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sinon entre les idées, au moins entre les intérêts. La cité antique était fondée tout entière sur cette institution ; on ne pouvait guère y toucher sans l'ébranler elle-même. C'est ce qui fait que des hommes comme Aristote en étaient encore à proclamer la légitimité de Tesclavage. i Mais bien avant lui, d'autres philosophes (c'est lui-même qui le constate) avaient proclamé que la nature ne fait pas d^esclave : 9071^ {leSrjva 6ouXov ic&icoiTixs. Les écrivains latins sont remplis des mêmes affirmations : « Maîtres et es* claves, nous sommes tous pétris du même limon », dit Juvénal. Le principe était posé ; l'abolition de l'esclavage n'était plus qu'une question de temps. Aussi, malgré la chute de l'empire et l'invasion de Barbares non moins grossiers que les Hyksos, se transforma- t-il facilement, sous l'influence du christianisme, en servage de la glehe^ acheminement certain vers la liberté. Ce que la civilisation gréco-romaine nous a légué, c'est la conception de l'égalité sociale succédant, dans la cité, à l'inégalité issue de la conquête. C'est là son grand mérite et le plus signalé service qu'elle ait rendu à l'avenir.
Quand la civilisation gréco-romaine mourut, pour ainsi dire, d'épuisement moral, il y eut une période de régression sociale. La barbarie ramena les peuples conquis à ces formes d'organisation depuis longtemps dépassées et dont Rome et la Grèce avaient eu tant de peine à sortir. On vit renaître partout, en Europe, le régime des castes et l'inégalité, source de tant de maux. Le monde lutte encore pour s'en dégager. C'est là le grand combat de l'heure présente. Quelle en sera l'issue définitive ? La victoire, assurément, pour la cause de la justice et du progrès. La direction est bien tracée et l'humanité ne s'arrêtera certainement pas dans sa marche ascendante. Mais la victoire peut coûter cher. Cela dépendra de la mesure
dans Fattaque et de la mesure dans la résistance. La claire notion de révolution sociale de 1 humanité à travers les siècles peut tempérer l'une et Tautre, en calmant les impatiences par la certitude du succès final et décourageant les réiistances par la conscience de Tinutilité de la lutte et de ses périls La prétention des grands politiques de barrer le mouvement en avant n'est qu'ignorance, ineptie ou folie. Les véritables hommes d'Etat sont ceux qui le comprennent, le contiennent et le dirigent.
On a cherché à la liberté moderne une origine germanique. C'est là, selon nous, une grave erreur. Son origine est dans ce qui, après Tinvasion des Barbares, était resté debout des souvenirs, des institutions et des monuments du passé. C'est le caractère même du progrès que ce qui a été, une fois, dégagé de vérité, malgré des perturbations et des éclipses plus ou moins longues, ne périsse jamais tout à fait. C'est la somme des vérités ainsi dégagées et successivement ajoutées qui a fait de la civilisation grandissante la loi manifeste de Thumanité. Ce sont, comme toujours, les asservis (chez nous les Gallo- Romains) qui revendiquèrent leur liberté, non seulement la 'liberté naturelle, mais la liberté dont avaient joui leurs pères et qui leur avait été injustement ravie. La loi romaine, lex romana, fut, en Occident, 1 initiatrice de cette révolution qui commença par Taffranchissement des communes et finit par l'abolition du régime barbare des castes et la proclamation de l'égalité. Nous sommes ainsi rentrés dans la tradition gréco-latine, en l'élargissant. Les derniers vestiges de la féodalité ont à peu près disparu chez nous. Ils sont en train de disparaître partout. C'est que la liberté, -quoi qu'on puisse dire, ne suffit pas, fùt-elle complète, tant qu'on ne possède pas l'égalité ; parce que l'égalité n'est pas Seulement la justice, c'est encore et sur-
tout lu dignité. Les plébéiens romains se souciaient, sans doute, médiocrement d'épouser des patriciennes, quand ils demandaient le connudium ; ce qu'ils voulaient , c'était effacer cette inégalité du sang qu'ils considéraient, avec raison, comme une injure.
