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CHAPITRE XIV

L'histoire a su conquérir une place à côté des langues mortes. On ne la considérait jadis que comme une dépendance des humanités ; on ne lui demandait que d'éclairer les classiques et de fournir le discours d'exemples et d'allusions. Elle a maintenant ses professeurs distincts, et on ne lui dispute plus le droit d'occuper au moins une classe par semaine. On s'effraie cependant de son immensité ; on craint qu'elle n'abuse de ses droits nouveaux, et qu'elle n'inflige à la mémoire des enfants un fardeau trop lourd. Elle est au moins suspecte d'ambition, et le latin la menace d'un retour offensif. Comme chaque maître

est tenté de tirer à lui la plus large part du temps et de l'attention des écoliers, on essaie de remédier aux empiétements de l'histoire en la laissant enseigner le plus longtemps possible par le professeur de grammaire ; celui-là, on l'espère du moins, n'accablera point les élèves d'une érudition qu'il n'est pas obligé de posséder.

Cependant, loin de restreindi e la part faite à l'histoire, il devient presque nécessaire de l'élargir, car l'histoire elle-même s'agrandit pour ainsi dire dans tous les sens ; elle gagne en étendue et en profondeur.

Il y a cent ans, un Français pouvait se croire suffisamment instruit s'il connaissait, avec les annales de son pays , celles de la Judée , de la Grèce et de Rome, et celles des différents peuples européens seulement en ce qui nous touche. Il possédait ainsi les origines de notre culture laïque et religieuse. L'Angleterre, l'Espagne, l'Autriche, ne lui apparaissaient que comme des rivales de notre monarchie ; l'Allemagne et l'Italie n'étaient que des champs de bataille ; il fallait aussi savoir que nous devons la Réforme aux Allemands et la Renaissance aux Italiens. Cependant notre horizon s'éloigne peu

à peu. A mesure que la guerre et la paix nous mettent en relations avec nos voisins, nous sentons le besoin de nous renseigner sur leur passé. C'est de nos jours surtout que cette nécessité éclate à tous les yeux. Les Anglais ne sont plus nos ennemis six fois séculaires : ce sont nos devancie' s dans l'art d'être libre, et les inventeurs de ce régime parlementaire que nous essayons depuis si longtemps d'acclimater chez nous. L'Italie, devenue l'une des grandes puissances, sollicite notre attention. Comprendronsnous la résurrection de l'empire d'Allemagne, si nous ignorons les grandeurs du moyen âge teutonique ? Guillaume P"" est le successeur des Ottons et des Frédérics de Hohenstaufen, aussi bien que des margraves et des électeurs de Brandebourg.

La Russie joue dans les affaires européennes un rôle si important, que nous devons remonter aux origines de cette grande nation, et ses origines seraient obscures si nous prenions le règne de Pierre-le-Grand pour point de départ. Les peuples danubiens se réveillent ; l'Autriche n'est plus pour nous qu'une contedération monarchique ; les Hongrois et les Slaves du Danube ont droit à

toute notre curiosité. N'oublions pas que les Portugais ont découvert la route des Indes, que les Scandinaves ont été plus d'une fois pour nous des alliés utiles. La décomposition de l'empire ottoman serait inintelligible pour qui n'en aurait pas étudié la formation.

L'Amérique est entrée dans le cercle de la civilisation. Les États-Unis ne datent point de la déclaration d'indépendance : c'est l'enfance des colonies anglaises qui nous explique la prospérité de leur âge mûr. De même les possessions espagnoles sont devenues des États libres et riches, sinon florissants; ne rattacherons-nous pas leurs agitations présentes à la longue torpeur où les plongea le double despotisme de l'Église et de la métropole?

