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* r^:r>:lfs, ies z:e'^>*s « if^? n^i^-rs; qui l'empêche
* décrier al-i/is-L^e, :-:e::':e luissjLute el quelque re- ^/ dojta-ie \ze\\e s-:::, eî :.:; î'ao^^rufjsie, dans toutes » ie§ démarches, à resr'e-.^:er le 'jrecient durable et incor- /> rrjp'zbîe de la p:>>:éri:é. et à ne lui point préférer une » (au^«e et courte Irjeur de £r!?:re qui s'évanouit avec la » vie comme une léçsère fuxée.
» Voilà ce que se proposent les bons maîtres dans Tédu- /> cation de la jeunesse. Ils estiment peu les sciences, si » tj\\ft4 ne conduisent pas à la vertu. Ils comptent pour n rUm la plu» va«te érudition, si elle est sans probité. Ils /i \ivmvmi rjionnéte homme à Khomme savant; et en « \unlvu\mxni Ion jeunes gens de ce que l'antiquité a de *' plim hmi, iU «ongont moins à les rendre habiles qu'à » l«N rmiilro vortuoux, bons fils/bons pères, bons maîtres « hitwn nmln^ bon» citojrons. '
» Il y a dans le cœur de l'homme. . • une pente natu-
» relie au mal, qui est fortifiée le plus souvent, dans les
» jeunes gens, par tout ce qui les environne. Y a-t-il
» beaucoup de pères qui sachent jusqu'où Ton doit porter
» la retenue et la circonspection en présence des enfants,
» ou qui veuillent se gêner jusqu'au point de ne jamais
» tenir devant eux aucun discours qui puisse former
» quelque faux préjugé dans leur esprit ? Tout ne retentit-
)) il pas autour d'eux des louanges que Ton donne à ceux
» qui amassent de gros biens, qui ont un grand équipage,
» qui font bonne chère, qui sont logés et meublés magni-
» flquement ? Ne se forme-t-il pas de tous ces suffrages
» comme un cri public et une voix bien plus dangereuse
» que celle des sirènes dont parle la Fable ?. • . Rien ne
)> se dit impunément devant les enfants. Un mot d'estime
» et d'admiration échappé à un père sur les richesses suf-
D fit pour en allumer en eux un désir qui croîtra avec
^ l'âge et ne s'éteindra peut-être jamais.
» A toutes ces voix enchanteresses il est donc néces- » saire d'en opposer une qui se fasse entendre au milieu » de ce bruit confus d'opinions dangereuses et qui dissipe » tous ces faux préjugés. Les jeunes gens ont besoin (s'il, » m'est permis de me servir de ce terme) d'un monifeur » fidèle et assidu, d'un avocat qui plaide auprès d'eux la » cause du vrai, de l'honnête, de la droite raison ; qui » leur fasse remarquer le faux qui règne dans presque tous » les discours et toutes les conversations des hommes, et » qui leur donne des règles sûres pour faire ce discerne - » ment.
» Mais qui sera ce moyiiteur ? Le maître chargé de leur » éducation en fera-t-il la fonction, et sera-ce par des )) leçons régulières qu'il entreprendra de les. instruire sur » ce point ? Au seul nom de leçons ils prennent l'alarme.
» ils se tiennent sur leur garde et leur esprit se ferme à. j> tout ce qu'on leur dit, comme si on avait dessein de » leur dresser des embûches.
» Il faut leur donner des maîtres qui ne leur soient » point suspects et dont ils ne puissent se défier. Pour les » préserver ou les guérir de la contagion du siècle pré - » sent, il faut les transporter dans d'autres pays et dans » d'autres temps, et opposer au torrent des fausses » maximes et des mauvais exemples qui entraînent » presque tout le monde, les maximes et les exemples des » grands hommes de l'antiquité dont les auteurs qu'ils ont » entre les mains leur parlent. Ils écoutent volontiers les » leçons que leur font un Camille, un Scipion, un Cyrus ; » et ces sortes d'instructions, cachées sous le nom d'his- » toires, font d'autant plus d'impression sur eux qu'elles » paraissent moins recherchées, le pur hasard semblant » les leur présenter.
» Le goût de la véritable gloire et de la véritable gran- » deur se perd tous les jours parmi nous de plus en plus. » . Des hommes nouveaux, enivrés de leur subite fortune, » et dont les dépenses insensées ne peuvent venir à bout w d'épuiser les biens immenses, nous accoutument à ne » trouver rien de grand et d'estimable que les richesses )) et des richesses énormes; à regarder non seulement la » pauvreté, mais même une honnête médiocrité, comme » une honte insupportable, à faire consister tout le mé- » rite et tout Thonneur dans la magnificence des bâti- » ments, des équipages, des tables.
