AYANT-PROPOS XVII
blique des nations que dans la vie privée des individus. La liberté politique éveille dans les foules leurs plus nobles comme leurs plus redoutables instincts. Comme les individus, les foules ont des facultés supérieures qui deviennent par la pratique les vertus héroïques d'un grand peuple, dans la paix comme dans la guerre, dans la prospérité comme dans le malheur. Mais tout comme les individus, les foules sentent, dans la vie de tous les jours, sous un régime où il n'y a d'autre maître que la loi toujours respectable mais souvent si facile à enfreindre, leurs facultés inférieures, leurs instincts bas et misérables se traduire en passions violentes qui les portent aux plus coupables actions. Elles ne peuvent alors se maîtriser que par le contrôle de leur raison, par la force d'ascendajit et de direction de leurs facultés éminentes. Qui assurera cette force de direction, sinon l'éducation des individus dont l'élévation même aura fait monter le niveau de la raison publique, en accroissant le respect qui est dû à la loi? Il suit de là que tout ordre public, que toute liberté, tout progrès dans une société policée, dépendent de l'éducation de ses membres, et que toute la politique moderne dans les démocraties se ramène au problème du gouvernement des esprits par eux-mêmes. Les institutions et les lois, les formes de gouvernement ne peuvent rien pour la solution de ce problème : l'éducation seule intervient ici efficacement. Tout ce que l'on est en droit de dire, entre la République et la monarchie envisagées à ce point de vue, c'est que la République comporte peut-être plus de difficultés que la monarchie, mais que Tordre qu'elle assure par la libre discussion des idées et par le plein exercice des facultés humaines est infiniment plus relevé, plus noble, plus digne de la vraie civilisation que la tranquillité apparente des mo-