‹ La question du latin et la réforme profonde de l'enseignement secondaireChapitre 10 sur 27 · DANS LA NATURE · texte numérisé non relu

DANS LA NATURE

Nous disions dans le chapitre précédent que l'histoire du développement humain devait être précédée de Thistoire des origines de l'homme, et que le premier chapitre de notre nouvel enseignement serait une cosmogonie. C'est, en effet, une nécessité pour l'esprit de se faire une idée quelconque de l'ensemble et de l'origine des choses; la première page de tout système philosophique ou religieux est consacrée à cette genèse. Bien n*est plus important que d'avoir, sur ce sujet, une opinion conforme à la réalité ; car cette conception domine l'ordre entier de nos idées et de nos sentiments ; elle retentit dans nos actes, dans nos institutions et dans nos lois ; elle peut être pour nous une source de craintes chimériques et d'espérances aussi chimériques que nos craintes ; elle peut nous livrer à la domination et à l'exploitation d'une caste ; elle peut être pour nous une cause d'asservissement intellectuel, moral et social. C'est ce qui a eu lieu plus d'une fois dans le passé. L^humanité a vécu longtemps accablée sous le poids de la superstition et ,du despotisme produits par des solutions erronées du problème des origines.

Li vl'£:^TIOX I>U LATIN

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s- --rie V.rcle. La connaissance vraie de T origine des '• -'* ri <a::>:d:t p^\s seulement lesprit; elle le délivre. C<: * * •- -. ^. il faut qu'on le sache, de laisser la raison ô. ::: 5 e:i:'A:::> sans défense contre des doctrines surannées : .1 1:^ :r.:V»::e:iî et les abêtissent. Le plus sacré de tous 1rs .' .'es e<î ie cu!îe de la vérité. La sagesse antique >.>:- .il: >-:> enseijaeiuenis dans ce précepte: « Connais- : i : :-:. -*:..e ». E o'^o d^.p^^ndii : rvû>9t «auxrfv, dit Juvér.il. «^r, oe n'est guère se connaître soi-même que de se o:r.-::-.rer o\ii.r^e le < centre de tout ». Il n'en va pas àl::s: : Th. :..!::ie nVst que le dernier anneau de cette chaîne d.^ oh:ses dont lautre bout se perd dans l'infini. Nous allons essaver dV remonter, et, si nous ne parvenons pas a rattein ire, nous en approcherons, du moins, autant que le poniiet le développement actuel de l'intelligence hum:iir.e.

Quand, le jour, nous levons les jeux vers le soleil, ou, la nuit, veis les étoiles, il nous semble que le ciel tout entier tourne autour de la terre immobile. L'humanité pendant bien des siècles, a cru qu'il en était ainsi. Mais ce n'est là qu'une apparence. Copernic a détruit la conception gêocentrique du monde en démontrant que c'est la terre qui tourne sur son axe en vingt-quatre heures, présentant successivement au soleil et aux étoiles chaque point de son équateur. La terre, en outre, décrit chaque année un orbe immense autour du soleil relativement inamobile pour elle, quoiqu'il l'emporte, dans son mouvement propre, avec son cortège de planètes. Car tout se meut dans l'univers; il n'y a plus, pour nous, d'étoiles fixes. Le soleO, lui-môme,

n'est qu'une étoile plus petite que la plupart de celles que nous voyons briller au fond de ce que les anciens appelaient \e firmament ou la voûte céleste. Il ne nous paraît si grand que parce qu'il est notre plus proche voisin; c'est à peine s'il est distant de nous de cent cinquante millions de kilomètres. Sa lumière nous parvient en huit minutes, et nous connaissons d'autres soleils dont la lumière ne nous arrive qu'au bout de vingt années ; que dis-je? de cinq millions d'années! A mesure que l'homme perfectionne ses télescopes, augmentant ainsi la portée de sa vision, il découvre toujours de nouveaux astres. S'il pouvait se transporter avec ses plus puissants appareils sur la dernière des étoiles ainsi aperçues, rien ne prouve qu'il ne trouverait pas au bout de sa lunette de nouveaux soleils, et toujours ainsi indéfiniment. Notre esprit ne conçoit pas de limite. C'est là ce que nous appelons l'espace infini : une sphère dont le centre est partout et la circonférence nulle part. Or, si loin que nous ayons porté nos investigations, nous, avons constaté que tous ces astres obéissent à la même loi do la gravitation et qu'ils sont composés des mômes éléments. L'analyse spectroscopique nous a fait découvrir dans le soleil, et les étoiles les plus lointaines, non seulement les mêmes gaz, mais , réduits à l'état gazeux, la plupart des métaux que nous connaissons sur la terre. A cela rien d'étonnant, s'il est vrai, comme nous l'établirons tout à l'heure, que la terre est fille du soleil, dont elle a jadis fait partie ainsi que les autres planètes, ses sœurs.