y> Quel contraste l'histoire ancienne n'oppose-t-elle pas » à ce mauvais goût * ? Elle nous montre des consuls et
* € Les anciens historiens sont remplis de vues dont on pourrait » faire usage, quand même les laits qui les présentent seraient faux . • Mais nous ne savons tirer aucun vrai parti de l'histoire ; la critique
» des dictateurs qu'on allait prendre à la charrue. Quelle » bassesse en apparence ! Mais ces mains endurcies par » les travaux rustiques soutenaient TEtat chancelant, et » sauvaient la république. Loin de songer à s*enrichir, ils » refusaient Tor qu'on leur présentait, trouvant qu'il » était plus beau de commander à ceux qui en avaient que » de le posséder eux-mêmes. Les plus grands hommes, » comme Aristide chez les Grecs, qui avait gouverné les » finances de la Grèce entière pendant plusieurs années ; » Valérius Publicola, Ménénius Agrippa, et tant d'autres » chez les Romains, mouraient sans laisser de quoi fournir » aux frais de leurs funérailles ; tant la pauvreté était en y> honneur chez eux et les richesses méprisées. On voyait » un vénérable vieillard, illustré par plusieurs triomphes, » manger au coin de son feu les légumes quHi avait lui- » même cultivés et cueillis dans son jardin. Ils ne se pi- » quaient pas d'habileté à ordonner un repas, mais, en » récompense ils savaient bien l'art de vaincre les enne- » mis dans la guerre et de gouverner les citoyens dans la » paix. Magnifiques dans les temples et les édifices pu- » blics, et ennemis déclarés du luxe des particuliers, ils se » contentaient pour eux-mêmes de maisons fort modestes n qu'ils ornaient des dépouilles des ennemis et non de » celles des citoyens. »
Après avoir cité des exemples de simplicité de mœurs, de continence, de générosité, de modération, de discipline chez les plus puissants citoyens de Rome et d'Athènes : Auguste, les deux Scipion, César, Thémistocle, Rollin
* d*érudition absorbe tout ; comme s'il importait beaucoup qu'un fait > fût vrai, pourvu qu^oa en pût tirer une instruction utile. Les
• hommes sensés doivent regarder Vhistoire comme un tissu de fables » dont la morale est très appropriée au cœur humain, •
J.-J. Rousseau.
ajoute : « On remarque avec raison que rien n'est plus » capable d'inspirer des sentiments de vertu et de dé— » tourner du vice, que la conversation des gens de bien, D parce qu'elle s'insinue peu à peu et qu'elle pénètre jus— » qu'au cœur. Les entendre, les voir souvent tient lieu » de préceptes. Leur présence seule, lors même qu'ils se » taisent, parle et instruit. C'est là le fruit que l'on doit » principalement tirer de la lecture des auteurs. Elle nous » met, pour ainsi dire, en liaison avec tout ce que l'anti- » quité a eu de plus grands hommes. Nous conversons, » nous voyageons, nous vivons avec eux. Nous entendons r> leurs discours, nous sommes témoins de leurs actions. » Nous entrons insensiblement dans leurs sentiments et » dans leurs maximes. Nous prenons d'eux cette noblesse, » cette grandeur d'âme, ce désintéressement, cette haine » de l'injustice, cet amour du bien public, qui éclatent de » toutes parts dans leur vie. »
Mais RoUin, dira-t-on peut-être, irrespectueusement, c'est presque un fossile. Nous avons eu, depuis, le déluge de la Révolution. Nous sommes les enfants du dix- neuvième siècle ; nous faisons partie d'un monde nouveau . . . Lisez-le attentivement, et vous trouverez, peut-être, qu'il n'a pas trop vieilli.
En tout cas, voici ce que pense sur ce même sujet un autre éducateur de la jeunesse, un contemporain, un esprit libre, s'il en fût, un homme de progrès ; pour tout dire en un mot : Michelet. .
Après avoir fait un juste éloge de ses maîtres et de ses collègues de l'Université, « ce corps si modeste, mais si distingué, gi digne, affermi qu'il est par ses nobles études », « du grec et du latin ! s'écrie-t-il ; des mots ! des >3 mots 1 des mots ! . . . A quoi cela sert-il ? . . . A quoi ? » Vous le voyez. L'esprit soutient le caractère. Ces lan-
» giies sont bien plus que des langues ; ce sont les monu* » ments où ces fières sociétés ont déposé leur âme en ce » qu'elle a de plus noble, de plus moralisant. Qui en vit, « en reste anobli :
» Des mots? des sons? du vide? — Non, des réalités. » Chacun de ces forts idiomes est un individu, une âme, » une personnalité de peuple. Nous quittons le monde des » ombres, où a rêvé le moyen âge. Nous touchons, en » Grèce et à Rome, des personnes solides, les plus fortes » qui furent jamais. La Grèce d'Aristote, si petite et si » grande, qui d*un pas a conquis l'Asie ; la Rome, qui » créa l'empire méditerranéen, sont-ce là des êtres de » raison ? Cette réalité subsiste dans leurs langues. Le » grec est Y agora ^ et tout le mouvement de ces cités » s'apprend dans leur langage. Le latin est toujours » l'a/r/wm patricien, où le jurisconsulte rend aux clients » ses responsa^ le prétoire d'équité qui distribue le droit » au monde.
» Oui, ces langues, ce sont des âmes, de grandes âmes » de nations.
» Si vivantes elles furent, que tant de siècles après, qui a les touche y prend quelque chose de leur puissante vie, » qui y reste toujours. J'ai vu, enfant, le temps le plus » mort, le plus vide qui fût jamais, éteint pour la pensée; » temps de destruction qui promena la mort sur l'Europe, » et dont l'œuvre expressive a été le poème du « Dernier n homme i>. En dix années, dix-sept cent mille Français » périrent (1804-1814) d'après le chiffre officiel. Combien » plus d'hommes d'autres nations 1 Au foyer, faim et froid. » Sur la tête, un dôme de plomb. Voilà mon souvenir » d'enfance. La mort, l'espoir d'un autre monde, c'était » la tentation. Les mystiques (l'Imitation que je touchai) » n'y ajoutaient que trop. Leurs consolations énervantes
1 Ll vTI-rr.'X I.C LiTIX
r.* rLf-riîeiî 5^ la pente des rési^ations molles, r.'::i:' 1 i^zz\ d♦u^»3;est dans un marais profond. L'an- :. -.'.r as c LTr^ir^, et ses langues., ses littératures, 5- s L->: .r^, n-e n^nrea; le cœur hant pour mépriser la n. :i irri.ere, miî^raKe ress-^urce, et dominer la vie T-AT I ar.: n. J'eus a seize ans mon moment stoïcien
•*:: a: i:: en ec»; dans le Peuple'.