Négligerons-nous l'Asie ? L'Inde est aujourd'hui la plus riche dépendance d'un État européen ; la Chine attire tous les regards ; le Japon vient d'accomphr sous nos yeux la plus subite et la plus prodigieuse des révolutions : il est des nôtres. Chaque nation, en s'asseyant à son tour au banquet de la civilisation, nous invite à nous enquérir de son passé, à chercher dans son histoire le secret de ses vertus et de ses vices. Ces

peuples nouveaux venus ne sont pas des parvenus; ils ont leurs titres de noblesse, leurs archives curieuses et précieuses, leur arbre généalogique ; ils ont, tout comme nos voisins, le droit d'être connus de nous : ne sont-ils pas aussi nos voisins, depuis que la vapeur nous met à leurs portes et que le commerce fait d'eux nos chalands ou nos fournisseurs, nos associés ou nos concurrents ?

On sait maintenant que les colonies peuvent devenir des États indépendants, et que même avant de s'affranchir, elles exercent sur leur métropole une influence chaque jour croissante. L'esprit du siècle, le courant des idées nous amènent à donner à ces rejetons de la race européenne, ou à ces riches domaines des vieux empires, un peu de notre temps et de notre attention.

L'Afrique n'était plus pour nos pères qu'une terre barbare ; ils se contentaient de voir dans l'Egypte la mère des arts, une mère singdièrement déchue, et dans Garthage la rivale de Rome. Maintenant tout le nord de l'Afrique est le théâtre de nos exploits et de nos travaux ; la vieille Berbérie est une partie de la France, et la

vallée du Nil, en dépit de nos récents mécomptes, est encore un pays à demi français ; au moins y trouve-t-on à chaque pas les vestiges de notre activité ou glorieuse ou féconde.

L'histoire contemporaine se charge sans cesse de faits toujours plus nombreux, parce qu'elle a pour théâtre le monde entier. La Révolution et l'Empire formaient un drame à la fois immense et un, avec son exposition, ses péripéties, son dénouement. L'intérêt a son centre, les rôles ont leur hiérarchie, et la foule du genre humain se range autour d'un petit nombre de héros. Aujourd'hui, l'intérêt et l'action se sont dispersés. On peut grouper les événements de plus d'une façon, selon qu'on envisagera de préférence la lutte des idées de liberté contre les traditions de l'absolutisme, ou les efforts des prolétaires pour conquérir un dividende plus large dans la somme des fruits du travail, ou la conquête du globe par les Européens, ou la renaissance des nationalités oubliées, ou les épreuves de Téquihbre international, ou l'évolution économique qui institue le marché universel. Il faut donc multiplier les points de vue ; mais à quelque point de vue qu'on se place, le spectacle est plus divers qu'autrefois.

et la tragédie humaine se décompose en un grand nombre de pièces distinctes, dont les intrigues séparées ne croisent pas toujours leurs fils. Ainsi l'histoire moderne s'allonge et s'élargit d'un côté, sans se raccourcir ni se rétrécir de l'autre. La société actuelle date toujours des grands événements de la seconde moitié du. xv® siècle; elle devient plus vieille et ses annales se comphquent. Mais c'est surtout par l'étude des origines que l'histoire agrandit son domaine. Ici ses conquêtes sont rapides, merveilleuses, infinies. C'est presque une révélation. L'Egypte, la Chaldée, l'Inde ancienne nous abandonnent leurs secrets ; les civilisations primitives sortent de l'ombre, revivent dans les monuments, s'éclairent par la comparaison. La linguistique, née d'hier, se met à l'œuvre à son tour , retrouve la filiation et démontre la parenté des races, devine la date relative des inventions qui ont transformé l'humanité. L'archéologie préhistorique va plus loin encore : elle découvre sous les couches modernes du sol, dans les cavernes, dans le lit des fleuves, au fond des lacs et des tourbières, des documents qu'elle rapproche, qu'elle interprète, mémoires inconsciemment tracés par nos ancêtres sur le bois, la

