu’il n’a jamais été possible de leur persuader d'effectuer d’euxmêmes cette désirable suppression. Considérés au point de vue philosophique, ils peuvent former une population intéressante et même vertueuse et parfaite; mais, en pratique. ils constituent une véritable plaie. Un poète américain a versé un pleur sur le sort des Français de l’Acadie, et cependant, que d’admirables résultats leur expulsion a produit! Si on leur avait permis de rester dans le pays, leurs descendants nous susciteraient probablement aujourd’hui, des embarras à la façon des Hollandais du Cap. Iln'y a pas de descendants et, conséquemment, il n’y a point d’embarras. L'heureuse Australie n’a pas eu de Français à déloger et s’en est parfaitement tirée avec ses noirs. C’est pourquui elle est prospère, paisible, et en état d'envoyer des troupes bienvenues au Soudan oriental. Il est indubitable que les nobles indigènes et les étrangers intelligents sont un poison partout où on les rencontre dans une colonie anglaise. Mais l’amalgame
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des deux, sous la forme d’un Métis, devient tout simplement à peu près une peste. Vous l’encouragez et il flane. Si vous ne le pendez pas quand il a mérité la corde, il devient pire encore. Pour vous récompenser du mal extréme que vous vous êtes donné à le protéger, le noble indigène se tient toujours prêt à prêter son concours à une révolte, et en fin de compte, la question de la pendaison se présente de nouveau. Du reste, au Canada cette question s'impose dans le moment.”
Peut-1il entrer dans la tête d’un homme d'Etat anglais des niaiseries aussi cruelles ? Ce Broome ignore donc ce que nous Canadiensfrançais avons fait ici, pour et au nom de l’Angleterre ? Il ignore qu’en 1775 nous repoussions Arnold et Montgomery ; que plus tard nous lisions indifférents les proclamations de La Fayette, de Rochambeau qui faisaient appel à nos vieilles sympathies françaises ; qu’en 1812 nous avions gagné la bataille canadiennefrançaise de Chateaugueÿ ; que nous étions à la frontière pour repousser les féniens ; qu’hier nous étions sur les bords du Nil, et dans les plaines de l’ouest américain, le Nord-Ouest.
Dambourgès, le héros de la rue Saint-Paul, de Salaber:y le vainqueur de Chateanguay, Rolette le marin heureux des batailles navales des lacs du Haut-Canada, Casault, de Bellefeuille, les soldats de la Crimée, Joly de
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Lotbinière, frère de l’ancien premier ministre de la province de Québec, mort aux Indes, Asselin, Ouellet, Moisan, Doucet, le capitaine Oscar Pelletier blessés au Nord-Ouest, et tant d’autres noms passés à la renommée, seraient-ils ostracisés de l’histoire sur la. simple parole de ce Broome ?
Non, Dieu merci, nous sommes fiers de notre passé, fiers de nos ancêtres, fiers de notre race. Les turpitudes, les mensonges, de tous les Broome du monde entier ne sauraient
nous atteindre. Nous marchons d’un pas ferme
et assuré vers l’avenir sans nous préoccuper des cloportes qui peuvent souiller notre sentier.
Tant que nos cœurs battront, tant que notre
/ pensée sera au service de la race canadienne-
française, nous l’admirerons, nous l’aimerons, nous la défendrons per fas et nefas, et c’est pour elle que nous voudrions mourir.
S'il est une consolation au monde, c’est de lire après les billevésées de sir F. Napier Broome, le beau poëme,où Longfellow pleure Evangeline et l’Acadie ; c’est d'étudier certaines pages que Parkman et Farnham nous consacrent :ou encore de méditer les nobles paroles que vient d'écrire. sur nous le Moniteur de Paris.
—*" N'est-ce pas, en effet, grâce à l’indomptable énergie des Franco-canadiens, “ dit-il, ” que:
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dans le nord de l'Amérique, s’est perpétuée notre langue, s'est conservé le génie de notre race, que rayonnent des rives du Saint-Laurent aux côtes du Pacifique, l'influence et le prestige de la France canadienne ? ”
Les citations que je viens de vous faire vous prouvent que si des écrivains anglais comme ceux du Times, des enragés comme Broome, n’ont pas renoncé à l’idée d’absorber la nationalité canadienne-française et croient encore que cette absorption est nécessaire, les hommes d'état de l’Angleterre,instruits par l'expérience, ont entretenu sur ce point des idées bien difrentes.
Elles sont partagées aux Etats-Unis. N'estce pas M. Farnham, un quaker et un yankee, qui à publié cette étude dans le Harper's Maguzine ?
Il y parle ainsi de la vie domestique du peuple canadien-français. Elle avait charmé cet écrivain délicat par sa simplicité, son contentement, sa courtoisie. Cette étude remarquable a fait le tour de la presse anglaise.
—Cela, disait-1l, forme un agréable contraste avec la vie entreprenante et pratique de notre république inachevée. (Cette différence entre nous est due en grande partie à nos prog às respectifs. Le Pilorim était un homme qui, en
laissant l’Europe, laissait derrière lui tout le bagage de cette civilisation, et qui débarquait en Amérique en travailleur libre pour fonder une nation qui se suflrait à elle-même; une nation libre et avide de richesses. Le pèlerin puritain a fondé une nouvelle Angleterre. Le colon français a laissé, en somme, l'Europe pour étendre la domination de Rome et de la France ; il est débarqué ici, apportant avec lui les idées de l'Eglise catholique, pour fonder une colonie modelée sur la civilisation la plus compliquée et la plus polie de l’ancien monde, et destinée à être pendant longtemps dépendante de la mère-patrie. Il a réussi à fonder une nouvelle France, dans laquelle il n’y avait rien de nouveau. Les idées catholiques l'ont tellement suivi qu'il a toujours continué sa voie, malgré qu'il fût en vue et à portée d'oreille du bruit formidable de notre marche hardie.