C'est ce qu'avait fort bien compris l'Assemblée nationale quand elle déclarait, en tête de la constitution de 1*791, qu'il n y avait plus « ni titres de noblesse, ni distinction de » naissance, ni aucune autre supériorité que celle des fonc- » tionnaires publics dans l'exercice de leurs fonctions. » — a Les hommes qui ont écrit ces choses, disions-nous, » il y a douze ans, n'étaient pas des démagogues ; ce ne » sont pas les Montagnards de la Convention ; ce n'est ni » Robespierre, ni Saint-Just, ni Marat, ni Gracchus Ba- » bœuf. Ce sont les hommes de la Constituante, les re- » présentants de la Noblesse, du Clergé, du Tiers-Etat ; » ce n'étaient pas des hommes nouveaux, c'étaient des » hommes qui, pour la plupart, avaient de longues racines » dans l'histoire de notre pays et que distinguait la hau- » teur du talent et du caractère; c'étaient les Sieyès, les » Mirabeau, les La Fayette ; et l'on peut voir quelle im- » portance ils attachaient à l'abolition des institutions qui » blessaient l'égalité des droits. Ces nobles abolissaient la » noblesse, les distinctions héréditaires, les titres, les dé- » corations ; ils n'admettaient de supériorité que celle des » fonctionnaires publics dans l'exercice de leurs fonctions. » Tous ces esprits éclairés des lumières de la philosophie » comprenaient à merveille qu'il ne peut y avoir de liberté » plénière que là où règne l'égalité absojue des droits. Mais » ce n'était pas seulement le respect théorique des principes » qui les guidait dans cette œuvre de nivellement, d'effa- » cément d'un passé dont ils faisaient partie et dont ils » avaient vécu jusque là. Mus par un sentiment supé-
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» rieup de patriotisme, voulant créer une nation homogène » afin de rendre à jamais impossible le retour du despo- » tisme toujours fondé sur Tinégalité, ils ne voyaient rien D de mieux à faire que d'effacer, en même temps que les 9 distinctions de castes, tout ce qui peut les rappeler, les » perpétuer ou les faire naître. Qui oserait dire qu'ils se » trompaient?. . . » C'est vers l'égalité des droits qu'évolue Thumanité ; non plus une égalité théorique, vainentient inscrite dans les lois, mais une égalité effective. Il faut que, dans la cité, chaque membre puisse être considéré comme Tégal de tout autre par l'éducation qu'il reçoit et les droits dont il jouit. Sans viser à l'égalité chimérique des conditions, il faut que l'écart entre les fortunes soit réduit au minimum possible ; ce qui ne peut se faire qu'en distribuant les produits de l'activité sociale de telle manière que chacun en obtienne sa part légitime et que le fruit du travail n'aille pas s'accumuler tout entier entre les mains de ceux qui ne travaillent pas. L'égoïsme ot la cupidité prennent toutes les formes, et ce serait la pire des duperies d'avoir, à si grand'peine, aboli les castes guerrières et sacerdotales pour les remplacer par des usuriers et des agioteurs. Le miel aux abeilles I II n'est pas bon que les uns nagent dans les délices tandis que les autres meurent de faim. Montesquieu, qui n'était pas un démagogue, a écrit, depuis plus d'un siècle, cette phrase qui devrait nous faire réfléchir : « Quelques aumônes que » l'on fait à un homme nu dans les rues ne remplissent » pas les obligations de l'Etat, qui doit à tous les citoyens » une subsistance assurée, la nourriture^ un vêtement con- » venable et un genre de vie qui ne soit pas contraire à » la santé,., » Il n'est que trop évident qu'une grande partie du peuple, chez les nations de l'Europe qui se considèrent comme les plus civilisées, est au-dessous de ce
minimum, tandis qu'un trop grand nombre dMndividus, qui n'ont jamais produit la valeur d'un épi, trouvent, dans Tagiotage et la spéculation malsaine, le moyen de réaliser, en quelques années, des fortunes qui se chiffrent par centaines de millions. Ce simple contraste suffit à juger une civilisation.
