‹ La question du Latin. -- (volume 2)Chapitre 32 sur 55 · AVANT-PROPOS XXI · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS XXI

plus utilement pour le pays comme le plus glorieusement pour leur mémoire, l'illustre M. Guizot, a parlé de ce ministère en termes magnifiques :

« Parmi nous et de nos jours, dit-il dans ses Mémoii^es, le ministère de l'instruction publique est de tous les départements ministériels le plus populaire, celui auquel le public porte le plus de bienveillance et d'espérance. Bon symptôme dans un temps où les hommes ne sont , dit-on , préoccupés que de leurs intérêts matériels et actuels. Le ministère de l'instruction publique n'a rien à faire avec les intérêts matériels et actuels de la génération qui possède en passant le monde; c'est aux générations futures, à leur intelligence et à leur sort qu'il est consacré. Notre temps et notre pays ne sont donc pas aussi indifférents qu'on les en accuse à l'ordre moral et à l'avenir.

« Les sentiments et les devoirs de famille ont aujourd'hui un grand empire. Je dis les sentiments et les devoirs, non l'esprit de famille tel qu'il existait dans notre société ancienne. Les liens politiques et légaux se sont affaiblis ; les liens naturels et moraux sont devenus très forts ; jamais les parents n'ont vécu si affectueusement et si intimement avec leurs enfants; jamais ils n'ont été si préoccupés de leur éducation et de leur avenir. Bien que très mêlée d'erreur et de mal, la forte secousse que Rousseau et son école ont imprimée en ce sens aux âmes et aux mœurs n'a pas été vaine, et il en reste de salutaires traces. L'égoïsme, la corruption et la frivolité mondaine ne sont certes pas rares ; les bases mêmes de la famille ont été naguère et sont encore en butte à de folles et perverses attaques ; pourtant, à considérer notre société en général et dans ces millions. d'existences qui ne font point de bruit mais

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qui sont la France, les affections et les vertus domestiques y dominent et font plus que jamais, de l'éducation'des enfants, l'objet de la vive et constante sollicitude des parents.

« Une idée se joint à ces sentiments et leur prête un nouvel empire, l'idée que le mérite personnel est aujourd'hui la première force comme la première condition du succès dans la vie, et que rien n'en dispense. Nous assistons depuis trois quarts de siècle au spectacle de l'insuffisance et.de la fragilité de toutes les supériorités que donne le sort, de la naissance, de la richesse, de la tradition, du rang; nous avons vu en même temps, à tous les étages et clans toutes les carrières de la société, une foule d'hommes s'élever et prendre en haut leur place par la seule puissance de l'esprit, du caractère, du savoir et du travail. A côté des tristes et mauvaises impressions que suscite dans les âmes ce trouble violent et continu des situations et des existences, il en sort une grande leçon morale, la conviction que l'homme vaut surtout par lui-même et que de sa valeur personnelle dépend essentiellement sa destinée. En dépit de tout ce qu'il y a dans nos mœurs de mollesse et d'impertinence, c'est là aujourd'hui, dans la société française, un sentiment général et profond qui agit puissamment au sein des familles et donne aux parents, pour l'éducation de leurs enfants, plus de bon sens et de prévoyance qu'ils n'en auraient sans ces rudes avertissements de l'expérience contemporaine.

« C'est à cet état de notre société, au juste instinct de ses besoins, au sentiment de sollicitude ambitieuse et prévoyante qui règne dans les familles que le ministère de l'instruction publique doit sa popularité. Tous les parents s'intéressent vivement à l'abondance et à

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la salubrité de la source où leurs enfants iront puiser. A côté de ce puissant intérêt domestique, un grand intérêt public vient se placer. Nécessaire aux familles, le ministère de l'instruction publique ne l'est pas moins à l'État. »

Ces vues, élevées autant que profondes, exprimées avec une éloquence si pénétrante, ne sont étrangères, je veux le croire, à nul homme d'intelligence et de cœur qui, né dans la démocratie, se trouve engagé à son service et travaille à ses progrès moraux et politiques. On pourra voir, en lisant les discours recueillis dans ce livre, qu'à plusieurs reprises je me suis cru permis, pour ne pas dire obligé, de faire un retour sur moi-même et ma propre éducation. On retrouvera les sentiments observés par M. Guizot dans les paroles que j'ai adressées aux pères et aux mères de famille accourus pour assister aux succès de leurs enfants, et qui ne m'ont jamais écouté sans me prodiguer les marques d'une sympathie dont la source était dans notre condition sociale, commune. J'ai ressenti, en parlant ce langage, de bien vives et de bien douces émotions, toutes à l'honneur du parti que je sers : il y a là un trésor inépuisable de boime volonté, de patientes et fortes vertus, d'inspirations généreuses et ardentes, qui ne permettent pas de douter de l'avenir de la démocratie française. Je me suis attaché à dire que je considérais comme le premier devoir du ministre de l'instruction publique dans notre pays de se faire l'éducateur, l'instituteur politique et moral de notre démocratie. Cette conviction procède de la même origine ((ue l'idée supérieure qui a fait de l'instruction publique un des plus importants services de l'État dans les nations modernes. J'ai revendiqué ce titre d'instituteur, parce que j'en ai souvent exercé les fonctions, et aussi.

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