‹ La question du latin et la réforme profonde de l'enseignement secondaireChapitre 11 sur 27 · DANS LA NATURE · texte numérisé non relu

DANS LA NATURE

Nous disions dans le chapitre précédent que l'histoire du développement humain devait être précédée de l'histoire des origines de l'homme, et que le premier chapitre de notre nouvel enseignement serait une cosmogonie. C'est, en effet, une nécessité pour l'esprit de se faire une idée quelconque de l'ensemble et de l'origine des choses; la première page de tout système philosophique ou religieux est consacrée à cette genèse. Rien n'est plus important que d'avoir, sur ce sujet, une opinion conforme à la réalité ; car cette conception domine Tordre entier de nos idées et de nos sentiments ; elle retentit dans nos actes, dans nos institutions et dans nos lois ; elle peut être pour nous une source de craintes chimériques et d'espérances aussi chimériques que nos craintes ; elle peut nous livrer à la domination et à l'exploitation d'une caste ; elle peut être pour nous une cause d'asservissement intellectuel, moral et social. C'est ce qui a eu lieu plus d'une fois dans le passé. L'humanité a vécu longtemps accablée sous le poids de la superstition et ,du despotisme produits par des solutions erronées du problème des origines»

qui est Tœuf, à Torganisme le pl.us complexe, qui est la poule, que de descendre du second au premier?. . . Cette démonstration purement logique est confirmée d'une manière éclatante, pour quiconque n'est pas congénitalement ou systématiquement aveugle, par la paléontologie et la biologie. La terre est un grand livre où, malgré ses lacunes, nous pouvons la lire clairement. Quoique ces antiques archives du développement vital soient encore bien incomplètes, elles contiennent assez de faits, et des faits assez bien liés, pour que la conclusion à en tirer ne soit pas douteuse ?

Depuis Tépoque lointaine {il y a probablement des millions de siècles) où la terre suffisamment refroidie s'enveloppa d'une écorce solide, bien des changements se sont opérés à sa surface, et les conditions d'existence y ont profondément et constamment varié. Les mômes continents ont été plus d'une fois au-dessus et au-dessous des eaux, et les dépôts sédimentaires qu'elles ont successivement laissés, en s'étageant les uns au-dessus des autres, ont conservé, chacun à leur époque relative, les restes des organismes qui ont vécu. Or, dans ce classement opéré par la nature elle-même, voici ce que nous voyons : les plus anciennes productions organisées, tant animales que végétales, sont les plus simples ; et Ton comprend, sans peine, que la vie n'y est déjà plus à son premier état de simplicité. Les premiers êtres vivants n'ont été, si nous en jugeons par les monères actuelles, que de la matière vivante encore sans structure, et, par cotte raison, n'ont pu laisser aucune trace. De couche géologique en couche géologique, les organismes divers vont toujours en se compliquant de plus en plus. Pour nous en tenir à l'embranchement que nous connaissons le mieux et dont nous faisons partie, parmi les vertébrés^ il n'exista d'abord que

des poissons ; puis les amphibies apparurent; puis les reptiles ; puis les oiseaux ; puis les mammifères ; et, tant pour les poissons que pour les mammifères, il ne se produisit d'abord que des ordres moins parfaits et inférieurs, remplacés, plus tard, par des ordres supérieurs et plus parfaits.

Ces changements observé^ dans la flore et la faune, d'une époque géologique à une autre, ont été d'abord expliqués de différentes manières par les zoologistes. Cuvier, dont les découvertes paléontologiques ont, en dépit de ses erreurs, tant contribué au progrès de la philosophie naturelle, soutint contre Geoffroy Saint-Hilaire et Lamark, la théorie des révolutions du globe, de l'invariabilité des espèces et des créations répétées. Selon son opinion, la Terre avait subi une série de cataclysmes analogues à ce que la Bible nous raconte du déluge. Chaque cataclysme amenait la destruction complète de la création ancienne et était suivi d'une création nouvelle. Pour le malheur de la science française, la grande autorité de Cuvier fit triompher cette grossière interprétation des faits paléontologiques. Un homme de génie, comme lui, mais d'un génie plus philosophique, Lamark, donna du développement de la vie sur le globe une explication bien plus scientifique, bien plus exacte, bien plus simple et, en même temps, bien plus grandiose. Il n'eut pas besoin pour cela d'invoquer des cataclysmes multipliés produisant une série de destructions et de renaissances. « Pourquoi, dit-il, supposer » sans preuves une catastrophe universelle, alors que la » marche de la nature suffit pour rendre compte de tous » les faits que nous observons ? Si l'on considère, d'une }) part, que la nature ne fait rien brusquement, que par- » tout elle agit avec lenteur et par degrés successifs, et^ » d'autre part, que les causes particulières et locales des

