AVANT-PROPOS XI
affaires, établir son gouvernement, quand fondirent sur nous les désastres où la France faillit perdre jusqu'à l'existence.
Mais l'honneur était sauf, grâce à la patriotique énergie de la démocratie républicaine et du chef qu'elle avait reconnu, soutenu et suivi dans sa lutte contre l'étranger. Aux catastrophes militaires étaient venues s'ajouter les horreurs de la guerre civile. Gambetta éleva la voix et prononça, le 26 juin 1874, à Bordeaux, le discours mémorable, qui n'est pas seulement, selon moi, l'un des plus beaux qui soient tombés de ses lèvres éloquentes, mais qui lui a marqué sa place parmi les grands hommes d'État de son pays et de son temps et qui lui assure la reconnaissance durable de tous ceux qui s'intéressent à l'avenir politique et social de la démocratie française.
Ce discours renferme tout un programme de gouvernement, et ce programme de gouvernement se résume dans un programme d'éducation.
Il faut en relire les principaux passages.
« Attachons-nous, dit-il avec autant de force que de clairvoyance, à faire disparaître le mal, cause de tous les maux, l'ignorance, d'où sortent alternativement le despotisme et la démagogie. Pour combattre ce mal, de tous les remèdes qui peuvent solliciter l'attention des hommes politiques, il en est un qui les domine et qui les résume tous : c'est l'éducation de tous. . . Oui, on peut établir, preuves en main, que c'est l'infériorité de notre éducation nationale qui nous a conduits aux revers. Nous avons été battus par des adversaires qui avaient mis de leur côté la prévoyance, la discipline et la science : ce qui prouve, en dernière analyse, que, même dans les conflits de la force matérielle, c'est l'intelligence qui reste maître. Et à l'intérieur n'est-ce pas