HISTOIRE DU DÉVELOPPEMENT INDUSTRIEL
« Ce qui distingue éminemment Thomme du reste des animaux, disions-nous dans le chapitre précédent, c*est la faculté générale de se créer des moyens de multiplier ses puissances. » Nous ajouterions volontiers, si nous Tosions : « et de mettre des rallonges à ses organes ». Cette faculté générale, mère de Tindustrie, est fille de la nécessité. Si la nature, en lui donnant, comme aux autres animaux, certains besoins, lui eût donné en même temps de faciles moyens de les satisfaire , l'homme n*aurait probablement jamais porté son industrie au-delà de la simple satisfaction de ses besoins élémentaires. S'il fût né revêtu d'un plumage comme l'oiseau, ou d'une toison comme la brebis, il n'eût jamais songé à tisser la laine ou le chanvre; s'il eût été armé de griffes et de dents, comme le lion ou le tigre, il n'eût jamais songé à se fabriquer des armes pour l'attaque ou pour la défense. Certes, les animaux aussi ont leur industrie, une industrie qui leur sufût, qui nous paraît quelquefois merveilleuse, quand nous la comparons à la simplicité de leurs moyens d'exécution, mais qui, en somme, ne dépasse jamais la mesure de ces
moyens exclusivement naturels. Ils atteignent la perfection dans leurs œuvres ; mais c'est une perfection 'bornée, dans des œuvres à peu près toujours les mêmes. L'homme seul, en apparence le plus dépourvu de tous les animaux, a pu s'élever de cette nudité primitive à la domination du globe, qui n'existera bientôt plus que pour lui. Ses ancêtres simiens lui avaient légué la main et un développement cérébral déjà supérieur; c'est en mettant cette main perfectionnée au service d'une intelligence de plus en plus développée qu'il est parvenu graduellement à produire des prodiges d'industrie, qui dépassent l'imagination de nos pères et nous étonnent nous-mêmes. Rien, selon nous, de plus substantiel, de plus intéressant, de plus propre à former l'esprit de la jeunesse que l'histoire du développement industriel de l'humanité. Qu'est-ce, à côté de cette histoire, que celle qu'on baptise ordinairement de ce nom? Le tableau de la brutalité des premiers âges se poursuivant, avec son égoïsme aveugle et féroce, jusque dans des âges prétendus civilisés. Combien différent est le tableau de cette activité pacifique et féconde que ni les guerres, ni les révolutions, ni les oppressions n'ont jamais pu complètement paralyser, et à laquelle nous devons tous les biens dont nous jouissons 1 Ce n'est pas là toute l'histoire de la civilisation, assurément, mais c'en est la partie fondamentale, celle qui répond, sinon aux besoins les plus élevés, du moins aux besoins les plus essentiels de la nature humaine.
Comme les anthropoïdes encore existants, orangs et gorilles, nos ancêtres frugivores erraient, dans les bois tièdes de la période pliocène, à la recherche d'une abondante et facile nourriture. Il est probable qu'ils ne songeaient point alors à attaquer les herbivores ou les carnassiers qui peuplaient les forêts et les prairies. Ne se auéaiN* i
nourrissant pas de chair, pourquoi auraient-ils fait la guerr3 aux premiers ? Quant aux seconds, il est probable qu'ils conservaient la faculté de leur échapper en grimpant dans les arbres. Tout au plus, peut-être, étqiient ils armés déjà de branches cassées qui leur servaient, en même temps, de massue et de bâton pour se soutenir dans la station verticale; à laquelle ils n'étaient pas encore absolument identifiés. Si les conditions climatériques fussent restées les mêmes, il est probable que, comme les nègres d'Afrique et d'Australie ou les indigènes des îles de la Sonde, leur ascension dans l'échelle de l'humanité eût été fort lente ; peut-être même, ainsi que les populations dont nous venons de parler, en auraient-ils à peine franchi les premiers échelons. Mais la période pliocène fut, évidemment, une période de transition qui conduisit lentement de la période miocène à la période glaciaire, c'est-à-dire d'une température beaucoup plus chaude à une température beaucoup plus froide que la température actuelle ; d'un climat tropical à un climat boréal. Ce fut. pensonsnous, la nécessité de s'adapter à ces nouvelles conditions d'existence, beaucoup plus dures et plus difficiles, qui aiguillonna l'activité de cet homme virtuel et en fit l'homme véritable dont la présence se manifeste partout au commencement de l'époque quaternaire .
Pour qui se donne la peine de réfléchir, l'homme a dû se développer d'abord dans toute cette zone qui forme maintenant la zone tempérée et qui, à l'époque miocène et pliocène, jouissait d'un climat tropical. Pourquoi le faire venir d'ailleurs? D'où serait-il venu? Ce n'est pas du nord, apparemment. Serait-ce du midi? Mais, outre que la température de la zone équatoriale était alors vraisemblablement trop chaude pour lui donner naissance, c'eût été évidemment une émigration à rebours. Se figure- 1-
on les populations de là zone tempérée émigrant dans la zone boréale? C'est à n'en pas douter, ainsi que nous l'avons établi plus haut, le contraire qui dut arriver. Tout ce qui était lo moins capable de s'adapter à un climat devenu beaucoup plus rigoureux dut émigrer vers Véquateur. Ainsi firent probablement les anthropomorphes qui devinrent les souches ancestrales des races noires et des races jaunes. Le reste, ceux qui étaient les plus élevés dans l'organisation, les plus capables de lutter, les déjà hommes, se développèrent sur place, et, sous l'aiguillon, de plus en plus impérieux, de la nécessité, se créèrent originellement ces facultés puissantes qui en ont fait les grandes races humaines.
L'abaissement de la température eut, en effet, pour premier résultat de transformer profondément la flore de cette époque, et, par conséquent, de rendre la nourriture végétale bien plus rare, bien moins abondante, en même temps qu'elle rendait nécessaire une pourriture plus forte. Ne faut-il pas entretenir la chaleur vitale toujours au même degré, quelle que soit la température ambiante ? Ce qui fait qu'un Hindou peut vivre, chaque jour, avec une poignée de riz, tandis qu'il faut à un Esquimau 30 livres de viande. L'homme fut donc fatalement poussé de la vie frugivore à la vie Carnivore, c'est-à-dire de la paisible existence de végétarien à la sanguinaire existence de chasseur. Il dut, lui aussi, tuer pour vivre. Comment faire? Tous les perfectionnements de son organisme se retournaient contre lui. En prenant l'habitude delà station verticale, il avait perdu la vitesse ; en acquérant des mains, il avait perdu les griffes ; en s'abstenant de manger de la chair, il avait à peu près perdu ses canines. Il se trouvait dans un état évident d'infériorité. Au degré d'évolution de son organisme, une régression . suffisante
était impossible. Ne pouvant se créer des armes naturelles pour s'adapter aux nouvelles conditions d'existence, il dut s'en créer d'artificielles. Cette main où il n'avait plus que des ongles inoffensifs, il l'allongea d'une massue ou d'une hache de pierre. Cela suffit, d'abord, à Hercule pour engager la lutte contre les monstres et en sortir vainqueur. On comprend aisément pourquoi le bois et la pierre offrirent à l'homme ses premiers instruments, et pourquoi ces instruments étaient des armes. La même nécessité, qui l'avait poussé à faire la guerre aux autres animaux pour s'en nourrir, le poussa à se revêtir de leur peau, et, pour préparer cette peau, pour la rendre propre à servir de vêtement, il dut se créer de nouveaux outils : des grattoirs, des poinçons, des aiguilles. La pierre, les os, la corne, les arêtes de poisson lui en fournirent les éléments. C'est aussi, vraisemblablement, à cette époque qu'il inventa les moyens de faire le feu et de le tourner à son usage? Pourquoi l'eût-il fait auparavant ? Ce n'est qu'un certain abaissement de la température, en même temps que le besoin d'amollir, par la cuisson, la chair trop dure pour sa mâchoire de frugivore, qui lui en fit comprendre la nécessité ' . On voit combien tout est étroitement lié dans ce développement et comment le même fait cosmologique, à savoir le refroidissement considérable qui se produisit de la période pliocène à la période glaciaire, engendre, à la fois, toutes ces conséquences. — C'est alors aussi que l'homme dut se chercher des abris et qu'il mena (pendant combien de siècles ?) une existence de troglodyte.