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» désordrei, des bouleversements, des déplacements peu- D vent rendre raison de tout ce que Ton observe à la y) surface du globe, on reconnaîtra qu'il n'est nullement » nécessaire de supposer qu'une catastrophe universelle » est venue tout culbuter et détruire une grande partie » des opérations mêmes de la nature. »

Appuyé sur cotte idée dont la vérité est aujourd'hui universellement admise, Lamark explique tout le développement de la vie sur le globe par la variabilité des organismes. Forcés de lutter pour s'adapter aux conditions toujours variables de l'existence, ils acquièrent des modifications d'organes généralement avantageuses * qui se transmettent par la génération et se consolident par l'hérédité. L'adaptation et l'hérédité suffisent à rendre compte de tout. L'adaptation explique la différence des formes extérieures ; l'hérédité rend compte des ressemblances profondes de structure interne, lesquelles ne peuvent s'expliquer que par la descendance de .formes ancestrales communes. En remontant ainsi la série des formes an cestraies toujours décroissantes dans l'ordre de la complexité, on arrive à des organismes extrêmement simples qui n'ont pas d'ancêtres, que la nature produit spontané-

1 Que Darwin ait très heureusement développé la théorie de la sdec^ tion naturelle^ nous n'y contredisons pas ; mais qu'elle ne se trouye pas implicitement dans Lamark, nous avons peine à l'admettre. La variabilité constante du milieu détermine nécessairement la variabilité de l'organisme, qui ne peut continuer à vivre qu'en acquérant les modificalions avantageuses exigées par les modifications même du milieu. Dans cette lutte tout organisme qui ne parvient pas à acquérir ces modificalions avantageuses est destiné à périr. Ceux-là seuls survivent qui les acquièrent. N'est-ce pas là la lutte pour l'existence? N'est-ce pas là la sélection naturelle? Car de cette multitude d^organismes qui, par une multitude de causes, périssent sans se reproduire, est-il donc prouvé que ce sont totijours les plus faibles qui succombent ?

ment aux dépens de la matière brute, par une opération chimique dont nous n^avons pas encore le secret. C'est ainsi que sans cataclysmes et sans révolution brusque, par Teffet de causes actuellement agissantes, la vie, une fois apparue dans la monère primordiale, se développe, à travers Timmen^ité des temps géologiques, dans des organismes de plus en plus complexes et de plus en plus perfectionnés, jusqu'à rhomme qui est le plus parfait de tous, parce qu'il est le dernier.

Telle est, réduite à sa plus simple expression , la théorie de la descendance ou transformisme de Lamark. Cette admirable théorie ne fut point comprise et le grand Lamark, l'homme qui, avec Laplace, a le plus fait, dans les temps modernes, pour l'émancipation de la pensée humaine, devenu aveugle, terminait en 1829 sa laborieuse existence dans W malheur et Tindigence , tandis que Cuvier comblé d'honneurs (du reste, mérités) était dans tout l'éclat de sa haute fortune. Il a fallu que, cinquante ans après la publication de la Philosophie zoologique, Darwin la tirât de l'oubli en y ajoutant son appendice de la Sélection naturelle. Loin de nous la pensée de chercher à diminuer le mérite très grand de Darwin et de Lyell ; mais il n'est pas douteux, surtout en présence de la citation que nous avons faite plus haut, qu'ils doivent à Lamark au moins l'inspiration de leurs remarquables travaux. Sans doute, avant Lamark et avant Laplace, il ne serait pas impossible de trouver de vagues idées d'évolution et de transformisme ; il n'y a d'inventeur en somme que l'esprit humain, qui est toujours, inconsciemment, le collaborateur du génie. Mais c'est le génie qui est l'accoucheur de l'esprit ; c'est lui qui donne à la pensée Tague et flottante, à l'état embryonnaire, la forme arrêtée et précise qui caractérise la véritable invention. C'est bieh