V I^- :.>, la rêverie, les livres de Rousseau, et d'au- :rr-i . :* l 1:; a ceî â^e, eurent l'effet ordinaire de lanjjcur e::erv:inTe. L'antiquité me releva par les jurisc:::>ul:es, la sagesse itali-jue, le génie de Thistoire et » i'èjliir :e?:cd de Vico.
1 Tels sont les hauts et les bas par lesquels passe la i ;eunes5e. un jour tendre et un jour stolque. Mais ce A) <-^ui me soutint, même en mes faibles jours, c'est » «^ju'avant véou dans ce monde fort, j'eus peu le narco- »» lisiiie, les mv^IIesses d'esprit qui détrempent aujourd'hui. » J^ /js fn^frn J/rooi'in.
» Le fin acier du grec me rendait difficile, et la gravité » du latin, son ampleur, me donnaient la nausée du mes- » quin et du bas. Même en ce qui pourrait troubler un w jeune cœur, aux chants passionnés, certaine noblesse » relève tout, et j j trouvai parfois, dans Catulle et Vir- » gile, l'homéopathie de la passion.
» La leur est puissante, mais forte, point du tout éner- » vante. Elle aide à tromper la jeunesse, à éluder la iy- » rannie de Tâge. La brûlante Ariane de Catulle, à cer- » tains jours de fête, ferme Toreille aux bruiis, aux » séduisants appels des réalités inférieures. On a lu ; le » soir vient, et la fâte est passée. Un peu triste, peut-être, w mais fiére, heureuse au fond de se sentir entière au » travail de demain, la jeune âme s'endort en quelque » chant sacré de Théroïsme et de la Muse.
ET Là RÉFORME DE L'EXSETGNEMENT SECONDAIRE 13
» J'ai trouvé à tout âge un grand soutien à posséder » (disponible toujours) ce puissant cordial. Il n*est pas » seulement dans les œuvres sublimes , primitives , y> Eschyle et Homère. Même dans Tart proprement dit, » aux siècles littéraires, la noblesse, la grâce, suffisent » pour nous remonter dans une haute sphère morale. Un » illustre savant du seizième siècle, qui sut Tantiquité » comme elle se savait elle-même, dit son impression '> d'un chant du pur esprit : L'empire de Gharles^Quint fait » }niiè à celui qui a senti le citant d'Horace à Melpomène. »
Nous n'avons pas voulu écourter cette citation. Une confidence de Michelet a toujours son prix. Mais il ne faut abuser de rien. Encore quelques lignes seulement, parce qu'elles sont écrites en grec par un Grec moderne, et nous ne citerons plus. . . provisoirement.
Dans une de ses satires contre le gouvernement d'Othon et de ses Bavarois, Alexandre Soutzo, a en un style d'une élégance attique * », adresse à ces étrangers cette éloquente menace :
« Prenez la peine de songer qu'auprès de vous il existe » une classe d'hommes petits par l'âge, mais dont la taille » grandit chaque année d'un doigt, tandis que la vôtre se
* courbe d'autant vers la terre. Cette classe étudie, mé- « dite, réfléchit dans les collèges, dans les écoles, dans les » académies, et elle ne trouve pas que tout soit pour le
* mieux. Cette classe se compose non seulement des Zaï- » mis et des Kriézis, fils de ministres et de présidents, » mais de Dimos, le fils du laboureur, de Georges, le fils » du boucher, de Pétros, le fils du cordonnier. L'an passé, >> ils étaient dix mille ; cette année ils sont vingt mille ; Tan
* Yemeniz, Q-rèce contemporaine.
-*^Tt»-.'
14 LA Ql-ESTIOX DU LATIN
» prochain, ils seront trente mille. Tous lisent hs viês de
» Pluiarqm, les P^iilippiques de Dèmosihènes , la République
j> de Platon. Ajoutez à cela que la langue grecque est douée
» dtin singulier privilège : elle est pénétrée du souffle de
» la liberté ; chacune des lettres qui la composent est une
» balle qui siffle contre la tyrannie. »
Voilà, je crois, qui est entendu. Ces langues, selon l'expression de Michelet, ce sont des âmes, de grandes âncies de nations. Nous touchons, en Grèce et à Rome, des personnes solides, les plus fortes qui furent jamais. Croyonsen le bon Rollin ; voilà les moniteurs qu'il nous faut. Vous aurez beau chercher parmi les nations modernes; vous y rencontrerez, sans doute, de grands talents et parfois do grandes vertus; mais dans aucune en particulier, ni dans toutes ensemble, vous ne trouverez une pareille réunion de types moraux devenus légendaires. En dépit des détracteurs intéressés * qui portent, dit Quinet, dans le tableau du passé lointain, les passions de nos modernes coteries, « la Grèce » est une lumière, une force morale accumulée qui sou- » tient l'âme humaine dans ses mauvais jours. L'homme » le plus abattu y puise un espoir immortel; arme divine » forgée pour tous les siècles. »
On a découvert que Brutus était un sceptique élégant ; mais a-t-on découvert qu'il ne fût pas mort pour la liberté ? que Démosthènes n'était pas incorruptible (ce que sa mort dément assez); mais a-t-on découvert qu'il ne fût pas le « prince de l'éloquence » et qu'il rie puisât pas la sienne dans son ardent patriotisme? que Cicéron était vain et faible; mais a-t-on découvert qu'il n'ait pas prononcé sa seconde Philippique; qu'il n'ait pas sauvé Rome de la con-
^ Mommsen et consorts.