1 On alléguera, peut-être, que, partout, les hommes ont élé trouvés en possession du feu. Nous ne le contestons pas ; mais nous persistons à croire que la nécessité < mère de Tindustrie * amena d^abord cette découverte chez ceux dont nous parlons, qui furent ainsi les premiers à se dégager de la pure an'malité eipar cela même ont formé les races supérieures.
ET L4 RÉFORME DE L^ENSEIGNEffiST SECONDAIRE 173
Les premières et, conséquemment, les plus importantes inventions avaient eu lieu. L'homme était entré dans la voie du développement industriel ; il devait y marcher indéfiniment. Longtemps, sans doute, il s'en tint à ces premières armes et à ces premiers outils, se contentant de les perfectionner peu à peu ; mais il ne s*y arrêta point. Partout son génie inventif se donna carrière. La lance et le javelot, Tare et la flèche, lui permirent d'atteindre do plus loin ses ennemis ou sa proie. Il ne fit pas seulement la guerre aux habitants de la terre ou de Tair ; il la fit aux habitants des eaux. L'hameçon et le harpon prirent place dans son arsenal ; à ces engins se joignirent bientôt le$ filets et les pièges les plus ingénieux.
Cependant, en même temps qu'il triomphait de la nature dans la lutte pour l'existence, Ihomme se multipliait. Des groupes considérables se formaient qui entraient en relation les uns avec les autres, déjà, sans doute, d'une manière violente. Les invasions et les conquêtes commencent. Dès l'âge de la pierre polie, on signale des changements dans le type des populations de nos pays. Des brachycéphales y succèdent aux dolichocéphales pu se mélangent avec eux. Des modifications importantes se manifestent dans ce qu'on peut appeler la civilisation de ces époques reculées. Le progrès y est évident. Aux armes proprement dites, déjà très perfectionnées, se mêlent de vrais outils, instruments de travail, pioches j ciseaux^ scies, hermineites, et des ustensiles de ménage, des poteries grossières. La fabrication en était déjà spécialisée. 11 y avait des manufactures de haches ; il y en avait de pointes de flèches ou de grattoirs, etc. On exploitait même des carrières de pierre qui fournissaient à cette fabrication. L'homme avait à peu près abandonné les grottes et les cavernes ; il se construisait des cabanes, et pour y être mieux à l'abri des
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Nous ne pouvons toucher que d'une main bien légère et d*une plume trop rapide à ces intéressantes questions qu'un maître spécialisé pourrait seul développer d'une manière suffisante pour l'agrément et l'instruction de ses élèves. Mais il ne faudrait pas qu*il s'en tint, comme nous, à des vues théoriques plus ou moins vagues, plus ou moins générales. Ces théories, il devrait les appuyer sur des faits^ sur les monuments qui nous ont été légués par les Âges préhistoriques. Et comme il n'est pas possible de réunir en nature ces monuments dispersés, soit sur la face du sol, soit dans les collections publiques ou privées, il faudrait, par la gravure ou la photographie, en reproduire fidèlement les images et les classer chronologiquement en àoi tableaux qu'on exposerait dans les classes, ou mieux, qu'on placerait entre les mains des élèves. Cet enseignemont par les yeux serait le meilleur commentaire des
leçons du maître ou, plutôt, les leçons du maître ne seraient que le commentaire de cet enseignement par les yeux. Parallèlement à ce tableau chronologique des monu-p ments préhistoriques, il faudrait, ainsi que nous l'avons déjà fait plus d'une fois, chercher une confirmation dans le tableau hiérarchique des civilisations contemporaines répandues ^dans l'espace. On y verrait, à tous les degrés de l'échelle, des peuplades dont la civilisation actuelle correspond aux différentes phases de cette civilisation préhistorique. Leurs états sociaux rudimentaires, leur manière de se nourrir, de se vêtir, de se loger, leurs armes, leurs outils, leurs industries, en tenant compte de la différence des climats, qui explique la plupart des autres, tout cela nous donnerait une idée à peu près exacte de l'évolution industrielle de nos ancêtres et de leur état social pendant l'âge de la pierre.
A ce premier degré de civilisation, l'industrie humaine toute rudimentaire qu'elle fût, était déjà, si nous pouvons ainsi parler, en possession de ses principaux organes. De la vie de chasseur et de pêcheur, l'homme s'était élevé à la vie pastorale par la domestication des animaux les plus précieux, à la vie agricole par la culture des céréales ; probablement même savait-il en tirer les liqueurs fermentées, dont l'origine se perd dans les brumes du passé ; il était déjà fixé au sol par l'habitation. Nous avons vu plus haut que la division et la spécialisation du travail existaient depuis longtemps ; elles avaient dû considérablement s'accroître. La spécialisation du travail industriel implique le commerce, qui se faisait, sans doute, encore par échanges. Le commerce, à son tour, implique certains moyens de communication et de transport. Peut-être se servait-on déjà du cheval comme bête de somme ; peutêtre méme^ quand les circonstances le permettaient, em-
ployait-on la navigation. On a trouvé dans des terrains antérieurs à Tépoque actuelle des barques primitives analogues aux pirogues creusées dans un tronc d'arbre.