Si, au lieu de traquer comme des malfaiteurs ceux qu'on appelle des socialistes et qui ne sont, en somme, que des intelligences en quête de la justice, nos prétendus grands hommes d'Etat étaient assez honnêtes pour prendre loyalement la direction de cette recherche, les sociétés arriveraient pacifiquement à la réalisation de leur idéal. Mais il faut bien le reconnaître, malgré les bruyantes manifesta* tiens d'une philanthropie peu éclairée, dans chaque société c'est le principe de l'égoïsme qui domine encore plus ou moins; c'est à-dire la prépondérance de certains intérêts particuliers sur l'intérêt général. Ce n'est pas pour le peuplo qu'on gouverne ; c'est pour des dynasties, des aristocraties ou des ploutocraties. Quant aux rapports des peuples entre eux, nous en sommes encore à Tétat de nature. Malgré les hypocrisies de ce qu'on appelle le droit des gens, c'est la force brutale qui règne. Les nations se permettent les unes contre les autres, sans aucune pudeur, que dis-je? avec un stupide orgueil, ce qu'elles poursuivraient, dans des individus, comme les plus infâmes, les plus lâches et les plus criminels attentats. — Cela finirat-il? ~ Oui, sans doute ; car, selon l'expression d'un philosophe allemand, « l'histoire humaine est la réalisation » progressive de l'idéal de l'universelle justice par l'es- » pèce entière. ï» — Mais quand cela finira-t-il ? — Quand à la division, à la jalousie, à la haine, produites par la cupidité féroce de l'égoïsme individuel, familial, social, national, sous Tinâuence aveugle du principe égoïste :
ehneun pour soi, succédera, gous Tinfluence éclairée du principe altruiste : diacun pour tous et tous pour chacun, une fraternité bienveillante, désintéressée, loyale, qui supprimera partout la lutte et la guerre, reléguant les hommes de ruse et de proie, aujourd hui au pinacle, dans les basfonds de la société, parmi les malfaiteurs, aux conôns de Tanimalité brute, où se trouve leur véritable place.
De même que, partant de la matière élémentaire, la nature, en vertu de sa force intime, procède inconsciemment, à travers une série d'organismes de moins en moins imparfaits, vers une forme d'organisation capable d'incarner la raison humaine ; de même l'homme, parti de l'état intellectuel le plus rudimentaire, procède inconsciemment, à travers une série de systèmes sociaux de moins en moins imparfaits, vers une société idéale où régneront enfin la vérité et la justice. La vérité et la justice, voilà le double objectif de l'humanité ; elle y marche lentement, fatalement, à travers Terreur et l'iniquité décroissantes. C'est la lutte d'Ormuzd et d'Ahrimane, lutte accidentée de succès et de revers, mais de laquelle Ormuzd est assuré de sortir vainqueur. C'est l'histoire de cette lutte qui constitue l'évolution de l'humanité au point de vue social. C'est le tableau de cette évolution que le maître spécialisé devra placer sous les yeux de ses élèves, depuis la famille primitive errant à l'aventure dans les bois, espèce de monère sociale, « organisme sans organes », jusqu'à nos sociétés modernes d'une organisation si savante et si compliquée. Tous les états intermédiaires forment comme autant d'échelons qui mènent de l'une à l'autre ... « Mais cela, dira t on peut-être, c'est l'ensei- » gnement de l'histoire. . .» — Sans doute ; mais c'est l'histoire en raccourci, l'histoire étudiée non au point de vue des faits, mais au point de vue des idées. Ce n'est pas
l'histoire des dynasties, des guerres et des alliances, des victoires et des défaites prises en elles-mêmes^ mais l'histoire des civilisations qui se succèdent et s'engendrent les unes lés autres. Tous les faits qui ne rentrent pas dans ce cadre, et l'amas en est énorme, sont insignifiants pour nous et doivent être négligés.