juration de Catilina, et qu'il n'ait pas mérité le nom de Père delà patrie?... Que ces grands hommes aient eu leurs imperfections, qu'est-ce à dire ? Le soleil n'at-il pas ses taches ? En est-il moins le soleil ? Et Mirabeau n'a-t il pas les siennes? Et Condé? Et Guillaume Penn? Tous personnages cités par M. Raoul Frary (dont, nous n'avons pas besoin de le dire, nous honorons infiniment le talent et le caractère). Qu'il relise ce que Macaulaj, que nous admirons autant que lui, a dit de ce dernier. Ne prouve-t-il pas quelque part, qu'Algernon Sidnej lui-même, le martyr stoïque, recevait, comme tant d'autres, de l'argent de Louis XIV pour trahir son pays i « Je n'aime pas, faites- » vous dire à Montalembert, à propos d'Horace sans doute, » je n'aime pas les théoriciens de servitude. » Les théoriciens de servitude ! Montalembert ! Ah I Vous n'avez donc pas lu Les Châlimenis ?
Vers rEIysée en joie, où sonne le tambour.
Tous se hâtent, Parieu, Montalenbert, Sibour. . .
(Nox).
Quoi I tu n'as pas tenu l'échelle à ces fripons,
En pleine connivence ?
Le sac de ces voleurs no fut- il pas, re'ponds.
Cousu par toi d'avance ! . . .
{A un qui veut se détacher.)
Horace, théoricien de servitude ; il l'est sans doute, comme Boileau, Corneille, Bossuet, Molière et tous les grands écrivains du siècle de Louis XIV. Mais quoiqu'ami d'une honnête médiocrité, il n'allait pas, du moins, jusqu'à mettre la vertu après l'argent, virlus post mimmos. Du haut de la tribune aux harangues, il ne criait pas aux censitaires du temps : « Enrichissez-vous. » Il savait que la cupidité humaine n'avait pas besoin de ce conseil ; quoi-
LA QUESTinx DU LATW jrs encore un peu grossier à cet égard, otqa'on DUBsé aussi loin que chez nous l'art délicat de IX dépens d'autrui. Il pensait probablement que i'une nation n'est pas incompatible avec la mé- I fortunes particulières, ni l'énormité des forulières avec la pauvreté, la misère même de la ^es, nous ne sommes pas l'ennemi des richesses, tur extravagant de la pauvreté. La pauvreté, ne, n'est pas une vertu; l'amour des richesses, le, n'est point un vice ; mais à la condition que le soit pas corruptrice, que nous la possédions e nous possède pas, qu'elle soit légitimement ïn ne s'enrichisse pas du travail d'autrui, qu'on
pas, dans le produit du labeur commun, une 'ée, exorbitante, que le miel de la ruche sociale tout entier aux frelons, laissant à peine aux quoi ne pas mourir de faim ; qu'on soit riche ;rie d'abord, pour soi-même ensuite, « magni-
tout ce qui est du public , modestes dans i nous est particulier ». A ces conditions tirions, nous aussi, à nous écrior : « Enrichis- > N'est-ce pas ce qu'ont fait les Grecs du bon i Romains eux-mêmes, avant que l'accumulalessos dans un petit nombre de mains les eut par l'abus des jouissances et poussés à une rrémédiable î Que nous parle-t-on de l'activité lu'est-ce que cette activité a de-plus que l'acti-
Grèce antique? Qu'est-ce que les colonies 1 comparaison de cette multitude de colonies i couvrent, comme dos ileurs de civilisation, tges et les îles de la Méditerranée et des mers et, après Alexandre, s'étendent jusqu'aux rives Qu'est-ce que l'expansion anglaise, en compa-
ET LA' RÉFORME DE LTXSEIGXEilEXT SECONDAIRE 17
raison de Texpansion romaine, de ce peuple qui, sorti d'une bourgade de pasteurs et d'esclaves fugitifs, après une lutte plusieurs fois séculaire, pendant laquelle il ne cessa de déployer la plus mâle et la plus persévérante énergie contre les nations les pltll belliqueuses de l'ancien monde, soumit successivement à sa domination l'Italie et la Sicile, et TEspagne et les Gaules jusqu'au Rhin, et la Bretagne jusqu'aux Orcades et les Barbares jusqu'au Danube, et la Grèce et les îles, et l'Afrique jusqu'au désert, et l'Asie jusqu'à l'Euphrate ; qui, partout où il ne se trouva pas en face de la civilisation grecque, supérieure à la sienne et qu'il ne put entamer (Ormcia capta ferum victorem cepit), marqua si bien de son sceau les nations soumises, que rien n'a pu en effacer l'empreinte, ni le temps qui efface tout, ni les invasions, ni les révolutions; que, moins de deux siècles après la conquête, elles avaient oublié leurs origines et leurs langues nationales, adopté la langue, les mœurs, les lois, les arts, les institutions du vainqueur ; que par elles à leur tour furent conquis les Barbares envahisseurs; que par elles les libertés communales, principe de toutes les autres, furent rétablies, en attendant que le seizième siècle, remettant en lumière et propageant les grandes œuvres de l'antiquité gréco-latine, dissipât à jamais les ténèbres du moyen âge et amenât la renaissance intellectuelle, mère de la civilisation moderne ?
Car les Grecs et les Romains ne nous ont pas donné seulement le spectacle d'une activité toute extérieure, conquérante et économique, comme nous dirions aujourd'hui ; le spectacle de leur activité intérieure est bien autrement noble et instructif pour nous. Ils ont eu la passion de la liberté qui est la dignité humaine, qui est le tout de l'homme, dirait Bossuet. Et ils n'ont cessé de combattre jusqu'à ce qu'ils l'eussent conquise ou reconquise.