On fait généralement passer la civilisation humaine par trois stades distincts et successifs : la vie nomade du chasseur et du pêcheur, la vie nomade du pasteur, la vie sédentaire de l'agriculteur. Qu'il y ait intérêt à faire cette division au point de vue de renseignement ; que les choses se soient même passées de cette façon dans certaines régions déterminées, dans les grandes plaines de l'Asie, par exemple, nous ne voulons pas y contredire. Il nous semble pourtant, par ce que nous avons déjà vu, que ces différentes phases n'ont pas été partout aussi nettement tranchées ; qu'en plus d'un endroit, la vie pastorale et la vie agricole ont été contemporaines et se sont associées de telle sorte qu'il n'est pas facile de démêler quelle est celle des deux qui a précédé l'autre. Il y a même apparence que les trois genres de vie ont été menés concurremment. A mesure que l'homme grandissait en intelligence, il devait grandir en prévoyance. Cette qualité que nous trouvons si hautement développée chez un grand nombre d'animaux, il ne pouvait pas en être absolument dépourvu. Tant que la nature lui fournit abondamment ou les fruits, ou la chair dont il faisait sa nourriture, cette qualité précieuse put rester endormie ; mais quand les rigueurs de la période glaciaire eurent détruit la flore miocène et refoulé la faune pliocène dans des climats plus chauds; quand, plus tard, après la période glaciaire, le retour d'une température plus élevée eut forcé le renne à émigrer vers le nord, la nourriture quotidienne devenant plus rare et plus incertaine, l'homme dut songer à se préparer des ressources moins précaires, et ce furent probablement les conditions du milieu qui dictèrent son choix. Cet être.
d'abord frugivore, devenu Carnivore par nécessité, était sans doute, ce qu'il est maintenant, un omnivore. Là donc où les conditions naturelles lui rendirent plus facile et plus profitable la culture de certaines plantes, il se tourna vers la vie agricole ; là, au contraire, où la domestication des plantes offrait plus de difficulté que la domestication des animaux, il se tourna du côté de la vie pastorale. Mais comme ces deux modes d'existence, réduits à une certaine mesure, ne sont point incompatibles, il dut lui arriver, il lui arriva même de les cumuler.
Quoi quil en soit de l'exactitude de cette opinion, on
conçoit sans peine tout ce qu'un maître intelligent et instruit à fond de ces matières pourrait tirer, pour l'instruction de ses élèves, de Texposition progressive de ces trois états de l'industrie humaine pendant la période préhistorique, en les comparant à ce qu'ils sont actuellement sur toute la surface du globe, chez les divers peuples qui n'ont pas encore dépassé la civilisation néolithique. Ces leçons n'auraient pas moins d'intérêt que la lecture des voyages autour du monde ; elles auraient plus d'utilité. Ce qui est plus certain que le passage de l'industrie humaine par les trois états distincts et successifs dont nous venons de parler, c'est sa division en trois âges : l'àgo de la pierre, l'âge du bronze (ou du cuivre) et l'âge du fer. Jusqu'ici, en effet, l'homme n'est pas encore parvenu à la connaissance des métaux, et, quelle qu'ait été son ingéniosité à tourner à son usage le bois, la pierre, les os, les arêtes, les dents, les cornes des animaux, on sent que, faute d'instruments plus puissants, il ne lui était pas pos sible de s'élever à une industrie supérieure. Aussi, après avoir atteint un certain niveau, il est probable que son industrie, tout en se perfectionnant, sans doute, dans les détails, resta bien longtemps stationnaire, jusqu'à ce que
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Dans cette conception d'un âge d'or et d'un t\ge d'argent, antérieurs à Tàge du bronze, il y a quehiue chose de vrai. L'or et l'argent qui se trouvent partout à l'état natif, furent apparemment les métaux les premiers connus ; maii leur importance industrielle fut à peu près nulle. Aux âges très réels du bronze et du fer, l'imagination primitive dut ajouter les âges poétiques de l'or et de l'argent. Ce qu'il fallait à l'homme néolithique, ce n'était pas des métaux précieux au sens actuel du mot ; c'était un métal qui, en lui fournissant de meilleurs outils, lui permît de donner largement carrière à son activité in • telligtnto. Ce fut une découverte d'une portée immense dans l'histoire de l'industrie humaine que celle de la métallurgie, car elle portait pour ainsi dire, dans ses flancs, tous les progrès ultérieurs. Toujours conformément aux lois de l'évolution, le premier des métaux traités fut le cuivre, ou plutôt le bronze* parce qu'il était le plus facile à extraire et le plus facile à travailler. Où et quand fut faite cette découverte ? Il est impossible de le dire avec précision. Tout ce qu'on peut affirmer, c'est qu'elle est fort ancienne. Elle se fit sans doute en Orient. C'est, en effet de ce côté que les races supérieures. Sémites et Aryens, fondèrent les premiers empires ; et c'est sans doute de là que le bronze fut importé dans nos pays d'Occident, peut-être par les Celtes. Peut-être les premiers importateurs ontils été les Phéniciens, qui allaient chercher l'étain jusqu'aux îles Cassitérides.
Si haut que nous remontions, en effet, nous trouvons ce peuple de navigateurs en possession d'une civilisation industrielle qui implique une connaissance avancée de la métallurgie. Si Ton en croit Thucydide, Minos (le my-
* Le bronze n*esl pas un métal pur ; on Toblenait par la fusion simultanée de la pyrite cuivreuse et de la pyrite d*élain.
thologique Minos), fut le premier roi Grec qui eut une flotte dont il se servit pour purger la mer Hellénique de§ pirates Cariens et Phéniciens qui l'infestaient et qui avaient colonisé la plupart des îles de TArchipel . Or, il est difficile d'admettre que ces antiques déprédateurs aient pu construire les barques dont ils se servaient avec des instruments de pierre. Ils connaissaient certainement le bronze, peut-être môme le fer. Quoi qu'il en soit, Tâge du bronze se perd dans la nuit des siècles. Sa durée fut considérable ; il règne encore à l'origine des temps historiques. A l'époque de la guerre de Troie, les Grecs ne l'ont pas dépassé. Le fer est po4ir eux une rareté de grand prix ; il n*est pas encore entré dans le commun usage ^«
Et pourtant, nous pouvons juger par VHiadê et l Odyssée de l'importance du progrès réalisé depuis la fin de l'âge de la pierre. L'humanité ne se composait plus de faibles tribus isolées et probablement ennemies, retranchées dans leurs palafittes, encore aux rudiments de la vie agricole et pastorale, exerçant à peine les industries les plus indispensables. Le nombre des hommes s'est prodigieusement accru ; de grandes cités se sont formées. La petite Grèce, à elle seule, peut jeter sur les rives de THellespont une armée de cent mille guerriers. Et cette armée formidable est arrêtée dix ans sous les murs de Troie. C'est que Troie est une puissante forteresse dont les remparts abritent des richesses immenses, un roi vénérable et magnifique, défendu par la fleur de l'Asie ; au point que, malgré leurs coursiers et leurs chars, leurs casques, leurs boucliers, leurs cuirasses étincelantes et leurs « belles cnémides », les Grecs paraissent presque les pauvres et les barbares. Diomède échangeant sur le
< Quand ils envahirent Pltalie, les Gaulois n^avaieDt encore que des armes de bronze.
champ de bataille son armure contre celle de Glaucus, son hôte paternel, fit, dit naïvement Homère, une affaire excellente, car il recevait une armure d*or pour une armure d'airain. La lecture de V Iliade et de ï Odyssée donne l'impression d'une civilisation encore jeune et parfois brutale, quoique raffinée, mais déjà righe des biens de la terre et du ciel, nous voulons dire du cœur et de l'esprit *.