‘Il a conservé ses anciennes traditions avec une fidélité tellement surprenante, qu'aujourd'hui même, la vieille France se retrouve sur les rives du Saint-Lanrent et la Nouvelle-France sur les bords de la Seine. Notre civilisation est à son origine dans une nouvelle naissance, et elle n’a pas encore dépassé la vigueur et l’'ardeur de la jeunesse. La vie canadienne a commencé par l'immigration d’une société complète, et elle a conservé le charme de son ancienne existence.
‘ Après la cession de 1760, la société trançaise était en désarroi. Le patriotisme, le zèle, l’influence conservatrice de l'Eglise catholique ont tenu les Canadiens-français. Ils en ont fait un peuple uni et exclusif jusqu’à ce jour. Le seul
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changement qui se soit opéré dans la société est la disparition de la noblesse et la suppression de la tenure seigneuriale,
‘ Dans la paroisse où je suis aujourd'hui, je retrouve les caractères et les mœurs que l’on pouvait étudier il y a deux siècles. Je puis
| causer avec le seigneur, le curé, les hommes de | profession, l'habitant, le maître du sol. J’entre- | vois une civilisation, qui peut, certes, servir de sujet à un tableau du dix-septième siècle.
‘ Dans la plupart des paroisses que j'ai visitées,et je n'avais guère le prestige de la richesse, j'ai joui des plaisirs de la causerie et de la société la mieux élevée. Les curés, les notaires, les avocats, les médecins, les marchands, leurs femmes, faisaient assaut de bonne manière, des plaisirs de l'esprit. Une chose m'a frappé. Le maître ici, le Canadien, est au-dessus de son intérieur domestique. Ce n’est pas pour lui qu'on refera les lois somptuaires. De nos jours, c'est une grande consolation de voir des gens heureux, comme les Canadiens-français, pleins de santé, d'avenir, vivre sans luxe et dans la plus grande simplicité.”
Y a-t-il au monde quelque chose de plus merveilleux que cette race française d’Amérique ?
L'Evénement rappelait dernièrement que la Législature de la province de Québec avait voté une loi accordant une concession gratuite de cent acres de terre à tout chef de famille justi-
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fiant d'un minimum de douze enfants vivants, et qu'au mois de juin 1890 le nombre des postulants dépassait le chiffre de 720.
Ce résultat a émerveillé les grands journaux des Etats-Unis et leur a inspiré des réflexions très piquantes.
‘ On peut affirmer aujourd’hui, dit le Courrier des Etats-Unis, qu'il existe, dans la seule province de Québec, qui compte environ dix-huit cent mille habitants, près d’un millier de familles comprenant chacune au moins une douzaine d'enfants vivants.
Les Anglais du Canada doivent d'autant mieux comprendre qu’ils n’ont qu’à se résigner de bonne grâce à la supériorité de race des Canadiens-français, qu'ils sont incapables de la leur disputer sur le champ où elle se manifeste.
Le Herald recherche curieusement l’explication de la fécondité des Canadiens-français, et il lui assigne diverses causes plus ou moins judicieuses. Les principale:, à son avis, sont dans les mariages précoces et dans la simplicité des habitudes domestiques Il n’est pas rare de voir, dans les campagnes, les garçons se marier à dix-neuf ans et les filles à quinze ans, et ils trouvent dans leurs mœurs patriarcales et dans leur religion un frein aux écarts qui font rechercher les satisfactions de la vie en dehors du cercle de la famille.
‘“Cetteféconditéproverbialeremonte d’ailleurs à l'origine même de la colonie Il existe dans
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les archives du ministère de la marine à Paris et dans celles du gouvernement de la province de Québec, des documents d’où il ressort que les premiers immigrants étaient les dignes parents de leurs descendants actuels. En 1671 il est né près de sept cents enfants dans la colonie, quoique la population n’excédât guère de six mille habitants. Une lettre ministérielle, datée de Saint-Germain-en-Laye, 4 juin 1672, félicitait les Canadiens de la part du roi au sujet de l'augmentation naturelle de la population et exprimait l'espoir qu'ils continueraient à ‘croître et multiplier” suivant les enseignements de l'Evangile Desécrivains anglais n’ont pas craint depuis, dans l’esprit de dénigrement | que leur a toujours inspiré le développement des Canadiens-français, d'attaquer la moralité de cette immigration primitive. Mais leurs assertions ont été péremptoirement démenties par la preuve que Îles femmes d’un caractère suspect étaient immédiatement réexpédiées en France sans qu’il leur fût permis de débarquer au Canada.
‘“Aujourd'huilamalveillancen'apasdiminuée:
au contraire ; et les détracteurs des Canadiensfrançais, ne pouvant plus s’en prendre au passé ne manquent pas, à l’occasion, de jeter le discrédit sur les mœurs des populations francocanadiennes. Les constatations que nous rapportons aujourd’hui répondent victorienusement à ces attaques perfides. Une vie sobre, honnête et réglée fait seule les populations saines, vigoureuses et s’accroissant par leur vitalité propre. En cela, les Canadiens-français l’em-
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