18 LA QrESTIOX DU LATIX
Ils ont eu, eux aussi, au commencement, leurs pouvoirs autocratiques ; ils ont renversé les tyrans. Ils ont eu leurs pouvoirs aristocratiques ; ils ont lutté jusqu'à ce qu'ils eussent conquis l'égalité politique, sans laquelle il n'y a pas de véritable liberté. Et pour «rriver à ce but, aucun dévouement, aucun sacrifice ne leur a coûté, aucune défaite ne les a découragés. De là, chez ces hommes, cet amour ardent pour la patrie qu'ils s'étaient faite et qu'ils voulaient grande, honorée et, surtout, indépendante. .Pour employer une expression d'Eschyle, « les Mèdes (et Annibal) l'ont bien vu «.
Sans doute, après les siècles de grandeur, vinrent les siècles de décadence. C'est le destin ! Jusqu'ici, du naoins, l'expérience semble prouver qu'il en est des nations comme des individus ; elles ont leur enfance, leur virilité et leur décrépitude. Ni la Grèce, ni Rome n'ont échappé à cette loi ; mais, jusque dans leur décadence, elles peuvent nous fournir d'utiles leçons. De toutes les sociétés connues ce sont, pour nous, les seules/qui aient eu leur cycle complet. Nous savons par quelles causes elles s'élevèrent ; nous savons par quelles causes elles tombèrent. Pourquoi tombèrent-elles ? « C'est que, devenus puissants et riches^ les » Grecs (ec les Romains) oublièrent les vertus qui leur » avaient donné la grandeur ; l'amour de Tor déprava » tout. Dans la Grèce des derniers temps, il n'y avait » plus de citoyens; à peine des hommes. On n'estimait » plus qu'un mérite, celui de s'enrichir par n'importe » quel moyen, on n'adorait qu'un Dieu, le plaisir. La » patrie, dit un poète de cette triste époque, elle est » où l'on vit bien * . »
Non 1 la richesse n'est pas le premier but que nous
1 Duruy, Histoire de la Qrèce.
ayons à poursuivre. Faisons d'abord des hommes et des citoyens. Un Fabricius est plus riche qu'un Rothschild, et il n^est pas moins utile à la Républi'iue. La postérité s'occupe peu des millionnaires qui n'ont été que millionnaires ; et quand, par hasard, on cite un Crésus, ce n'est guère pour le louer. Dans Tordre mor^l comme dans l'ordre intellectuel, ce qui se conserve c'est le beau, le vrai, le bien. Ce qui est bon en morale, et vrai en science surnage ou s'ajoute au capital de l'humanité ; ce qui est mal ou faux s'écroule et disparaît. Or, les sociétés anciennes, la Grèce et Rome, qui ont longtemps et historiquement vécu, qui ont accompli, comme nous le disions plus haut, toutes les. phases du développement social, depuis la plus humble origine jusqu'à la décrépitude, en traversant toutes les grandeurs, la Grèce et Rome nous ont laissé, en tout genre, un riche patrimoine de leçons et d'exemples d'autant plus propres à servir à notre éducation qu'ils ont été consacrés par le temps. Elles ont exprimé la nature humaine dans ce qu'elle a de plus mâle, de plus noble, de plus délicat, de plus fort et de plus grand. Voilà pourquoi, sans nous perdre dans les subtilités de l'analyse, nous leur accordons spontanément notre sympathie ; pourquoi nous nous tournons vers elles comme vers de glorieux ancêtres dont nous ne pouvons répudier l'héritage. Voilà ce qui explique le frémissement dont l'Europe intelligente se sentit tout à coup secouée lorsque, en 1821, elle apprit qu'il y avait encore quelque part des Grecs qui se levaient pour leur indépendance, et qu'elle se trouva tout entière philhellène. C'est pour cela que Byron voulut mourir. La cause était belle ; les Grecs prouvèrent qu'ils n'étaient pas indignes du sacrifice et que le cœur des aïeux battait encore dans leur poitrine. Le 1 souvenir des Thermopyles enfanta des Léonidas ,
LA QUESTION' DO LATIS rc Botzaris ; le souvenir de Salamioe enfanta itocle, comme Canaris et Miaoulis Vocos. — 't, eat-il bien sur que le souvenir de Rome n'ait ien dans les raisons qui nous ont poussés à e à conquérir son indépendance, ou plutôt, à la pour elle?
^rettons pas.