Cependant la Grèce est alors, du côté de rOccident, aux confins de la civilisation. L'Italie, et la Gaule, et l'Espagne, et la Germanie, et la Bretagne seront encore longtemps couvertes d'une profonde nuit. C'est du côté de l'Orient qu'il faut regarder. Là, sur les bords de l'Oronte et du Nil, du Tigre et de TEuphrate, fleurissent de puissants empires dont l'existence, prouvée par des monuments, remonte à des milliers d'années. Mais ces civilisations n'ont pas éclaté tout à coup et la pensée s'enfonce malgré elle dans les abîmes du passé à la recherche d'origines qui lui échappent. Plus loin encore, sur les rives de l'Indus et du Gange, du Hoang-Ho et du Yang Tsé-Kiang, d'antiques civilisations s'épanouissent, portant au plus haut degré le développement empirique de lindustrie. Jusqu'à quel point ces groupes de population, les glus considérables du globe, se sont-ils développés isolément ou se sont-ils trouvés en rapport avec les groupes plus occidentaux? C'est un problème intéressant à résoudre, car il importe de savoir s'il y a eu filiation ou développement spontané. Qu'il y ait eu infiuence réciproque entre civilisations voisines, cela n'est pas invraisemblable ; mais nous penchons à croire que, partout où l'homme a trouvé des circonstances favorables, soit dans les qualités de la race, soit dans les conditions du milieu, il s'est développé d'une
1 Quel admirable i document historique » que la description dti bouclier d'Achille dans Vlliade l
manière analogue, sous Timpulsion de la nature. Nous en trouverions au besoin la preuve dans les civilisations mexicaine et péruvienne, si malheureusement détruites par les Espagnols.
A Page du bronze succéda l'âge du fer a plus précieux que For ». Le fer, en mettant entre les mains de Thomme un outil plus puissant que le bronze, contribua largement à promouvoir Tindustrie. Nous avons vu plus haut que, dès le siège de Troie, les Grecs touchaient à cet âge. Mais il est probable que depuis longtemps Tusage du fer existait en Egjrpte et dans les grands empires orientaux. L'influence de l'Egypte et de l'Orient sur la Grèce est indiscutable ; c'est de là que lui vint la lumière; c'est de là, sans doute, aussi que lui vinrent les arts industriels, les premiers de tous, et les instruments qu'ils exigent. Dès cette époque, Tindustrie humaine, dans les pays alors civilisés, pouvait suffire non seulement à la satisfaction des besoins essentiels, mais à toutes les jouissances de sociétés matériellement très raffinées. C'est au maître spécialisé de montrer, autant que possible, ce qu'était alors cette industrie, dans ces différents pays et dans ses différentes l|;panches ; en quel état se trouvait l'agriculture ; quels étaient les végétaux alors cultivés ; quels étaient les animaux domestiqués ; quels étaient les procédés et les instruments de culture ; quelle était la condition des cultivateurs ; ce qu'étaient l'industrie textile et les autres industries qui se rapportent au vêtement ; ce qu'était l'industrie de l'habitation ; les industries métallurgiques, depuis l'extraction du minerai jusqu'à la fabrication des armes et des bijoux ; à quel degré de division le travail était parvenu ; quelle était la condition du travailleur. . . Quelle source abondante d'observations et de réfiexions I a Ce sont là, comme dit Voltaire, des connaissances d'une
» utilité plus sensible et plus durable que l'histoire des y> batailles et des traités. »
On se demande quelquefois, par exemple, pourquoi, dans l'antique Egypte, chaque catégorie de travailleurs était, de père en fils, attachée au même métier. C'est que, entre l'industrie moderne et l'industrie ancienne, telle qu'elle existait alors en Egypte, et naguère encore, dans l'Inde, en Chine, au Japon, il y a une différence capitale. Sans doute, l'industrie a été la mère des sciences, mais, avant de produire les sciences et de subir leur direction, elle a été longtemps empirique. Par une série de tâtonnements plus ou moins ingénieux, on arrivait à la découverte d'un procédé, et c'était ce procédé qui se conservait dans la même famille et qu'on se léguait de père en fils. C'était un moyen d'empêcher l'industrie de déchoir ; c'en était un aussi (on l'espérait du moins) de la perfectionner. D'ailleurs le travail y était, à la vérité, très spécialisé, mais il n'y était pas divisé comme il l'est dans l'industrie contemporaine. Chaque ouvrier y accomplissait lui-même toutes les opérations de son métier ; s'il faisait une épingle, par exemple, il exécutait lui-même toutes la série des opérations très nombreuses dont chacune est exécutée aujourd'hui par un ouvrier différent, au grand avantage de la production. Ceci seul suffirait à faire comprendre que, malgré le degré de perfection où elle s'était élevée, l'industrie antique était bien loin de l'activité productrice de l'industrie moderne. Aussi les produits en -étaient-ils consommés surtout par les hautes castes, et là où elle n'était pas exercée exclusivement par des esclaves, elle l'était par des castes inférieures, réduites, comme eux, au strict nécessaire.
Cependant la spécialisation du travail avait produit ses effets naturels, c'est-à*dire, le commerce. Quand, au maximum de simplicité de la vie, le sauvage fabrique lui-
même ses armes et ses outils, sa hutte, sa pirogue et son vêtement, le commerce n'a pas de raison d'être; mais, aussitôt que le travail s'est spécialisé, chaque individu ne se suffisant plus à lui-même, il faut nécessairement qu'il y ait échange. Il achète les produits dont il a besoin avec ceux de ses propres produits qui excèdent sa consommation. L'échange direct devenant bientôt difficile, il se crée des intermédiaires, des commerçants. C'est une industrie nouvelle qui a pour but de mettre le producteur en rapport avec le consommateur, et le consommateur en rapport avec le producteur. C'est le commerçant qui devient l'agent des échanges. Les échanges se font d'abord en nature. Mais là se rencontre une nouvelle difficulté qu'il faut vaincre. Les marchandises sont rarement échangeables les unes contre les autres au gré du producteur et du consommateur. De là la nécessité de créer une marchandise de valeur déterminée qui puisse s'échanger contre toute espèce de marchandise. C'est la monnaie. — Toute cette série de progrès, naturellement enchaînés, avait été réalisée par les sociétés antiques. Ce serait, pour le maître, l'occasion d'exposer les principes généraux de l'économie politique ; ceux du moins, qui régissent la production et l'échange. Il ne s'agit point ici d'un enseignement abstrait, tel qu'on le trouve dans les auteurs, qui ont fait de cette science, selon l'expression de Thiers, « une littérature ennuyeuse ». Il s'agit de la prendre sur le fait, de la montrer à sa naissance et de la suivre dans son évolution. Cet enseignement concret n'aurçiit rien qui fût au-dessus de l'intelligence des élèves ; rien qui ne fût de nature à les intéresser profondément, comme il arrive toujours quand on leur montre clairement les lois mêmes de la vie.