pierre et l'argile, avant l'écriture, peut-être avant le langage, et qui apprennent à qui sait les lire comment vivaient les contemporains du mammouth. Les observations des voyageurs et des missionnaires, contrôlées par une critique plus pénétrante, permettent de rassembler dans une commune étude le sauvage primitif et le sauvage contemporain. Des philosophes érudits reconstruisent ainsi, avec des conjectures qui parfois touchent à la certitude, l'itinéraire de notre espèce à travers les innombrables étapes qu'elle a dû parcourir avant de prendre conscience d'elle-même. Instruits par l'anatomie comparée à saisir la liaison des organes, des fonctions et des habitudes, ces antiquaires de l'induction refont la Genèse avec des ossements et des débris d'ustensiles. Ignorerons -nous leurs travaux ? L'humanité adulte dédaignera-t-elle ces humbles souvenirs de sa longue enfance, ces trophées de la lutte mille fois séculaire qui lui a procuré la domination du globe ?

L'histoire cesse d'être une science isolée et indépendante. Gomme le chêne de la fable, dont les pieds touchaient à l'empire des morts, elle plonge ses racines jusqu'au cœur de la géologie

et de la zoologie. Ceux que n'a jamais émus le spectacle de cette évolution, ceux qui n'éprouvent pas un sentiment de piété en contemplant les vestiges de la vie de nos premiers pères, un sentiment de terreur en essayant de mesurer l'immensité de ces périodes crépusculaires, où chaque progrès accompli dut exiger des siècles par centaines, ceux-là refuseront d'enseigner à la jeunesse l'histoire des âges préhistoriques, dont les époques se marquent non par une conquête ou par la vie d'un grand personnage, mais par les vicissitudes de la faune contemporaine ou la forme des outils en silex. Mais nos origines intéressent même ceux que la science ne touche pas. Le problème de la création, naturelle ou divine, est un de ceux que les polémiques du jour tiennent sur le tapis ; les gens cultivés devraient être au moins en état de suivre les controverses à la mode autrement qu'en ignorants ou en badauds. Tandis que la science historique recule jusqu'à l'infini les hmites de son domaine, elle en creuse plus profondément le sol. Je ne parle pas seulement des progrès de la critique et du zèle que les érudits du siècle ont apporté à la recherche et à la discussion des sources. Mais il me semble

que l'objet même de l'histoire s'est modifié, et qu'elle a changé de héros. Au lieu de chanter les épopées guerrières et de raconter les révolutions des empires, elle veut maintenant faire revivre la foule des générations éteintes; elle étudie leurs idées, leurs coutumes, leur genre de vie; elle a cessé d'être aristocratique, et elle s'intéresse aux peuples. Elle restitue le premier rôle au chœur naguère effacé des multitudes. Sans doute on n'a pas toujours négligé de s'informer des mœurs et de la condition de chacun des troupeaux d'hommes qui traversaient le champ visuel de l'histoire ; Hérodote n'y manque pas, et ce serait pour beaucoup d écrivains un progrès que de revenir à l'exemple de ce maître. Quelle décadence entre son récit à la fois si dramatique et si instructif, et les manuels décharnés dont on a trop longtemps chargé la mémoire des écoliers ! Un amas de dates, de batailles et d'avènements forme peut-être le squelette de l'hiscoire; mais c'est grand'pitié de ne montrer aux enfants qu'un squelette. On y joint souvent des anecdotes et des portraits de grands personnages^ les apophthegmes des rois, des reines, des grands capitaines et des grands ministres. On va plus

loin : on irace le tableau des institutions, mais seulement des institutions politiques ; on dit comment le prince gouvernait, et qui rendait la justice. On y ajoute même quelques notions sur la féodalité, sur la chevalerie, sur les communes. Il faut bien expliquer la Jacquerie par les souffrances des paysans , Etienne Marcel et les Cabochiens par le mécontentement des bourgeois de Paris , les guerres de Flandre par l'esprit de liberté qui animait les grandes républiques municipales du Nord. Mais ce qai domine encore dans l'enseignement, ce qui reste dans la mémoire des bacheliers, c'est une collection de faits dépourvus d'intérêt. Malgré l'impulsion donnée par Augustin Thierry et par Michelet, la vie matérielle et morale des générations lointaines échappe à la grande majorité des gens qui se croient cultivés, et qui le prouvent en exhibant leur diplôme.