B et Rome sont pour nous, avant tout, uns iraie. La morale ne s'enseigne pas dogmatique- I s'enseigne surtout par l'exemple. Or, selon 1 de Michelet, en vivant avec les Grecs et les I0U3 vivons avec les personnes les plus solides brtes qui furent jamais. Et comment pouvonaavec eux ? En étudiant leurs langues, « mo- 1 ces iières sociétés ont déposé leur lime en ce 1 plus noble, de plus moralisant ». Les avanretire de l'étude des langues anciennes sont indirects que directs. En les étudiant, ce ne is mots que nous étudions ; ce n'est pas pour 3 que nous les apprenons, mais pour ce qu'elles ; ; c'est à leur occasion que nous apprenons à ii ce que nous savons ; c'est grâce aux tranes et savoureuses qu'on nous en sert tous les lant nos longues années de collège, que sa ? ainsi dire, notre substance morale et inteln ce qu'elle a de meilleur. San^ l'étude de que nous faisons à propos de ces langues, nos modernes, nos arts, nos sciences, nos législaconstitutions, nos philosophies, nos religions, iation tout entière, ne nous seraient qu'à demi . — Et c'est ici le point de vue intellectuel ira, tout en se distinguant du point de vue
moral, ne saurait s'en séparer tout à fait ; la culture de ce qu'on appelle le cœur se faisant nécessairement par la culture de ce qu'on appelle Tesprit,
Les adversaires du grec et du latin, en dépit de leurs restrictions, ne peuvent s empêcher de reconnaître, euxmêmes, l'excellence de Tart dans l'antiquité, a Si j'ai con- » testé la perfection morale des héros antiques, dit ad- » mirablement M. Raoul Frary, je ne contesterai point » la beauté littéraire des antiques chefs-d'œuvre. L'art » échappe à la loi du progrès, et il y a des merveilles » qu'on ne dépassera, sans doute, point. J'irais plus loin » s'il s'agissait des Grecs. Comme ils vivaient dans la » jeunesse du monde, on trouve dans les œuvres de leurs » plus grands hommes une fraîcheur, une naïveté, une » originalité, qui leur assurent à jamais la palme sur les » génies égaux que les âges suivants peuvent voir surgir T> de loin en loin. Ils ont cueilli la âeur de la poésie. En D allemand comme dans le vieux français, le poète s'ap- » pelle « le trouveur » ; les Grecs sont les plus grands » des poètes, car ils ont moissonné le champ de l'inven* » tion. Us ont revêtu d'une forme qui défie toute imita- » tion les sentiments et les pensées qui sont comme le » fond de notre être. Ce qui est lieu commun et banalité » chez les modernes, est chez les Grecs nature et simpli- » cité, car ils ont les premiers traduit dans un langage » riche, souple et sonore, les joies et les douleurs élémen- » taires de la vie humaine. La nature peut reproduire un » Homère ; l'art ne peut reproduire une Iliade et une » Odyssée. »
On ne saurait ni mieux penser, ni mieux dire. Et voilà, Monsieur Raoul Frary, ce que vous voudriez nous faire abandonner! Non ! vous ne vous en croyez pas vous-même. A cette source vivante, intarissable d'Homère ont puisé,
ans, et puisent encore, dans l'Univers 13 former de la littérature et de l'art.
léme une faible partie de ceux qui ont teraent, soit indirectement, leur génie à Où avez-vous pris, disait-on à Phidias, upiter olympien ?» — « Dans Homère », récita ces trois vers ; iâ fils de Saturne abaissa ses noira sour-
d'ambreisie, la chevelure du souverain ita ^i;r sa téta immortelle; et le vaste 7anlé. Il
Phidias, sculpteurs et peintres, ont touuivi son exemple. Entrer dans un musée isé avec les dieux et les héros d'Homère, sntrer dans un pays inconnu, a Pour les istorien contemporain ' en parlant des <!urope suit encore leur impulsion et leurs I copions leur architecture en variant :es, et leurs statues mutilées sont la plus n de nos musées, n
de la comédie grecque^-— écrit le m^me Epicharme dirait, il y a vingt^^juatre mx nous vBiidenl tous les iiens au prix du
le poète disait, la Grèce le fit. C'est, en .ctivité dont aucun peuple n'avait encore e, que les Grecs arrivèrent à se placer es nations, lis couvrirent les côtes de la le villes florissantes ; ils firent d'un petit
du monde par les armes, par le com'
rtout par la civilisation.
1 près créé les mathématiques pures, l'a
» géométrie, la mécanique ; ils ont commencé la bota- » nique, la géologie, la médecine.
x> Si, dans les sciences, les nations modernes sont allées » plus loin, en marchant dans la voie ouverte par Hippo- > crate et par Aristote, celle de l'observation patiente et T> réfléchie, dans les lettres et les arts, les Grecs sont res- » tés nos maîtres éternels. Les Romains et nous-mêmes » ne sommes que leurs élèves. Ils ont créé et porté à la perfection le poème épique avec Homère ; Télégie, » avec Simonide ; l'ode, avec Pindare ; la tragédie, avec » Eschyle, Sophocle et Euripide ; la comédie avec Aris- » tophane et Ménandre ; l'histoire, avec Hérodote et Thu- » cydide ; l'éloquence de la tribune, avec Démosthénes ; » celle du barreau, avec Isocrate. » Et ce ne sont là que les chefs du chœur ; le reste s'appelle légion ; une légion de génies.. Des genres entiers sont omis; entr'autres, un des modes les plus élevés de l'activité intellectuelle : la philosophie. C'est la Grèce qui l'a créée. Avant elle, il y avait des religions, conceptions primitives touchant l'origine de l'homme et sa destinée, fruits de l'imagination et du sentiment, bien plus que de l'observation et de l'expérience. La Grèce, la première, apporta dans l'étude de ces grands problèmes l'esprit de réflexion et d'analyse et essaya de les résoudre par les libres efibrts de la raison. Nul peuple au monde ne peut se vanter d'avoir produit une collection pareille de nobles, profonds et subtils esprits qui, depuis Thaïes de Milet jusqu'à Proclus, c'est-à-dire pendant plus de mille ans, ont parcouru en tout sens le champ entier de la spéculation métaphysique. Comment les faire connaître sans avoir l'air de procéder à un dénombrement homérique ? Qu'il suffise de nommer au hasard : Heraclite, Leucippe, Démocrite, Anaxagore, Xénophane et Parménide, Pythagore de Samos, Socrate
et Platon, Aristote, Epicure, Zenon, Chrysippe, etc.jj Nous menons grand bruit, et avec raison, de la théorie moderne de révolution et du iransformûme. C'est la philosophie de l'avenir. A Lamark et à Laplace nous devrions, nous Français, élever des statues d'or, laissant à l'Angleterre le soin d'ériger des statues d'argent à Darwin et à Ljell. Pourtant est-il bien sûr que le mérite de l'avoir énoncée, nous ne disons pas : démontrée, n'appartienne pas à l'antique école d'Ionie, à une époque où la philosophie n'était encore (ce qu'elle redeviendra) que la science générale de la nature ? Qu'est-ce que ce principe unique, qui, en se développant éternellement comme un germe, et en subissant une série de transformations (dXWcoaic) engendrait tous les êtres, les choses inanimées, les hommes (et même les dieux)? Qu'est-ce que ces atomes (corps élémentaires) éternels, doués de mouvement, et formant tous les êtres par des combinaisons variées ? Ce fut une grande époque que la publication de la théorie de Copernic sur le vrai système du monde ; mais ce système n'avait-il pas été déjà pressenti par les Pythagoriciens ?