Nous n'avons parlé jusqu'ici que du commerce intérieur et nous n'avons rien dit de l'industrie locomotrice. Il est
facile de comprendre qu'à mesure que les échanges se multiplient et qu'ils se font à de plus grandes distances, il devient nécessaire de créer des moyens de transport, soit par terre, soit par eau. De là les routes, les canaux, les charriots, les bateaux, les bêtes de somme, tous moyens de communication qui, plus que toute autre chose, contribuent au développement de la production, au progrès de l'industrie et, conséquemment, au bien-être général. Mais, avec le bien être s'accroissent les besoins et l'amour des richesses propres à les satisfaire. Les peuples, qui se sont développés isolément, cherchent à entrer en rapport avec les peuples voisins (nous ne parlons ici que des rapports pacifiques), afin de leur vendre le surplus de leur production et d'en retirer en échange, soit de la monnaie, soit des marchandises qu'ils ne produisent pas eux-mêmes et qu'ils désirent faire entrer dans leur consommation. De là le commerce extérieur, qui se faisait, sans doute, autrefois, comme il se fait encore aujourd'hui en Orient, par caravanes de terre ou de mer. Que des communications de ce genre aient existé entre l'Egypte et les peuples de l'Asie, il est difficile d'en douter. Le projet de percement de l'isthme de Suez, si heureusement exécuté par M. de Lesseps; n'est pas nouveau. Les Pharaons d'Egypte l'avaient déjà conçu, et ce n'est sans doute pas pour rien qu'ils avaient voulu réunir le Nil à la mer Rouge. Rien ne peut contribuer davantage à la diffusion de la civilisation que la diffusion des produits de 1 industrie; car cette diffusion exige la paix et la confiance réciproque, laquelle no repose que sur le respect de la justice, d'où naît le sentiment de la solidarité, la bienveillance entre les hommes, l'humanité.
Mais ce n'est pas seulement entre des peuples également civilisés que s'établissent des rapports commerciaux.
Plus encore que de nos jours, l'homme était enclin à exploiter l'homme. Partout les forts se jetaient sur les faibles pour les dépouiller. La piraterie de peuple à peuple et d individu à individu était générale Elle se cumulait môme avec le commerce. Les Phéniciens qui furent, comme on Ta dit des Hollandais, les oc rouliers de la mer » de ce temps là, les menaient parfaitement de front. Un autre genre d'exploitation, qui n*a pas encore disparu, poussait ces hardis navigateurs chez les peuples barbares,
ou plutôt enfants, bien plus nombreux alors qu'ils ne le sont maintenant, et Ton voyait se paiiser dans le monde ancien ce qui s*est passé dans le monde moderne après la découverte de TAmérique et de TOcéanie et la circumnavigation de TAfrique. Chargés de produits sans valeur, de verroteries, sans doute, de tissus aux couleurs voyantes i ils allaient sur les rivages de la Grèce, de l'Italie, de la Gaule, de l'Espagne, de la Bretagne, jusqu'à Thulé, uîtima Thule^ pénétrant probablement au fond de la Baltique, et, en échange de cette pacotille, ils obtenaient de la sauvagerie naïve ce qu'elle avait de plus précieux, de l'ambre, de l'or, de l'argent, du cuivre, de l'étain, des pelleteries. Ils furent les grands exploiteurs de mines de la haute antiquité.
Mais, en môme temps qu'ils exploitaient les barbares, ils servaient la civilisation, jetant partout des germes de leurs industries et de leurs connaissances. Ce fut eux, si l'on en croit la tradition, qui, après avoir emprunté aux Egyptiens les éléments de leur alphabet, le portèrent chez les Grecs et probablement sur tous les rivages qu'ils fréquentaient.
Le désir de s'enrichir, qui est ^l'âme du commerce, développa à un haut degré l'art de la navigation, et la navigation fut le principal véhicule du progrès. Enri-
chis par le commerce maritime et l'industrie qu'il suppose, les Phéniciens avaient dû croître en population ; c'est une corrélation nécessaire. Aussi les voyons-nous établir partout des colonies, ou plutôt des comptoirs, ainsi que le font de nos jours les Anglais. Avant Mines , ils étaient déjà axés dans toutes les îles de TArcbipeL Us fondèrent, sur la côte septentrionale deTAfrique, Garthage qui fut rhéritière de leur puissance et de leur génie. — Les germes semés en Grèce par les Egyptiens et les Phéniciens ne tardèrent guère à lever sur ce sol admirable* ment fertile, et la civilisation qu'ils avaient reçue, les Grecs la promurent encore. Portant jusque dans les arts industriels cet exquis sentiment du beau qui est leur marque distinctive, ils déployèrent une activité merveilleuse. La ruche Hellénique envoya de tous côtés des essaims propagateurs. Ils promenèrent le flambeau sur tous les rivages de la Méditerranée, en Afrique, en Sicile, en Italie, en Gaule; à la suite d'Alexandre ils réagirent vers rOrient et répandirent THellénisme du Nil jusqu'à rindus. Il y eut un monde grec, immense. Puis Rome hérita de la Grèce, et la lumière descendit encore vers l'Occident. Il se fonda un monde romain plus vaste que le monde grec, et les voies admirables qui, de Rome, rayonnaient de tous côtés jusqu'aux extrémités de l'empire ne furent pas seulement marquées par les étapes des légions. L'industrie les y suivit, traînant après elle la civilisation jusqu'au Rhin et jusqu'au Danube, jusqu'à la Seine et à la Tamise, et, par delà les Pyrénées, jusqu'à l'Océan, alors infranchissable, Oceanus dissociaiilis.
N'y a-t-il pas un intérêt puissant à suivre ainsi pas à pas la marche de la civilisation par l'industrie, qui représentait seule alors la science sous ^a forme empirique ? Qu'est-il resté du passé? de ses organisations politiques.
de 863 conquêtes, de ses religions, de ses philosophies ? Les organisations politiques se sont évanouies ; les conquêtes ont été effacées par d*autres conquêtes, les religions par d'autres religions, les philosophies par d'autres philosophies. Qu'est-il resté dupasse? Les conquêtes industrielles, en attendant les conquêtes scientifiques, ou, pour .mieux dire, l'alliance féconde de la science et de l'industrie. Quand les Barbares débordèrent de tous côtés, sur l'Empire romain, les Goths^ les Vandales, les Huns, les Francs, les Normands, puis les Arabes, puis les Turcs, le monde, en apparence, fut plongé dans une profonde nuit ; tout sembla périr. Seuls, les arts utiles ne périrent pas. Au milieu des fléaux qui les accablaient, les peuples continuèrent à labourer, à semer, à élever du bétail, à forger, à tisser, à bâtir; non seulement rien d'essentiel ne périt, mais pendant cette prétendue nuit du moyen âge, d'importantes découvertes furent faites qui devaient révolutionner le monde. Les Arabes inventèrent le moulin à vent qui « soulagea le malheureux cultivateur de la plus rude de ses peines » ; les Italiens inventèrent la boussole qui ouvrit aux navigateurs la mer sans borne ; les Hollandais inventèrent le télescope * , qui ouvrit à l'astronome l'immensité des cieux ; on fit, « avec du sable, des espèces de diamants polis de plus de cinq pieds de haut et de large qui réfléchissent tous les objets » ; un moine découvrit une poudre noire qui imitait la foudre et qui bouleversa l'art de la guerre ; un bourgeois de Strasbourg inventa l'imprimerie. Partout, sous l'influence de l'activité industrielle, la population s'était accrue ; partout des villes opulentes s'étaient élevées, et tandis que le flambeau pâlissait xle
' En réalité, l'invenlion du télescope et du microscope est pics moderne ; mais elle découle évidemment de celle des verres à lunettes qui remonte au xiii« siècle.
