AVANT-PROPOS XV
rinstruction savante, libérale et technique des enfants du pays. Nous ne sommes qu'au commencement de ce qui est à faire, dans le domaine illimité de l'éducation nationale. C'est une ère nouvelle qui s'ouvre, et nous n'en voyons que les premiers jours. Pour cette œuvre immense et d'une si lointaine action, nous ne sommes, nous ne pouvons être que des ouvriers de la première heure.
La démocratie fait à peine son entrée dans le monde ; c'est à elle qu'appartient l'avenir, et c'est elle qu'il s'agit d'instruire et d'éclairer, La République, par le fait même qu'elle existe, qu'elle s'affermit en rejetant à jamais dans le néant toutes les espérances comme toutes les tentatives de réaction monarchique, impose à tous les Français le devoir de multiplier les écoles à tous les degrés.
Fondée sur le principe de la liberté, la République est tenue à respecter ce principe dans tous ses manifestations, bonnes ou mauvaises. On a longtemps cru, dans notre pays d'éducation catholique, que la liberté ne devait s'entendre que de la faculté qui nous serait laissée de faire le bien. Aujourd'hui l'on est d'accord pour penser que cette notion de la liberté est non seulement erronée et incomplète, mais qu'elle est tout simplement illibérale : la liberté de faire le bien ne va pas .sans la liberté de fajre le mal. Gela veut-il dire qu'un être raisonnable et vraiment libre fera nécessairement le mal, parce qu'il en a le droit, sous sa responsabilité devant sa conscience et devant les lois? En aucune manière, et la contradiction est trop évidente pour qu'il y ait lieu de la discuter. Gela veut dire tout uniment que l'exercice de la liberté a besoin d'être éclairé, pour se régler et se moraliser lui-même; de là, la nécessité de l'éducation des individus.
XVI AVANT-l'ROPOS
On a souvent présenté et soutenu l'idée que la liberté est à elle-même son propre but, sa raison intime et sa fm dernière. Cette entité toute métaphysique ne tient pas contre la doctrine infiniment plus élevée, plus morale, plus conforme aux lois mêmes de notre nature, que le but de l'homme, c'est d'être homme ; et il ne peut l'être que par l'exercice de la liberté qui est le principe de toute action comme de toute vie. S'élever à la dignité d'homme, pour un être doué de raison, c'est dégager de lui-même tout ce qui est de la nature humaine, c'est développer toutes ses facultés, c'est mettre ses devoirs au niveau de ses droits, c'est, en un mot, agir sous sa responsabihté et devenir une conscience. Tout cela, c'est affaire d'éducation, et rien que d'éducation.
Mais ce qui est particulièrement admirable dans l'éducation, c'est qu'elle ne peut se renfermer exclusivement dans la formation d'un être unique et toujours le même. Au contraire, elle tend à former des êtres essentiellement variés et différents comme les facultés qui les distinguent. Un vrai maître, un parfait éducateur ne serait pas celui qui mettrait son application et ses efforts à faire de son élève un autre lui-même. Bien loin de là, il doit tendre à en faire un être indépendant et non pareil, qui soit, à vrai dire, moins indépendant que supérieur, qui ne copie pas celui qui l'enseigne, mais qui garde son originalité propre, en s'élevant d'un degré dans l'échelle de la science et de la moralité. C'est* là ce qui fait la haute noblesse des fonctions d'instituteur : il n'y a pas dans l'humanité de tâche plus désintéressée, si ce n'est à l'égard de ses enfants la tâche du père de famille vraiment digne de ce nom, celui qui prouve son amour à ses fils en travaillant, en se sacrifiant pour eux.
Ces idées ne sont pas moins vraies dans la vie pu-