Le véritable héros de l'histoire de France telle qu'on nous l'apprenait au collège, c'est le pouvoir royal; les conquêtes des Capétiens et les vicissitudes de leur autorité sont l'intrigue de ce long drame. Il semble que hors de là il n'y ait que confusion et désordre, et que les étapes du

despotisme soient seules dignes de atten-

tion. On obtient ainsi, selon la ^ .laode classique, une merveilleuse unité ; tout mène à la monarchie de Louis XIV ; il faut bien admettre ensuite la décadence de cette monarchie pour expliquer et justifier la Révolution. Mais les élèves se font-ils ainsi une juste idée de l'existence de nos pères ? Savent-ils que le xi* siècle a vu la nation française au comble de la grandeur et la royauté au comble de la faiblesse ? Saventils que le xuf siècle est un temps de prospérité, et le XV® un temps de misère ? que les Français étaient plus riches et plus heureux sous Henri II que sous Louis X.V, que la révolte était au moins aussi légitime contre Mazarin que contre Louis XVI? On leur dit comment Louis XI abattit les derniers des grands vassaux, comment Richelieu triompha de la résistance des grands seigneurs, mais on leur laisse croire que nos pères habitaient dans des tanières. Indiquez-leur une date, prise au hasard : ils n'hésiteront pas sur la question de savoir qui régnait alors; mais si la France était heureuse, si elle était très peuplée, si la terre était bien cultivée, si le commerce et l'industrie étaient florissants, cela n'est pas

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dans le programme. Encore s'agit-il ici de notre pays. Sur les pays étrangers les notions des élèves sont encore bien plus incomplètes. Elles se bornent à la connaissance d'une série de révolutions, d'une liste de dynasties et de souverains, avec quelques noms de batailles : ce qu'il faut pour se tirer honorablement d'un examen où les questions pourront être posées par un professeur de littérature, qui se pique de ne connaître l'histoire qu'en homme du monde.

L'histoire complète est l'histoire de l'humanité et non pas l'histoire des gouvernements, de leurs variations et de leurs révolutions. La politique et la législation ne sont pas tout. L'une et l'autre s'expliquent par le développement ou le conflit des idées, des sentiments, des besoins. La plupart des hommes à qui la Fortune a confié un rôle éclatant ne sont que les instruments des forces en présence, les interprètes dociles d'une foule anonyme ; les grands hommes même doivent le plus souvent leur .grandeur à la vivacité avec laquelle ils expriment et mettent en action une pensée générale. Ce sont des types parfaits au milieu d'une masse d'ébauches ; la nature fournit un métal précieux, mais ce sont les cir-

LATIN. i Q

constances qui modèlent et fondent la statue. Ces personnages de choix donnent parfois un coup de barre décisif aux heures de crise, et c'est méconnaître la part du libre arbitre que de rabaisser leur influence. Mais pour quelques héros, que d'acteurs qui débitent médiocrement leur rôle, et que la force des choses aurait pu remplacer par d'autres !

L'histoire des États n'offre donc qu'un cadre pour l'étude de l'histoire générale ; c'est une collection de faits précis et de dates fixes qui s'ancrent solidement dans la mémoire, et qui empêchent l'esprit de flotter à la dérive sur les ondes du temps. Mais il faut remplir ces cadres, et donner aux jeunes gens une idée aussi nette que possible des révolutions bien plus importantes qui se sont accomplies dans les mœurs, dans les croyances, dans les habitudes de la vie. La religion et les arts, l'agriculture, l'industrie et le commerce, la condition des diverses classes de la société, les variations du logement, du vêtement et de la nourriture, les progrès et les reculs de la population, la détermination toujours un peu vague, et pourtant essentielle, de l'espèce et de la somme de vertu et de bonheur qu'on trou-

vait parmi les hommes à chaque époque, l'histoire de la civilisation, en un mot, voilà le but et le fond de renseignement qui convient à notre siècle. Je voudrais qu'un bacheher pût me raconter les débuts et les transformations de l'idée de liberté de conscience, aussi bien que la succession des guerres de religion sous les Valois, qu'il connût les misères du temps de la Fronde, comme les intrigues des grands seigneurs contre Mazarin, que les voyages d'Arthur Young lui fussent aussi familiers que les campagnes de Goadé.