Le cours d'histoire de nos lycées dure au moins huit ans. Que reste- t-il dans l'esprit des élèves de ce fouillis de faits et de dates qu'il faut, bon gré mal gré, se loger dans la cervelle, si l'on tient à être convenablement placé dans les compositions ? Zéro, rien ; un grand mal à la tête et je ne sais quel penchant misérable à attacher de l'importance à des bagatelles. On ne sait juger de quoi que ce soit ; on est incapable de lier deux idées, mais an peut dire en quelle année, à peu près, Nabuchodonosor a été changé en bête. Voilà ce qui fait l'admiration des pères do famille et surtout des mères. Juvénal s'en moquait déjà dans la satire des gens de lettres :
Exige, maintenant, ô père trop avare,
Du précepteur d'un fils, le savoir le plus rare,
Afin que s'il le plaît, sur quelque fait notable, L'interroger toi-même, en te rendant au bain, Son e'rudition te réponde soudain ; Qu'il puisse te nommer la nourrice d'Anchise ; Que, sans balbutier, d'Anchémole il te dise Quelle fut la marâtre et cite son pays ; Combien ve'cut Aceste ; aux Troyens ébahis Combien dûmes le vieux héros, roi do Sicile, Fit donner, au de'part, d'un bon vin de son île.
De bonne foi, ne sont-ce pas là les faits notables que nous enseignent nos savants professeurs, bien capables, certes, de faire une meilleure besogne. Tout ce que nous apprenons de l'antiquité, tout ce que nous en retenons d'utile,
nous le devons, non à renseignement direct de Thistoire, mais à l'étude des langues anciennes; du grec et du latin, qu'on parle de supprimer. Ce cours d'histoire, qui dure huit années, avec si peu de fruit, peut être fait en un an, si Ton veut, devant des jeunes gens de quinze ans, avec grand intérêt et grand profit. Et cela, d'autant plus aisément que, tout notre enseignement étant historique, toutes les parties de cet enseignement, au lieu de se gêner et de se contrarier, s'appuient, se soutiennent, se pénètrent et se complètent les unes des autres.
Un esprit d'une haute portée, d'une science encyclopédique, servi par une méthode supérieure, Littré, appelé en 1870 à faire un cours à l'École polytechnique, nous a tracé un programme à'histoire universelle qui devait tenir en vingt-trois leçons. Encore y faisait-il entrer toutes les formes de développement qui sont, dans notre système, l'objet d'autant de cours spéciaux. Dans une introduction magistrale, il établit, à son point de vue, qui est aussi le nôtre, ce que doit être cet enseignement, a Mon intention, » dit-il, n'est pas de vous raconter une histoire particu- » lière, celle des Grecs ou des Romains, des Français ou » des Anglais, ni une histoire de telle ou telle période, » l'antiquité ou le moyen âge, le seizième siècle ou le » dix- septième. A quoi cela vous servirait -il f Ce ne serait » jamais qu'un petit fragment de l'ensemble des choses )) historiques. Outre que la moindre lecture d'un de nos » livres d'histoire vous serait plus profitable qu'un pareil » cours, je veux vous donner ce que vous ne trouveriez » pas dans ces livres, à savoir un enseignement qui soit » un fil conducteur dans le dédale des événements^ signalant, » à travers le fortuit et l'accidentel, un enchaînement )) nécessaire et montrant les conditions essentielles des » sociétés et le but de l'humanité. En un mot, ce que je
» prétends vous exposer, même en si peu de leçons, c'est » r histoire générale, les faifs fondamentaux qui la carotté- » risent et les lois que V induction en tire, »
L'histoire ainsi entendue n'est, comme on voit, pas autre chose que la sociologie ; non la sociologie abstraite, mais, selon la méthode qui domine tout notre système, la sociologie concrète, telle qu'elle, résulte de Fétude et de Tobservation des différents états sociaux qui se sont effectivement succédé ou qui existent encore sur la terre. Ce qui se dégage, avant tout, du spectacle des sociétés humaines considérées dans Tespace, c*est une idée de hiérarchie. « Depuis le sauvage de la Nouvelle-Hollande qui n'a » à sa disposition qu'un vocabulaire très restreint, peu » d'idées et un outillage tout à fait rudimentaire, jusqu'à » l'Européen civilisé, il est une série de degrés que l'on » constate à première vue. » Ce qui se dégage du spectacle des sociétés humaines considérées dans le temps, c'est une idée d'évolution. « De quelque manière qu'on » envisage les sociétés, soit dans leur groupement actuel » sur la surface du globe, soit dans leur enchaînement le » long du passé, on y reconnaît un mouvement intérieur » et spontané qui les porte d'un état inférieur à un état » supérieur. Cela est vrai pour l'ensemble, quels que » soient les accidents qui surviennent à des peuples parti- » culiers et quelque perturbation que subisse la trajectoire n de la civilisation. »
« Ceci, constaté dans tous les lieux et dans tous les » temps, est le grand fait historique qu'il faut garder dans » l'esprit, et en vue duquel on négligera tout l'accidentel » et le fortuit. Il y en a beaucoup dans V histoire ...»
