XVIII AVANT-PROPOS
narchies , dont l'unique et inconsistante base est, sous des formes diverses, la tyrannie toujours avilissante.
Ce que l'on entend généralement, dans le monde de la politique, par les mots de questions sociales, c'est l'ensemble des efforts que font les sociétés, en des sens souvent très contraires, pour se rapprocher de l'égalité des conditions. C'est une des grandes passions de la démocratie. Presque toujours, elle s'est montrée prête à y tout sacrifier, même la liberté politique, qui est cependant le moyen unique, l'instrument indispensable de tout progrès social. Ici encore, l'éducation de la démocratie apparaît comme le remède des maux engendrés par cette passion violente et jalouse de l'égalité, que nul homme sage ne peut espérer de détruire et avec laquelle il faut bien traiter. Rien ne rapproche, ne confond plus les hommes qu'une éducation générale qui les élève tous, grands et petits, riches et pauvres, à ces jouissances intellectuelles et morales que l'on trouve dans le culte de l'intelligence et de l'art, dans la recherche de la vérité demandée à la science et conquise par des efforts obstinés et laborieux. L'égalité des conditions, prise au sens purement matériel de ce mot, n'est qu'une chimère décevante, féconde en erreurs qui vont parfois jusqu'au crime, si on la compare à l'égalité vraiment morale, pacificatrice et douce, celle qui naît d'elle-même entre hommes qui ont su mettre par la science leur raison au-dessus de tous les préjugés, affranchir leur esprit et faire un fonds commun de leurs travaux, de leurs découvertes, de leurs ambitions et de leurs espérances. C'est là une sorte de religion nouvelle dont l'objet est la Patrie, organe de la justice, personnification de la civilation générale; or cette religion enseigne que c'est par le sacrifice con-