Dans tout ceci, on le comprend sans peine, il faut s'en tenir à des affirmations et réserver pour un cours ultérieur les explications scientifiques. Il s'agit de faits vérifiables et vérifiés ; les élèves ne peuvent douter de la parole du maître. Et ces faits sont si grandioses que l'es-

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quisse, même sommaire, de cette genèse aura pour eux plus d'intérêt que les contes de Perrault et les aventures de Robinson.

Nous avons dit que les astres étaient tous formés de la même matière; mais ont-ils été formés? — Oui, ils Tont été. Les soleils aussi ont leur évolution; nous en connaissons à tous les degrés de développement, depuis Tétat embryonnaire de nébuleuse qui précède leur naissance, jusqu'à Tétat de refroidissement qui précède, peut-être, leur dissolution. — Mais, s'ils ont été formés, ils Tont été de quelque chose qui leur était antérieur, qui leur préexistait? — Oui; ils se sont formés de la matière, de la matière élémentaire, de la matière cosmique disséminée dans l'espace et douée de mouvement et de gravitation . Nous ne remontons pas plus haut ; nous en sommes à l'élément des choses. En constater l'existence, c'est en constater l'éternité; car l'être ne peut sortir du néant; ex nihilo nihil fit; il est^ donc il a toujours été. C'est de cette matière que nous tirons notre origine; nous venons tous de l'éternité. Ce sont les combinaisons et les transformations de cette substance qui ont produit, produisent et produiront jusqu'à la fin des siècles, s'il pouvait y avoir une fin des siècles, tous les êtres contingents, depuis ces corps rudimentaires qu'on appelle des étoiles jusqu'à l'esprit qui est la conscience de la nature.

C'est de cette hauteur qu''il nous faut descendre ; c'est la série de ces transformations qu'il faut parcourir, si nous voulons avoir une juste idée de ce que nous sommes et de la place que nous occupons dans l'univers.

Cette matière disséminée , à un état de diffusion extrême, produit, d'abord, en se condensant, de vagues agglomérations, d'une étendue immense, qu'on appelle des nébuleuses. Ces nébuleuses, à mesure qu'elles se condensent

davantage, deviennent de plus en plus lumineuses et atteignent une température capable de réduire en vapeurs les métaux les moins fusibles. -^ Comment cette matière cosmique qui, à Tétat de diffusion primitive, devait avoir la température de l'espace ( — 60®) a-t-elle pu passer à la température solaire? — Par la condensation, sous la loi de la gravitation ; il y a eu transformation de mouvement en chaleur. — Mais il arrive un moment où les astres lumineux perdent, par le rayonnement, plus de chaleur qu'ils n'en gagnentpar la condensation. Ils s'acheminent, dès lors, lentement, à leur refroidissement complet.

C'est à peu près tout ce que nous pourrions savoir de l'univers étoile, si l'observation de notre système solaire ne nous portait à conclure, par analogie, que chacun de ces soleils lointains est le centre d'un monde planétaire où, sur des satellites à moitié refroidis, dans des conditions favorables de chaleur, de lumière et d'humidité, la vie s'est développée en des séries d'organismes peut-être plus parfaits que les nôtres, et dans lesquels l'esprit a atteint une puissance et une perfection dont nous ne pouvons nous faire une idée. — Mais pourquoi le soleil est-il le centre d'un système planétaire; en d'autres termes, pourquoi s'avance-t-il dans le ciel, accompagné d'un cortège de satellites qui tournent autour dé lui selon des lois mathématiques? — Ce problème, dont la solution est d'un prix infini pour l'intelligence humaine, peut être regardé comme résolu par la célèbre hypothèse de Laplace. D'après lui, tout l'amas de matière qui compose aujourd'hui le soleil et l'ensemble des planètes, formait jadis une immense nébuleuse dont la périphérie s'étendait bien au-delà de l'orbite de la planète Neptune. Cette nébuleuse, en se condensant, a formé d'abord un noyau central entouré d'une immense atmosphère. Ce noyau — c'est le soleil —