<( A vrai dire, écrit Littré, l'ère moderne commence )) avec la science grecque ; car depuis lors, la science posi- » tive n'a cessé de grandir, de pénétrer la nature et d'in- » fluer sur les destinées sociales. Hippocrate, Aristote, » Archimède, Erasistrate, Hipparque, Apollonius sont les » fondateurs de tout notre savoir ; et l'Orient entier, tout » brillant qu'il a,été par la Phénicie, par la Babylonie, » par l'Egypte, n'a pas un nom à citer dans cette glo- » rieuse liste de la science positive. Comment mieux mo7i- » trer oii est l'ancien, où est le moderne ?»
Les Grecs et les Romains, que nous appelons des anciens , sont donc des modernes, comme nous ; ils font partie du même cycle intellectuel. Nous pourrions, à la
' *çueur, renoncer à poursuivre plus loin nos origines (ce que nous nous garderons bien de conseiller) ; mais, sous peine de nous mutiler, nous ne pouvons pas ne pas aller jusque-là. - i
Sans doute, les Romains n*ont été que les élèves des Grecs, qu'ils ont surtout contribué à nous faire connaître; mais n'ont-ils pas marqué leurs œuvres de leur originalité propre ; de cette grandeur et de cette force qui est leur caractère distinctif? Sans remonter jusqu'à Ennius, Lucrèce et Virgile ne sont- ils que de ser viles imitateurs ? Sans avoir la perfection d'Aristophane ou de Ménandre, Plaute et Térence n'ont-ils pas leur prix ? A notre sens, Cicéron n'a pas la mâle éloquence de Démosthènes ; mais à qui est-il inférieur, sauf à lui ?•
Ingenio manus est et cervix cœsUy L'éloquence eut la main et la tête coupëe,
dit Juvénal.
Et ne rachète-t-il pas, d'ailleurs, son infériorité à cet égard, par ce grand nombre d'écrits philosophiques et didactiques, plus utiles pour noiis que ses harangues ? Comme écrivain et comme moraliste, Sénèque est-il à dédaigner? Où trouver de plus nobles historiens que Tite- Live, Salluste, Tacite ? Ne nous restât-il d'eux que les extraits qui composent le Conciones, a ce recueil merveilj leux de harangues », comme dit M. Raoul^Frary, n'y aurait-il pas là un legs bien précieux ? Horace ne vaut peutêtre pas Pindare ; mais, s'il est rarement sublime, n'est-il pas toujours aimable, délicat et plein de goût? N'a- 1- il pas mérité cet éloge de Fénelon : « Jamais homme n'a donné UQ tour plus heureux à la parole pour lui faire signifier un leau sens avec brièveté et délicatesse » ? Pourquoi cette GuâaiN. S
admiration fidèle de tant de beaux esprits dans tous les pays et dans tous les temps ? Dans la satire, il n*a pas, sans doute, la mâle énergie et l'éloquente amertume de Juvénal ; mais quelle charmante finesse I Castigat ridenào mores, Ovide et Catulle, Tibulle et Properce ne font peutêtre pas oublier Simonide et les autres élégiaques grecs, pas plus que Virgile n*a fait oublier Théocrite ; mais quel honneur ne font-ils pas à la Muse latine ? ce Quel délicieux poète que Tibulle I » disait Mirabeau, qui s'y connaissait. Nous ne parlons que pour mémoire de Caton l'Ancien, de César, de Varron, des deux Pline, de Martial, de Quintilien, etc. . . Sans compter, ce qui fait, peut-être, leur principale gloire, leurs jurisconsultes.
Sans doute les Romains ont été les imitateurs des Grecs, mais des imitateurs originaux. Comme eux, nous ayons imité les Grecs et les Romains, mais en gardant, nous aussi, notre originalité propre. Nous aussi, nous avons été créateurs ; mais tous les grands écrivains modernes, soit en France, soit à l'étranger, ont sucé la féconde mamelle de la docte antiquité. C'est la même Muse modulant son chant à travers les âges, et le variant selon les hommes, les temps et les circonstances. De l'antiquité gréco-latine à nous il y a évolution naturelle^ et, dans un siècle où cette loi domine tout, où nous remontons la généalogie de l'homme jusqu'à la matière cosmique, il y aurait de l'inconséquence à rompre ainsi la chaîne du transformisme intellectuel.
