VIII AVANT-PROPOS
j'ai commencé à penser pour agir, mes idées ont eu une direction parfaitement déterminée.
C'est à l'éducation de la démocratie que j'ai résolu de consacrer tous mes efforts.
J'ajouterai même que c'est la préoccupation constante de ce grand intérêt national qui a décidé de toute ma carrière, en m'attirant vers le journalisme, ce tout-puissant moyen d'éducation populaire dont le parti républicain s'est longtemps servi avec autant d'habileté que de dévouement, et qui maintenant risque de nous échapper, si, tout en les laissant accessibles par leur prix modique aux plus humbles lecteurs, nous ne savons plus écrire et propager des journaux de libre et pacifique discussion qui éclairent les esprits, au lieu de les exciter et de les corrompre. Les conseils pressants de mon cher et illustre ami Gambetta n'ont pas peu contribué à m'affermir dans la voie que je me suis ouverte, pour répondre à ses désirs les plus intimes. Maintenant qu'il n'est plus et qu'il ne me reste dans mon deuil inconsolable que les pensées de son grand et indulgent esprit et les inspirations de son noble cœur, je ne me rappelle pas, sans une secrète douceur, nos entretiens d'autrefois, en ces temps heureux de notre jeunesse où nous nous sommes pour ainsi dire donnés l'un à l'autre pour ne plus nous reprendre. Nés tous les deux dans les profondeurs de la démocratie , élevés par notre éducation personnelle audessus de la condition sociale où tous les deux nous semblions destinés à vivre, nous nous sommes rencontrés dans le sentiment commun de nos devoirs à remplir envers ceux qui, moins favorisés que nous, n'ont pas eu les moyens de libérer leur esprit et de former leur conscience par une instruction supérieure. Ces devoirs se résumaient pour nous dans la vérité à recher-