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L.r::i.-e ; i: î'r'.a; ^^:ùe ; cette fluidité piimitire se conclut r. ri-'e ï -ai: c :!.■-• ni Je sa forme renflée à l'équateur, aplatie ais 1 I-î. Or. la cau^e de celte fluidité ne peut être que l'ca-j ou le feu. Ce n'e-t pa^i l'eau ; car elle n'est en poids .j'ie la cin'i'jaute millième paiiiedelaterre, et elle ne pourl'iiii, mOiue â un haut dep'é de chaleur, en dissoudre guère p'.us d'un poids éjal au sien. Reste donc le feu ; la terre a été à l'éiai igné. EUe j est encore, â une faible profondeur au-iiessous de sa surface. C'est ce que confirment les éruptions des Tolcans, les sources d'eaux chaudes et surtout ce fait qu'à mesure que nous descendons vers le centre du globe, la température s'élève régulièrement d'environ un degré par trente mètres.

La température moyenne de la terre est actuellement de treize à quatorze degrés à sa surface ; elie a été de neuf mille, si nous en croyons les géomètres. Mais elle a dû nécessairement dépasser deux mille degrés alors qu'elle

tenait en fusion des métaux, comme le platine, qui, en "se refroidissant, se sont solidifiés selon leur degré de fusibilité. Le calcul établit que pour épuiser, par le rayonnement, ces deux mille degrés et descendre à la température actuelle, il a fallu, au moins cent millions d'années. Nous sommes bien loin, comme on voit, des six mille ans de la Bible. On conçoit aisément que, pendant la plus grande partie de ces cent millions d'années, la terre était inhabitable pour tout être organisé.

Quand elle fut arrivée à un degré suffisant de refroidissement, comme des glaçons à la surface d'un lac, se formèrent cà et là sur cet océan de feu des îlots flottants de matière obscure. La terre eut ses taches, comme le soleil a les siennes. Peu à peu, le refroidissement augmentant, ces îlots se multiplièrent, s'étendirent, entrèrent en contact, se soudèrent les uns aux autres; la terre tout entière était revêtue d'une écorce solide. Cette enveloppe dut être d'abord quelque chose de bien instable et de bien fragile. Les marées intérieures provoquées par l'attraction solaire et lunaire devaient exercer contre elle de formidales poussées qui la firent éclater bien des fois. Mais, avec le temps, elle se consolida, et, enfin, il ne resta plus,* comme souvenir de ces convulsions primitives, que les tremblements de terre et les éruptions des volcans. Sous rinfiuence de causes lentement, mais toujours agissantes, la terre, qui n'avait connu jusque-là que les manifestations des propriétés physico-chimiques de la matière, se trouva mûre pour la manifestation de propriétés nouvelles et plus hautes. Dans des conditions propices de chaleur , de lumière et d'humidité, la vie apparut.

On comprend bien qu'il ne s'agit pas pour nous de donner ici une théorie complète de l'évolution de la nature et de l'homme. Nous n'avons pas d'autre but que de tracer