Quand les Anglais ou les Allemands étudient le latin, i\^ peuvent dire, à la rigueur, qu'ils étudient une langue étrangère, une langue morte. Pour nous, le latin n'est ni une langue morte, ni une langue étrangère ; c'est notre langue, toujours nôtre, et toujours vivante. Que ceux qui contesteraient notre proposition, nous montrent, à cet
égard, une solution de continuité entre le siècle d'Auguste et le siècle de Louis XIY. Sans doute, il y a une grande différence entre les formes de la langue dans chacun de ces deux siècles ; mais il n y a pas diversité d*origine, ni intrusion prépondérante d une langue étrangère ; il y a transformation lente, insensible, en un mot évolution. Notre français^ comme on Ta dit de 1 italien, et comme on peut le dire de toutes les langues néo-latines, est un latin bâtard; bâtard, si on compare le français d'aujourd'hui au latin d'autrefois ; légitime, si l'on n'a égard qu'à l'origine et à la filiation. Donc, en étudiant le latin, non pas comme on Ta fait jusqu'ici, mais par la méthode que nous indiquerons tout à Theure, c'est notre propre langue que nous étudions. Sans cette étude, nous pouvons la savoir, c'est-à-dire la parler ; nous ne pouvons pas la connaître.
Quant au grec, si nous ne pouvons affirmer que ce n'est pas pour nous une langue étrangère, au moins pouvonsnous dire que le latin et notre propre langue sont tellement pénétrés d'hellénisme, qu'au point de vue purement linlîuistique, autant qu'au point de vue civilisateur, il est à peu près impossible de les séparer. D'ailleurs, le grec, lui, n'est certainement pas une langue morte. Athènes le parle aujourd'hui, tel à peu près qu'elle le parlait au temps de Périclès. Chose qui prouve l'indestructible vitalité de ce peuple, appelé peut-être encore à de grandes destinées {muïta renasœntuf quœ jam cecidere) quatre siècles d'oppression et de barbarie musulmane n'ont pu parvenir à lui arracher du cœur la langue des ancêtres et l'amour de la liberté. — Nous verrons tout à l'heure quelle conclusion nous aurons à tirer de ceci.
Nous avons à examiner auparavant une autre question,
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d'un ordre plus spécialement pédagogique. Est-il vrai que les langues vivantes, c'est-à-dire les langues modernes, soient des instruments de « gymnastique intellectuelle » équivalant à celui que nous fournissent les langues anciennes? — Rien n'est plus faux, à notre avis. — A un âge où les jeunes gens ne peuvent encore rien tirer de leur propre fonds, il est important, au premier chef, de les soumettre à des exercices qui, sans leur demander de créer quelque chose de rien, leur permettent d'acquérir des idées, tout en développant harmonieusement les facultés de leur esprit: la volonté persévérante, le jugement, l'imagination, le goût. Or, rien n'est plus propre à procurer ce résultat que la traduction de passages choisis des meilleurs écrivains, en vers et en prose, ce que nous appelons: la version. Une bonne traduction n'est pas ce qu'un vain peuple pense, et tous ceux qui ont passé par le collège savent bien que c'est à ce signe que se reconnaissent les bons esprits. Mais il faut qu'il y ait quelque difficulté. Un exercice ne peut nous profiter qu'autant qu'il nous coûte quelque effort. On ne devient pas un Hercule en maniant des haltères d'un demi-kilo. Or, c'est ce qu'on fait précisément en traduisant des langues modernes ; ce n'est guère qu'une question de vocabulaire * . Les langues modernes étant à peu près également analytiques se traduisent presque mot pour mot. Comme il en est autrement des langues anciennes! Ce sont langues synthétiques, admirables d'ampleur, de souplesse et de variété, mais dans lesquelles il n'est pas toujours facile, pour notre habitude d'esprit, de trouver le fil de la pensée. Ce n'est ni sans effort, ni sans génie qu'on parvient à sortir du labyrinthe. Mais il y a gloire et profit.
* Lire, à ce propos, une curieuse page de Don Quichotte, partie II, chapitre lxii, vers la fin.
En résumé, c'est à juste titre, selon nous, que l'étude des langues grecque et latine figure dans nos programmes et y tient le premier rang, parce qu'elle est le meilleur moyen que nous ayons de former le cœur et l'esprit de la jeunesse. Outre que les Grecs et les Romains sont nos vrais ancêtres intellectuels, quel est, parmi les modernes, le peuple qui pourrait nous fournir, en pareille abondance, des types aussi parfaits de talents et de vertus? Nous n'avons pas le droit de répudier cet héritage et de rompre avec ce passé qui est le nôtre. Si nous avons besoin d'instituteurs, il n'y a pas de honte pour nous à nous mettre à leur école. Certes, nous ne contestons pas que d'autres peuples et d'autres langues aient produit de grandes œuvres. Mais qui donc faudra-t-il prendre pour guide? Sont-ce les Anglais? Sont-ce les Allemands? — Ni les uns, ni les autres. Ce ne sont pas là nos maîtres ; ce sont tout au plus nos rivaux, quand ils ne sont pas nos disciples. Connaissons-les, estimonsles selon leur mérite, profitons de ce qu'ils peuvent avoir de supériorité en nous l'assimilant; tâchons surtout de ne pas nous laisser surpasser, et restons nous-mêmes, des Latins ; gardons la fière conscience de notre valeur. Nous n'avons rien à envier à personne. — En un mot, nous adhérons complètement à l'opinion de M. Jules Simon, dans les termes où elle est citée par M. Frary luimême :
« Il faut élever nos enfants pour notre temps et notre » pays, mais il ne faut pas séparer notre temps et notre » pays de la tradition des races latines et de la tradition » humaine. Dans la série des faits historiques et dans le ^ développement intellectuel et moral de Thumanité, il » ne peut pas, il ne doit pas y avoir d'abîmes ... La mo - » raie, comme la poésie, comme l'éloquence, datent de
» loin, et il sera toujours sage aux hommes d*étuâier et » d'admirer ce que le temps a respecté, car il ne respecte » que ce qui est grand et ce qui est vrai. Il y a donc lieu » de conserver au grec et au latin la part que nous » leur faisons aujourd'hui, sauf à les enseigner d'une autre » façon. »