« L'histoire, a-t-on dit jusqu'à présent, est le récit des » événements qui se passent chez les peuples et entre » les peuples. L'histoire, disons-nous maintenant^ est la
» rechtrche des conditions qui font que Us états sociaux suc- » cèdent les uns aux autres dans un ordre déterminé. De la » sorte, les événements prennent un rôle secondaire; » produits par les passions et les intérêts qui poussent les » peuples et les chefs de peuples, tantôt i's servent le » mouvement spontané de Thumanîté, tantôt ils y nuisent; » mais, tout compensé, et la compensation coûte quelque- > fois bien cher, ils sont dominés par ce mouvement » même, et, dans leur conflit désordonné, ils ne parvien- » nent ni à l'annuler, ni à le détourner, sans retour, de » sa voie. »
Ceci seul suffirait à tracer nettement une direction ; mais Littré avait cru devoir donner in extenso le programme de ses leçons, et nous le transcrivons ici, non pour enchaîner la liberté du maître, mais parce qu'on y peut trouver une indication des plus utiles :
V^ leçon : Introduction générale à l'étude de l'histoire.
2® leçon : La terre et l'homme.
3® leçon : L'homme préhistorique et l'homme sauvage.
4' leçon : Comme, entre l'homme préhistorique et les Égyptiens, dont la civilisation apparaît toute formée, une lacune existe, j'intercalais une civilisation intermédiaire dont je prenais le type chez les Mexicains et les Péruviens.
5' leçon : Les Égyptiens.
6® leçon : Les Babyloniens.
7*^ leçon : Les Indiens et les Iraniens.
8° leçon : Les Juifs et les Phéniciens.
9*^ leçon : Séparation des peuples progressifs et des peuples improgressifs, qui semblent, jusqu'à celte date, confondus. Chinois.
10° leçon : Considérations générales au sujet de l'antique civilisation fondée sur l'empirisme et les arts industriels.
11® leçon: Commencement de la civilisation fondée sur la science. Les Grecs. .
12® leçon : Les Romains. Formation d'un corps politique soutenant et propageant la civilisation.
13^ leçon : Empire romain. De'cadence du polythéisme grécoromain. Élablissement du christianisme.
14® leçon : Empire barbare. Conquête de la Germanie par Charlemagne Formation des langues ne'o-latines. Transmission laborieuse du savoir antique à TOccident.
15® leçon : Moyeii âge, catholicisme, féodalilë, arts, poésie et science de cette période.
16® leçon : Arabes, leur histoire ; introduction, dans l'Occident, de leur savoir, qui est tout grec; demi-Renaissance.
n® leçon : Dissolution du régime catholico-fe'odal durant le quatorzième siècle et le quinzième. Les grands schismes.
IS** leçon : Docouverte de l'Amérique.
19^ leçon : Seizième siècle : Réforme. Rabelais, Montaigne, Cervantes, Shakspeare.