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Î-»? m:: :e> l::n:es d* -n programme qui, dans chacune de srr? :ir::e*. sera -ir^veloppé par des maîtres compétents, l ir->* 'j'i'ils senni ^ •'/•/'iWj». Chacun d*eac, connaissant a : L i e: ; :? /:e dans les détails les plus intimes le groupe s-::-tz'.,z rie .^l'il aura mission d'enseigner, saura se tenir au dejre ie réLéralisatÏDn approprié à l'âge et au développ^n^r^nt intellectuel de ses élèves. Il est évident,' par exeii-: le, «lUe. dans ce chapitre préliminaire, ayant affaire à de t"i: jeunes gens, au lieu de les accahler sous le poids d'une éruiition indigeste, il devra s'attacher à dessiner pr-ifon :tfn:er»i dans leur esprit la série des idées dominantes dont Ten semble forme le tableau grandiose de révolution de la nature à partir de la matière élémentaire Jusqu'à rhr>mme. C'est là ce qui importe; c'est là ce qui profite réelît^ment. Les sciences particulières relèvent de l'enseignement s|»écial. L'enseignement secondaire, tel que nous l'entendons, ne vise ni à faire des astronomes, ni à faire des géologues, ni à faire des biologistes, mais à donner à chacun ce degré de connaissance des grands faits astronomiques, géologiques, biologiques, qui lui permette d'acquérir des notions exactes et bien liées de la • nature des choses, ouvre à son esprit des horizons supérieurs et l'affranchisse en l'éclairant. On conviendra, sans doute, que ce ne sont pas les connaissances de détail, quelque précieuses qu'elles soient en elles-mêmes, qui produiront ces résultats. La connaissance de toutes les espèces de mollusques ou de crustacés qui ont vécu ou vivent encore à la surface du globe, ou celle de toutes les couches et sous-couches de terrains de stratification, que peut-elle avoir d'utile ou d'intéressant pour la plupart des hommes? Mais la constatation, appuyée sur des faits bien choisis, que la vie commence par les organismes les plus simples et s'élève, de période géologique en période géo-

logique, à des organismes de plus en plus complexes et de plus en plus parfaits, n'a-t-elle pas un bien autre intérêt et une bien autre portée ? Voilà, selon nous, dans quel esprit le maître doit enseigner. Non qu'il doive s'interdire toute espèce de détails; des détails, môme minutieux, sont quelquefois caractéristiques, et, cités à propos, ils peuvent servir à relever une leçon, à lui donner de Tagrément et de la solidité. Mais il ne faut en user, pour ainsi dire, qu'à titre épisodique, et ne jamais perdre de yue que, dans l'enseignement secondaire non professionnel, la spécialité doit toujours être subordonnée à la généralité.

a La Vie apparut », disions- nous, tout à l'heure. La vie I Qu'est-ce que la vie ? Bien que tout le monde sache ou croie savoir ce que c'est que la jie, il est plus facile de poser cette question que d'y répondre. La vie, a-t-on dit, est la force qui se manifeste dans un être organisé, c'està-dire pourvu d'organes propres à remplir certaines fonctions. Et pourtant, il existe des êtres absolument dépourvus d'organes chez lesquels se revint les quatre grands faits généraux caractéristiques de la vitalité, à savoir : la nutrition, la génération, la motilité, la sensibilité ; ce qui permettrait de dire que la vie est une propriété de la matière, même antérieurement à l'organisation ; qu'il existe une matière vivante non encore organisée, mais organi sable, c'est-à-dire, prédéterminée à subir ou à produire toutes les formes d'organisation que peut revêtir l'infinie variété des types végétaux ou animaux. Cet être simple, dépourvu d'organes, c'est la monère, un grumeau de matière albuminoïde , transparente et contractile , vivant àëks l'eau , qui se nourrit , se reproduit par segmentation, se meut, capture sa proie et fuit ses ennemis

mains. Elle s'épancherait largement par les multiples canaux des salaires et irait porter partout, avec l'aisance, le bonheur et la paix. L'individu lui-même trouverait, dans sa moralité, une richesse incomparable. Voilà notre manière d'être utilitaire; car il y a plus d'une espèce d*utilité.

Ceci dit, nous allons, dans les chapitres suivants, tracer une légère esquisse de ce que devrait être, à notre point de vue, le programme développé de l'enseignement secondaire général * .

^ Dans les chapitres suivaDts^ nous avons moins pour but de tracer des programmes précis que de donner des cadres dans lesquels chaque professeur spécialisé pourra faire entrer de science tout ce qu'il devra en enseigner. Nous prions le lecteur indulgent de ne nous juger que sur ce que nous avons voulu faire. La valeur de notre système ne dépend à aucun degré de la valeur de nos développements.

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