plus en plus à l'Orient, à l'Occident, il brillait d'un éclat de plus en plus vif. Le centre du mouvement commercial n'était plus à Tjr, à Alexandrie ou à Carthage ; il était à Gênes et à Venise. Tant que l'Océan put être considéré comme une barrière infranchissable, le commerce dut refluer vers l'Orient ; c'est par l'Orient qu'on essayait de communiquer avec l'Inde et le Cathay. La notion de la rotondité de la Terre suggéra à des esprits aventureux l'idée d'arriver à l'Extrême-Orient, ce pays des pierres précieuses, de l'or et des épiées, par la voie de l'Occident. Vasco de Gama essaya de contourner l'Afrique, doubla le cap de Bonne-Espérance et atteignit le but ; Christophe Colomb, naviguant tout droit devant lui, trouva sa route barrée par le continent de l'Amérique. L'axe du commerce du monde et de l'activité humaine était changé. Elle se porta de toute son ardeur vers ces régions nouvelles qui promettaient aux audacieux la réalisation de tous leurs rêves, et, surtout, la conquête rapide des métaux précieux, considérés comme la richesse par excellence. Des empires en voie de formation furent détruits ; d'autres dominations s'établirent à leur place. Le continent de l'Amérique fut doublé comme le continent de l'Afrique. Des hardis navigateurs s'élancèrent sur ce nouvel Océan qui ouvrait devant eux ses solitudes encore vierges, et ils abordèrent enfin à ces régions orientales qui les attiraient comme un mirage et d'où leurs ancêtres étaient peut-être partis. Le cercle s'était fermé. L'industrie humaine avait noué sa ceinture autour du monde. Les aventuriers et les conquistadores s'aperçurent bientôt que les richesses arrachées aux vaincus ne sont que des richesses précaires qui s'épuisent bien vite quand l'activité laborieuse ne les renouvelle pas. On quitta l'épée pour la charrue ; des colonies agricoles s'implantèrent partout et, avec elles, tous les arts
QtileSy qui sont la Traie sonrce de la fortune publique et privée. Un courant déplus en plus puissant d'échanges s'établit entre toutes les régions du globe et le commerce devint le moyen le plus assuré de s'enrichir.
Cependant l'industrie était encore bien loin d'avoir atteint tous ses développements. L'esprit ingénieux cherchait, pour ainsi dire, à tâtons ; il trouvait des résultats, il ne se les expliquait pas. « Il n'y entendait pas finesse », selon l'expression de Voltaire. Les lois naturelles travaillaient pour lui, sans doute; mais elles n'étaient pas à son commandement. Ce qui devait arriver arriva. L'esprit humain, qui ne peut s'arrêter avant d'avoir trouvé les causes des phénomènes, aiguisé et fortifié par le développement industriel lui-même, entreprit de les étudier directement. Par l'observation et l'analyse mieux conduites qu'elles ne Tavaient été chez les Grecs, il pénétra jusqu'à la connaissance intime de la matière et des lois mathématiques qui président à ses combinaisons. Alors enfin, il put faire travailler pour lui les forces de la nature obéissante, et une ère de merveilles, qui n'est encore qu'à son aurore, s'ouvrit aux yeux du monde ébloui. La vapeur, mettant en mouvement les plus puissants et les plus ingénieux mécanismes, est notre esclave ; avec une vitesse calculée et une rapidité prodigieuse, d'admirables véhicules, roulant ou voguant, nous conduisent, sans danger et sans fatigue, partout où nous emporte le vent de notre désir. Avec une rapidité bien plus grande encore, l'électricité nous instruit, à la minute, de tout ce qui se fait d'important sur tous les points du globe; bientôt elle éclairera, comme un soleil nocturne, nos villes et nos maisons. Avec une exactitude absolue, la lumière asservie reproduit à notre gré, les images des hommes et des choses. Encore un peu de temps, et nous naviguerons dans les airs plus sûrement et
plus commodément que sur terre. Nous pouvons nous entrenir à des distances énormes avec une personne chère dont nous reconnaissons la voix amie. Cette voix, nous pouvons la conserver, endormie, pour ainsi dire, l'emporter avec nous et la réveiller quand il nous plaît. Ce sont là les prodiges qui frappent le plus ; mais Theureuse influence de la science a pénétré toutes les branches de Tindustrie et les a toutes perfectionnées.
Il y a loin de nôtre outillage moderne à Toutillage de l'homme primitif. Pour habitation une caverne ou une hutte ; pour vêtement, sa nudité ou la dépouille sanglante des bêtes sauvages ; pour nourriture, des racines ou de la chair à moitié crue, la faim souvent ; pour armes et pour outils, une hache de pierre non polie. . . Et puis, avec le ^temps, tout cela se perfectionne peu à peu. La hache se polit ; de nouveaux outils s'y joignent ; des grattoirs^ des couteau j: ; puis l'arc et la flèche, le harpon et l'hameçon, des poteries grossières. Quelques animaux sont domestiqués ; quelques céréales cultivées ; quelques tissus ajoutés aux pelleteries ; des villages bâtis sur pilotis au bord des lacs, des pirogues creusées dans des troncs d'arbre. Pas de routes, peu de sécurité, peu de commerce ; probablement la guerre partout, de tribu à tribu, . . La découverte des métaux, du cuivre d'abord, puis du fer, donnent à l'activité humaine une impulsion puissante; le travail se spécialise de plus en plus, tous les arts utiles sont créés ; la population croit ; des groupes considérables se forment ; des empires se constituent ; une industrie ingénieuse, mais empirique, pourvoit, dans une mesure plus large, aux be* soins et aux jouissances de la vie. Le commerce se développe de nation à nation et les idées se répandent avec les produits. Des modifications s'opèrent dans la situation respective des peuples. Le sceptre de l'industrie passe de
192 LA QrESTIOX DU LàTIN
main en main, de FOrient à FOccident. Rien ne se perd de ses conquêtes ; des progrès importants se réalisent, mais ils sont plutôt le résultat d'heureuses trouvailles que de recherches bien conduites... Enfin, les sciences se créent et, par leur union avec Tindustrie, enfantent les merveilles dont nous- sommes le's témoins. . . La caverne et la hutte ont, depuis longtemps fait place à des palais, monuments superbes où Tarchitecture la plus grandiose est encore rehaussée par tout ce que les autres arts, la peinture, la sculpture, ont de noblesse, d*agrément et de délicatesse ; où se trouve réuni non-seulement tout ce qui peut satisfaire les besoins essentiels de Thomme, mais tout ce que peuvent rêver le goût le plus voluptueux et le luxe le plus raffiné. Au lieu de la peau de bête qui couvrait à peine la nudité frissonnante du sauvage ou de sa femelle, des étoifes moelleuses et souples, de riches tissus, où se joue la fantaisie et que relève toute la magie des couleurs, drapent la mâle stature de lliomme ou la grâce élégante de ga compagne. Les scintillants chefs-d'œuvre de l'orfèvrerie et do la joaillerie ont écarté de sa gorge délicate les colliers de dents, de vertèbres et de cailloux. Au lieu des aliments grossiers et répugnants qui faisaient la nourriture du primitif, l'ordonnance magnifique de nos tables étale dans le Sèvres et le Japon, dans l'or et l'argent ciselés par des mains d'artiste, les mets les plus exquis, les fruits les plus rares, les fleurs les plus éclatantes, les vins les plus précieux, qui rient ou pétillent dans des coupes de cristal. Nos marchés regorgent des produits du monde entier. Les instruments de précision que l'industrie met au service de la science, l'acier de la trempe la plus fine et forgé pour tous les usages, depuis le scalpel du chirurgien jusqu'à l'épée du soldat, ont remplacé les grossiers outils en pierre taillée. Le tronc d'arbre creusé en forme de pirogue