20® leçon : Dix-seplième siècle : les grandes monarchies. Formation d'un art en rapport avec elles, dorigine française, et prenant un grand ascendant en Europe. Progrès rapide des sciences: astronomie et physique.
21® leçon: Dix-huitième siècle: l'équilibre europe'en. Fermentation de l'esprit d'examen, d'incre'dulilo et de re'volution. Constitution de la chimie et de la biologie.
22® leçon : ReVolution française. Rénovation de l'art, de la poésie, de l'esthétique. Développement continu des sciences. Constitution de la sociologie.
23® leçon : Marche et but de l'humanité \
Nous ne donnons point ce programme comme quelque chose de parfait en. soi et d'invariable. Littré a reconnu lui-même qu'il l'avait tracé à la hâte. Nous voulons, surtout, montrer qu'il sera toujours facile à un esprit suffisamment spécialisé d'embrasser, en un nombre de leçons relativement restreint, tout ce qu'il y a de significatif et
* Du simple examen de ce programme, il ressort clairement que c'est dans ce cours que doit trouver sa p'ace renseignement de la géographie politique sous sa forme historique;
d'intéressant dans Thistoire de Thumanité. Cela lui sera même d'autant plus aisé qu'il se trouvera débarrassé du soin d'étudier, dans leur détail, les formes de développement qui, dans notre système, sont l'objet de cours spéciaux. Sans doute, tout se tient dans l'évolution humaine; toutes les formes de développement sont contemporaines et concomitantes du développement social ; elles doivent toutes entrer pour une certaine part dans l'histoire de ce développement. Mais chacune d'elles est assez importante pour fournir à un enseignement particulier. Il n'y a, d'ailleurs, pas moyen de faire autrement et de faire bien. Nous ne connaissons pas d'intelligence qui soit capable de mener de front, avec une compétence suffisante, en même temps que l'histoire du développement social, l'histoire du développement industriel, l'histoire du développement artistique, l'histoire du développement religieux et philosophique, l'histoire du développement scientifique. Tout cela se tient, assurément, et concourt à former une synthèse qui est l'histoire générale de la civilisation ; mais chacune de ces parties peut se considérer et se traiter analytiquement. En résumé, ce que nous entendons par l'histoire du développement social, c'est l'histoire du développement et de la constitution de la société humaine, depuis son origine la plus lointaine jusqu'à nos jours, par celle des différents groupes qui se sont transmis, de main en main, le flambeau de la civilisation. C'est l'histoire de la transformation successive des organismes sociaux dans leur rapport avec le progrès de la justice, de la moralité, de l'intelligence, de la prospérité, et du bonheur des nations. Il n'est pas d'étude qui puisse être plus utile. L'histoire, en effet, n'est pas un enseignement de luxe ; elle ne vise pas seulement à l'ornement de l'esprit. Elle a une portée beaucoup plus pratique. Si elle est l'école des rois, elle est aussi
l'école des peuples, surtout des peuples souverains ou qui aspirent à le devenir. Il ne faut pas oublier que notre enseignement a pour but, non seulement de faire des hommes, mais aussi de faire des citoyens.
Les esprits habitués à ne voir dans les choses que les détails trouveront, peut-être, que nous ne faisons à Vhistoire qu'une bien petite part. Qu'ils se rassurent. Outre que les élèves qui l'auront apprise de cette manière la sauront infiniment mieux qu'on ne la sait maintenant, il ne faut pas oublier qu'après l'enseignement secondaire général, il y a, dans notre système, l'enseignement secondaire spécial, puis, pour ceux qui voudront pousser jusquelà, l'enseignement supérieur, où chacun peut approfondir ce qui convient plus particulièrement à ses besoins ou à ses goûts. Il faut considérer, enfin, que la vie n'est pas close à seize ans, qu'il n'est pas interdit d'apprendre après le collège, et que des esprits ainsi préparés, au contraire de ce qui se fait aujourd'hui où on lit plus de romans que d'histoires, liront plus d'histoires que de romans.