GUâRIN* 7

à Lamark et à Laplace qu^appartiennent les deux grandes hypothèses de révolution et de la descendance. Nous ignorons si, dans ce temps de statuomanie, où le marbre et le bronze se donnent pour si peu de chose, Lamark et Laplace ont, quelque part, leur effigie. Si non, il ne serait que sage de ne pas les oublier. Tant de gens, aujourd'hui, s'efforcent de nous déprécier qu'il ne serait peut-être pas hors de propos de manifester un peu nos vraies glaires, Caveant consules»,

A la théorie de la descendance, ou de la variabilité des espèces et de leur transformation à travers la longue série des époques géologiques, l'embryogénie apporte une éclatante confirmation. Ici, en effet, ce n'est plus une hypothèse, mais un fait certain que tous les organismes animaux ont pour point de départ une simple cellule, laquelle méme^ après la fécondation, perd son noyau et rétrograde un instant jusqu'à la monère primitive. C'est l'évolution de cet ovule unicellulaire qui, par une série d'épigénèses, produit, en un temps bien court, si on le compare à l'immense durée des temps paléontologiques, les organismes les plus compliqués tels que ceux des mammifères supérieurs et de Thomme. £h bien I dans le cours de cette évolution embryologique, depuis la fécondation de l'ovule jusqu'à la naissance de l'enfant, Tembryon traverse toute la série des formes que ses ancêtres ont parcourues et qui sont permanentes dans les degrés inférieurs de Téchelle biologique. Ce parallélisme, entre le développement de l'individu depuis la fécondation de l'ovule et le développement de l'espèce depuis la monère primordiale, ne peut s'expliquer que par une même cause : les lois de l'hérédité et de l'adaptation. « Vunité de composition (hy- » drogène, oxygène, azote, carbone), certaine pour tous » les êtres vivants, végétaux et animaux j Vunité de plan^

ET LA RÉFORME DE L^NSEIGNEMENT SECONDAIRE lit

y> certaine aussi entre les êtres appartenant à un même » type, parlent dans le même sens que l'embryogénie et » la paléontologie. En effet, la surprenante ressemblance j> de Torganisation intérieure et des rapports de structure » dans le sein d*un même type suggère facilement Fidée j> d'une descendance commune et, partant, d*une seule > forme originelle. La descendance est là pour rendre in- » telligible une concordance intime qui autrement demeu- » rerait inexplicable. » (Littré.)

Nous nous sommes laissé aller à résumer, très incomplètement, à notre avis, le peu que nous savons, nous profane^ de cette grande théorie que nos enfants, plus heureux que nous, apprendront, sans peine, au collège, dans les leçons des spécialistes les plus compétents. La théorie de révolution naturelle de la matière depuis sa condensation en nébuleuses jusqu'à Thomme, le dernier terme de la série, est la seule qui puisse nous satisfaire, parce que seule elle nous donne une solution vraiment scientifique du problème que nous nous étions posé au commencement de ce chapitre, le problème de V origine de Thomme. Nous pouvons, à notre gré, remonter d'anneau en anneau la chaîne des choses jusqu'à la matière primordiale, dans les hauteurs de l'éternel et de l'infini, ou, ce qui vaut peut-être mieux didactiquement, descendre de ces sommets jusqu'à nous. Nous voyons toujours la matière passer d'un état inférieur à un état supérieur d'orga* nisation : de l'état mécanique à l'état physique, de l'état physique à l'état chimique, de Tétat chimique à l'état biologique, et parcourir toute la série des organismes vivants depuis la monère jusqu'à l'homme, de l'extrême simplicité à l'extrême complication. Et, ce qu'il n'est peut- être pas inutile de remarquer, c'est qu'avec la vie^