s'est insensiblement transformé en paquebot à vapeur ou en vaisseau de guerre cuirassé ; Tare et la flèche, en canons et en mitrailleuses. Nous mettons trois fois moins de temps pour aller à Moscou que nous n'en mettions, il y a cinquante ans, pour aller à Marseille. Cinquante ans ! Ce demi-siècle est un demi-siècle de prodiges. Nous- sommes les contemporains de toutes ces inventions ; nous avons assisté à la naissance de la navigation à vapeur, des chemins de fer, de la télégraphie électrique, de la photographie, de la galvanoplastie, delà spectroscopie, du téléphone, du phonographe, etc., etc. Du fusil à pierre qui fut Tarme de notre jeunesse, nous sommes arrivés au fusil à répétition et aux effrayants progrès de l'artillerie. Où s'arrêtera l'industrie humaine ?. . . Elle ne s'arrêtera pas ; du moins à peine est-elle à ses débuts. Nul de nous ne peut prévoir, même en rêve, les merveilles de l'avenir. Notre postérité lointaine nous considérera, sans doute, avec cette pitié un peu dédaigneuse que nous éprouvons pour nos lointains ancêtres. Et pourtant, si quelqu'un d'eux pouvait renaître un instant, ne nous prendrait-il pas pour des dieux ?
Voilà pour les produits ; mais le producteur ne méritet-il pas d'être étudié pour lui-même ? Le travailleur de nos jours est-il réellement plus heureux que le travailleur préhistorique? Sa condition s'est-elle améliorée dans la même proportion que son industrie ? La question du bonheur est une question très complexe et fort difficile à résoudre. Le bonheur est chose subjective au moins autant qu'objective. On n'éprouve ni le besoin, ni la privation de ce qu'on ignore. Peut-être, nos primitifs ancêtres, dans leur liberté originelle, avant que la lutte entre les groupes humains eut amené partout la sujétion ou la servitude, enfermés qu'ils étaient dans la satisfaction facile de leurs
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besoins animaux, n*étaient-ils pas plus malheureux que nous? Mais, s*il faut mesurer le bonheur à la quantité de jouissances objectives (ce qui est le point de vue industriel), on ne peut nier que la condition du travailleur n'ait été toujours en s*améliorant.
Au sortir de la période préhistorique nous le trouvons en Egjpte et, probablement, dans toutes les grandes sociétés asiatiques, confiné dans des castes inférieures, produisant, surtout, pour des castes supérieures, guerriers ou prêtres, qui prélevaient la plus grande part du miel de la ruche, et la plus délicate, mais qui laissaient nécessairement aux abeilles une portion suffisante pour satisfaire leurs besoins essentiels. Et, quelle que fut Tinfimité de leur condition, il est manifeste que la nourriture, le vêtement, rhabitation, Texistence matérielle, en un mot, était plus confortable et moins précaire que dans la période antérieure. — On ne saurait dire que la condition du travailleur se soit réellement améliorée, si même elle n'a pas empiré, pendant la période Gréco-Romaine. Le travail, en effet, fut presque absolument entre les mains des esclaves ; il fut œuvre serviU, et c'est là ce qui Ta marqué, ce qui, malheureusement encore, et bien injustement, le marque d'un caractère d'infériorité. Cet agriculteur, cet artisan, sur qui repose tout l'édifice social, qui ne se maintiendrait pas deux jours sans eux, ont été longtemps considérés comme des bêtes de somme, ne méritant que le dédain des oisifs. La Chine seule a fait exception. Chaque année, l'empereur de cinq cent millions d'âmes ne dédaigne pas de labourer solennellement un champ, rendant ainsi un pieux hommage à l'agriculture, nourrice du genre humain. Le moyen âge, tant décrié, vit s'accomplir une révolution profonde. Le travailleur s'affranchit; le travail devint libre et déploya dès lors une féconde acti-
vite. Cependant, il n'atteignit pas de plein saut la liberté conaplète. La liberté y prit la forme du privilège. Organisés en corporations de métiers, les ouvriers ne furent point libres vis-à-viô des maîtres, et ceux-ci même ne le furent guère vis-à-vis du pouvoir royal. Une réglementation oppressive entravait tout. La Révolution française brisa ces dernières entraves, et restitua le travailleur, comme le citoyen, dans sa liberté originelle. Les effets de Tabolition des maîtrises et des jurandes ont été, quoi qu'on puisse dire, des plus heureux. C'est à la liberté de l'industrie, sachons-le bien, que sont dus, pour la plus grande part, les progrès merveilleux qui ont illustré ce siècle. Grâce à une organisation plus scientifique, mieux secondée par la puissance du capital ; grâce surtout à une intelligente division du travail, la production s'est accrue dans des proportions énormes, et la rapidité croissante de la distribution des produits a fait de la terre entière un seul marché. Chacun de nous, si humble qu'il soit, moyennant la contribution de son .propre travail, jouit légitimement, non seulement du produit du travail de tous ses contemporains, mais de celui de toutes les générations antécédentes. Nous travaillons chacun pour tous et tous pour chacun. D'où il résulte avec évidence que chacun reçoit de la société une somme de jouissances incomparablement plus grande que celle qu'il produit lui-même. C'est une vérité qu'un professeur intelligent n'aura pas de peine à mettre en lutnière d'une manière concrète, en prenant un travailleur quelconque et en comparant les consommations de toute espèce qu'il fait, et qu'il achète du produit de son travail, avec ce produit lui-même. Il ressortira clairement de ce tableau la notion de la solidarité humaine, le sentiment de la fraternité universelle, la nécessité d'abaisser de plus en plus les barrières qui séparent
les peuples, afin qu'ils travaillent tous, dans la paix et dans la concorde, à augmenter le bonheur commun. C est là l'avenir, c'est là le but de Thumanité : le progrès indéfini tendant à faire de tous les hommes les membres conscients et dévoués d*uue môme famille. Cette loi, manifestement écrite dans les faits, réduit à leur juste valeur ces prétendus hommes de génie, moralités inférieures, esprits étroits et brutaux, en voie de régression vers la barbarie, qui se^croient grands parce qu'ils régnent un jour en divisant les peuples par Tégoïsme, Tenvie et la haine, mais qui n'ont jamais rien fondé, parce qu'on ne fonde rien de durable contre les lois de la nature.
