X AVANT-PROPOS
rent point du retour de la liberté proscrite et qui osèrent demander au suffrage universel plus éclairé de la ramener, de la rétablir et de lui rendre la place qu'elle doit occuper dans les lois et dans les mœurs d'une nation qui a tant contribué à émanciper le reste du monde. Et nous allions, répétant partout, dans les journaux, dans les réunions, dans des discours publics, dans nos conversations privées, autant qu'il était permis de parler à cette triste époque : il faut instruire le suffrage universel, au lieu de le maudire; il faut aller à lui, pour lui donner conscience de lui-même, avec l'idée de ses droits et la connaissance de ses devoirs ; il est le vrai, le seul souverain légitime; il abdique, mais ce n'est que pour un temps, car il viendra un jour où, si nous savons nous y prendre, le pays voudra savoir où il en est ; il demandera, comme un mineur qui vient d'atteindre sa majorité, l'exercice de ses droits, l'administration de ses affaires ; il faut en appeler du suffrage universel ignorant et trompé au suffrage universel éclairé et maître de lui-même, et réclamer le gouvernement du pays par le pays ; plus de gouvernement personnel; que la nation elle-même se gouverne par ses représentants choisis parmi les citoyens les plus purs, les plus dignes et les plus capables, et, pour qu'elle les choisisse avec discernement, ne faut-il pas qu'elle soit instruite? Travaillons à l'éducation de la démocratie.
Telle a été, j'ose le dire, la pensée maîtresse, l'inspiration suprême de toute la politique de notre jeunesse, pendant les dix dernières années du second empire. Le jour était prochain où, la raison publique s étant raffermie et fortifiée par une propagande incessante, la démocratie, sans sortir des voies légales, allait prendre possession d'elle-même, mettre la main à ses