appamt IHnielligeace dans ce qu'elle a de plus rudimentaire, qu*eile monte avec rorganisation, se compliquant et se perfectionnant avec elle, jusqu'à ce qu'elle atteigne son plus haut degré dans Thomme, le dernier venu de tous les organismes et le plus perfectionné. En sorte que, si nous nous demandons ce que c'est que l'homme, nous pourrions nous répondre sans trop d'orgueil, que c'est la nature parvenue, par un progrès continu, de Tétat d'inconscience, dans la matière inorganique, à la conscience d'ellemême, dans la matière à un degré suffisant d'organisation. Il n'est pas difficile maintenant de oous assigner notre place dans la Nature. Elle est la première parce que nous sommes, sur la Terre, le dernier terme de l'évolution. Un cristal est plus qu'une étoile, parce qu'il est plus organisé ; une monère est plus qu'un cristal ; un ver est plus qu'une monère, un poisson est au-dessus d'un ver ; un mammifère est au-dessus d'un poisson ou d'un reptile; Thomme est incontestablement le premier des mammifères ; il est vraiment le roi de la création. Noblesse oblige ; il lui reste à devenir le roi de lui-même, à "|)rendre conscience de sa dignité et des devoirs qu'elle lui impose. Être évolutif, il faut qu'il évolue sans cesse, comme la Nature, dans le sens du progrès ; sa direction est bien marquée. Ce qui le différencie surtout du reste des mammifères, c'est le développement cérébral, c'est-à-dire, le développement des facultés psychiques. C'est donc l'âme qui doit progresser en lui, c'est-à-dire, la sensibilité, l'intelligence, la volonté. Au lieu du brutal égoïsme de l'animalité inférieure qui se déploie aveuglément dans la lutte pour l'existence, c'est la bienveillance, la justice, le dévouement à ses semblables qu'il doit prendre pour règle de ses actions ; c'est l'amour du vrai, du beau, du bien qui doit en être le mobile. Toigoux's plus haut, toiyours

plus libre des grossiers instincts de la série inférieure des ancêtres. Telle doit être désormais la direction de l'évolution humaine. L'histoire de cette évolution, succédant à l'évolution de la Nature, sera le digne objet de notre enseignement général.

Bien que nous ayons consacré ce chapitre à exposer sommairement la théorie de révolution, parce que seule, à notre avis, elle donne une notion claire et vraiment scientifique de notre origine et de notre place dans la nature, nous n'entendons point pour cela qu'elle soit enseignée dogmatiquement. Non ; l'enseignement, tel que nous le concevons, doit être tout entier historique. Il ne s'agit point pour nous de dire ce qu'il faut penser ou croire, mais ce que les hommes venus avant nous ont cru ou pensé. Si la théorie de l'évolution est juste, l'histoire de l'évolution de l'esprit humain sur une question donnée doit être plus persuasive que toute prédication ; car la transformation de ses opinions successives doit nécessairement s'opérer (sauf des perturbations accidentelles) dans le sens du moins vrai au plus vrai, du moins bien au mieux ; et ceci suffit pour que l'esprit fasse librement le meilleur choix. Comme nous avons dépouillé, dans notre évolution physique, les formes inférieures d'organisation de nos lointains ancêtres pour en prendre une plus parfaite, nous dépouillerons les opinions erronées de nos prédécesseurs pour en adopter de plus modernes et de plus voisines de la vérité. Ayons confiance dans la raison humaine. En agissant ainsi, d'ailleurs, nous ôterons à l'hypocrisie ou à la sottise tout prétexte de récrimination contre l'enseignement universitaire ; car, de cette façon , il n'est plus question de prêcher des doctrines comme vraies ou de les combattre comme fausses ; il s'agit sim-

plement de les exposer. On ne saurait moins faire ; le respect de la vérité l'exige ; et il n'e*st pas lesoin de faire davantage.