Dans l'enseignement actuel, la plupart des questions intéressantes se présentent à une certaine date, puis disparaissent du programme et des cours. Si je prononce le mot de Commune, l'élève pense à Louis-le-Gros et se souvient des récits d' Augustin Thierry; mais il ne sait pas comment la vie municipale a été peu à peu étouffée par le pouvoir royal, ni comment s'administraient les villes et les villages avant 89. Si je parle de la misère des paysans, il alléguera la Jacquerie et une phrase de La Bruyère ; il est douteux que son érudition aille plus loin et qu'il fasse une différence entre l'époque de Louis XII

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et celle de Louis XV. Si je l'invite à me dépeindre l'habitation d'un artisan ou d'un laboureur avant la guerre de Cent-Ans, il restera bouche béante, à moins qu'il ne prononce les mots de chaumière, de cabane et de hutte. Il sait que Richelieu a créé l'Académie française et que la Convention a décrété l'enseignement obligatoire; mais que répondrait-il si je lui demandais l'histoire de l'enseignement primaire sous la monarchie ? A propos des corporations, il rappellera le livre des métiers d'Etienne Boileau, la tentative de Turgot pour abolir les jurandes et maîtrises et leur suppression définitive par la Constituante ; lui a-t-on expliqué la lente évolution qui a rendu malfaisantes les plus fécondes institutions du moyen âge ?

Sans doute il faut commencer par graver dans la mémoire des enfants une somme de faits et de dates. Dans les premières classes, jusqu'en troisième, si l'on veut, le cours d'histoire restera à peu de chose près ce qu'il est aujourd'hui. Il appartient aux maîtres, en général fort dignes de leur tâche, de relever le récit des événements politiques par des peintures intéressantes des mœurs, et par les anecdotes et les traits de ca-

ractères qui rendent notamment l'histoire ancienne si attrayante pour la jeunesse. Dans les hautes classes, le professeur tracera, selon la méthode et dans le cadre qu'il lui plaira de choisir, l'histoire de la civilisation en France, tout en l'éclairant par des comparaisons avec les peuples étrangers. Il racontera comment certaines institutions, qui ont été atrophiées chez nous, se sont développées ailleurs, par exemple les états généraux en Angleterre et dans les pays Scandinaves, la liberté communale en Italie, en Flandre, en Allemagne. Mais c'est surtout de notre pays qu'il s'occupera : la tâche est assez vaste pour absorber toute son attention pendant deux ou trois ans. D'ailleurs il y a des époques où la civilisation française ne se distingue guère de la civilisation générale. Laféodalité,laRenaissance, la Réforme, sont des faits européens, et depuis la Révolution, la chrétienté forme un tout qui vit d'une vie commune. Peut-être jugera-t-on utile d'employer le cours d'histoire, en philosophie, à une revue générale des destinées de l'humanité, depuis son berceau jusqu'à nos jours, soit qu'on suive l'ordre des temps, soit qu'on préfère un autre plan, par exemple, celui que Herbert Spencer a adopté dans

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son traité de sociologie. Ou bien on exposera l'histoire moderne de l'Europe , en montrant comment le cercle de nos relations politiques et commerciales est allé s'élargissant depuis la fin du xv^ siècle, comment le monde civilisé est devenu, devient sans cesse plus grand, comment la solidarité du genre humain s'établit et se développe avec le progrès des moyens de communication. C'est surtout ici que je compte sur la liberté des méthodes et la diversité des programmes. Ayons de bons maîtres et fions-nous à eux; ils ne changeront ni la suite des siècles, nila série des faits, mais ils mettront plus de vie dans leurs narrations, plus de couleur et de mouvement dans leurs peintures, si nous leur permettons de les composer à leur gré.

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