Est-ce à dire que la liberté absolue du travail et la condition actuelle des travailleurs soient le dernier mot du progrès industriel ? D'où vient alors cette plainte universelle qui s'élève du fond des classes ouvrières de tous les pays et qui, sous le nom de socialisme, jette perpétuellement le trouble dans les sociétés menacées d'un bouleversement complet ? C'est qu'il y a scission entre le capital et le travail, que leurs droits respectifs ne sont pas clairement délimités, qu'ils cherchent à usurper l'un sur l'autre, et qu'ils sont en état de guerre ; que les deux partis, au lieu de se concilier selon les règles de la justice, ne songent qu'à s'organiser pour la lutte et à se faire le plus de mal possible. La haine est mauvaise conseillère. Que chaque parti s'organise pour la défense de ses intérêts, c'est bien; mais qu'après s'être organisés, ils examinent. Que chacun d'eux se mette par la pensée à la place de l'autre; qu'il se demande quelle serait alors la mesure de ses exigences et qu'il se pénètre bien de cette maxime : « Agissez envers autrui comme vous voudriez qu'il agît envers vous-même ». Cela fait sincèrement, on serait bien près de s'entendre. Le problème,
en effet, est-il aussi insoluble qu'on veut bien le dire? Certes, nous sommes trop incompétent en ces matières pour avoir la prétention de a résoudre la question sociale en cinq minutes ». Pourtant nous avons notre petite solution, nous aussi, et nous vous demandons, indulgent lecteur, la permission, non de vous la proposer, mais de vous la soumettre. C'est peut être un hors-d*œuvre ; mais, si ridée est bonne, avouez qu*il serait fâcheux qu'elle restât sous le boisseau.
Toute entreprise bien conduite doit donner un produit net. A qui doit .appartenir ce produit net ? — Au travail. — Le capital dit : à moi ; autant que possible, il se l'adjuge et, afin de le grossir, il réduit les salaires au minimum ^ c'est-à-dire, tout au plus à ce qu'il faut au travailleur pour vivre au jour le jour. La raison alléguée par le capitaliste pour justifier sa conduite, c'est que seul il court des risques et que, par conséquent, seul il a droit aux bénéfices. D'où il résulte qu'on lui ôterait son droit exclusif aux bénéfices si on le garantissait contre les risques. — Peut-on lui donner cette garantie? — Oui. — Comment? — Par une assurance. — Et quel sera l'assureur ? — L'Etat.
Quand on considère l'industrie nationale dans son ensemble, on s'aperçoit aisément qu'il faut qu'elle fasse non seulement ses frais, mais encore des bénéfices ; car c'est par l'appât de ces bénéfices qu'elle se procure des capitaux, lesquels, autrement, se placeraient plus volontiers dans les fonds publics ou sur hypothèque, parce qu'ils y trouveraient plus de sécurité. Il y a bien toujours quelques entreprises qui périclitent, comme il y a dos maisons qui brûlent ; ce qui n'empêche pas les compagnies d'assurances de prospérer. Ceci posé, analysons. Dans toute industrie, il y a le capital sous toutes ses formes, mais qui peut toujours s'évaluer en argent, et le travail sous toutes ses
formes qui peut aussi s'évaluer selon son importance. Le capital, assuré ou garanti par TEtat, moyennant une prime payée sur les frais généraux de l'entreprise, n'a plus droit qu'à son loyer dont le taux est facilement déterminé par la cote des fonds publics. Du moment, en effet, que TEtat assureur garantit au capitaliste son capital, il n'y a pas de raison de distinguer entre les capitaux prêtés à rindustrie et les capitaux prêtés à l'Etat. Si les uns se contentent de quatre pour cent, on ne voit pas pourquoi les autres exigeraient neuf ou dix et quelquefois bien davantage. — La question du capital réglée, reste à régler la question du travail. La chose ne semble pas plus difficile . — Il existe nécessairement dans le travail industriel une hiérarchie de fonctions. Il y a des directeurs, des ingénieurs, des comptables, des conducteurs de travaux, des compagnons, des manœuvres. Chacune de ces catégories de travailleurs touche des salaires en rapport avec l'importance de ses services. Rien à changer à cela ; il faut vivre en attendant le bénéfice net, qui ne se produit qu'au bout de Tannée. Nous arrivons au bout de l'année ; le capital désintéressé, il n'y a plus qu'à se partager le bénéfice au prorata des salaires, puisque les salaires sont en proportion des services. — Et s'il n'y a pas de bénéfice net ? — Il n'y aura pas de partage. — Et s'il y a un déficit ? — Il n'y aura pas de déficit, puisque le capital est garanti. De cette façon, croyons-nous, les rapports du capital et du travail seraient équitablement réglés". Sans rien changer à Torganisation actuelle de l'industrie, chaque entreprise deviendrait, à son grand avantage, une société en participation. Il se ferait, peut-être, de moins grosses fortunes ; mais l'aisance serait plus généralisée, et nous aurions la paix et la bienveillance réciproque là où nous avons la guerre et la haine. « Ni exploi-
teurs, nr exploités », c'est la devise des honnêtes gens '.
Nous aurions encore bien des choses à dire sur cet intéressant sujet. A. côté de notre théorie de VEtat assureur, nous avons une théorie aussi heureuse de VElat banquier. Mais nous ne voulons pas abuser de Tindulgence du lecteur en greffant un hors-d'oeuvre sur un hors-d'œuvre, et nous la réservons pour le vingtième siècle *. Aussi bien, notre méthode n'est pas dogmatique, mais historique ; il ne s'agit pas d'enseigner ce qui doit être ou sera, mais ce qui a été et ce qui est.
Nous en avons dit assez pour faire comprendre quelle large carrière l'histoire de l'industrie ouvrirait à un professeur spécialisé. Il y trouverait, entr'autres choses, la meilleure occasion d'enseigner d'une manière concrète V économie politique en ce qu'elle a d'essentiel ; la géographie générale par l'histoire de la navigation au service du commerce, et la géographie commerciale par le tableau des échanges actuels entre toutes les nations du globe ^.
Nous, ne pouvons nous empêcher de penser qu'il y a moins d'agrément et de profit à éplucher des thèmes et à ressasser des subtilités grammaticales.
1 Nous avons à peine besoin de dire que, si on est en même temps capitaliste et travailleur, on touche et comme capitaliste et comme travailleur.
« L'État assureur serait par cela même l'État banquier^ car, da moment qu^une association quelconque aurait obtenu sa garantie, elle n^aurait nulle peine à trouver le capital dont elle aurait besoin au taux même des fonds publics. 11 n'y a qu'une difTérence entre les deux cas. Dans le premier, le capital existe ; il le garantit moyennant une prime d'assurance. Dans le second, il existe une compagnie ou association qu'il juge sérieuse et, en lui promettant, moyennant la même prime , la garantie du capital cherché, il lui rend facile l'invention de ce capital.
* Il y trouverait aussi, au besoin, l'occasion d'enseigner, d'une manière concrète, la chimie et la physique, dans leur généralité, par leurs applications à Tindustrie moderne qui leur doit ses plus étonnantes découvertes.