C'est donc l'histoire des- différentes cosmogonies, scientifiques, philosophiques ou religieuses qui fera l'objet de ce cours. C'est l'histoire des différentes solutions du problème des origines, chez tous les groupes humains, dans tous les temps et dans tous les lieux ; solutions de l'imagination poétique ou religieuse, solutions de la logi< que philosophique combinant des observations incomplètes, solutions de la raison scientifique armée de méthodes sûres et appuyée sur des faits nombreux et bien observés. Le champ est vaste, la moisson sera abondante et substantielle. Il n'est pas de meilleure introduction à l'histoire de la civilisation ; car rien n'a plus profondément influé sur la destinée des peuples que leurs opinions cosmogoniques. L'histoire des Hindous est toute entière dans la création des castes par Brahma ; celle des Hébreux est toute entière dans leur Genèse. Le professeur, tout en se tenant toujours au point de vue de la généralité, tirera facilement de cette matière un ensemble de leçons aussi attrayantes que véritablement instructives * .

Et qu'on n'aille pas prétendre qu'un tel enseignement est au-dessus de l'intelligence d'élèves de dix à douze ans. H n'en est pas de plus intéressant pour eux ; car il n'en est

. ^ Il est bien entendu que, dans ce cours, pour ainsi dire préliminaire, le professeur devra proportionner son enseignement au jeune âge de ses élèves. Il y aura d^autant moins d'inconvénient à cela que ces mêmes questions seront traitées d'une manière plus approfondie dans l'histoire du développement des idées religieuses et philosophiques et dans l'histoire du développement scientifique. Ces mêmes questions, étudiées, sous des aspects divers, à des années d'intervalle, n'en seront que mieux et plus complètement assimilées. Il faut plus d'un coup de marteau pour bien enfoncer un clou.

pas qui réponde mieux au désir qu'ils ont de savoir. Ce sont les premiers problèmes qui se posent à Tenfance, comme ce sont les premiers qui se posent à l'humanité. «( On n'a jamais rencontré d'hommes sans Dieu », disait Cicéron ; cherchez parmi les peuples les moins dégagés de l'animalité, vous en trouverez qui ne savent pas compter sur leurs doigts, mais ils savent comment le monde a été créé. Et, d'ailleurs, ne sont-ce pas là les premiers enseignements qu« vous donnez à l'enfant ? Qu'est-ce donc que Vinstructim religieuse^ si ce n'est pas cela ? La première question •du catéchisme n'est-elle pas celle-ci : « Qui vous a créé et mis au monde ? » et la première réponse : « C'est ' Dieu »? Et le commentaire de cette affirmation n'est- il pas le premier chapitre de la Genèse biblique ?. . . Nous ne voulons pas nous laisser aller à une critique, d'ailleurs, inutile ; mais n'est-il pas vrai qu'il est impossible à un enfant de se faire une opinion réfléchie sur une si importante question, si vous ne lui exposez, en môme temps, les solutions différentes qui en ont été données? Or, en vertu même de la théorie de l'évolution, n'y a-t-il pas au moins présomption légitime que la solution la plus récente contient plus de vérité que des solutions dont l'origine se perd dans la nuit des temps ?

Mais en voilà assez sur ce sujet. Tout ce que nous pourrions dire de plus ne convaincrait pas ceux que nous n'avons pas encore convaincus. Un mot seulement. Quand le professeur, après avoir parcouru l'histoire des cosmogonies plus anciennes, en serait venu à l'histoire de la théorie de l'évolution, il serait, à notre avis, très important, qu'il mît en relief les noms des* grands génies qui, soit directement, soit indirectement, ont le plus contribué à la création de cette théorie, et qu'il déterminât, autant que possible, la partr que chacun d'eux y a prise. Il n'est

lie LA QUESTION DU LATIN

rien de plus propre à captiver l'esprit des enfants que Thistoire biographique. Dans cette partie, la plus importante de son cours, où il devrait toucher à Tastronomie, à la géologie, à la paléontologie, il y aurait grsthd profit pour les élèves à ce que le maître tît passer souô leurs yeux la représentation des choses, soit par des dessins, soit autrement. Ce qui entre par les yeux se grave plus facilement dans l'esprit que ce qui n'entre que par les oreilles * . — Du reste, un enseignement nouveau engendrerait nécessairement, à bref délai, tant en livres qu'en instruments et appareils de toute sorte , ce qui serait de nature à le faciliter.

* Segnins irritant animas demissa per aurem

Quam que sunt oculis subjecta fidelihus. . .

(Horace.)

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