INAUGURATION DE LA STATUE D'ARMAND CARREL
d'iuii Garrel, ce n'est pas seulement sa personne et son action que nous prétendons exalter, mais les principes qu'il avait adoptés et qu'il a servis avec une indomptable fidélité jusque dans la mort.
Les premières impressions de sa jeunesse furent pour lui décisives. On peut dire qu'il commença de vivre dans le deuil que portaient alors tous les patriotes. La France était vaincue, et ses vainqueurs avaient ramené avec eux la royauté «de la branche aînée des Bourbons. A aucun moment, sous la Restauration, Armand Garrel ne sut ni ne voulut distinguer entre ceux qui avaient abattu la France et qui menaçaient la Révolution dans son œuvre de reconstitution civile, politique et sociale.
Le drapeau tricolore était son drapeau, et, bien qu'il eût Fàme guerrière et la passion du noble métier des armes, il aima mieux briser sa carrière et donner sa démission que de ne pas courir les chances de combattre sous les trois couleurs librement arborées, même en risquant les pires aventures. Cet épisode de sa vie militante lui a été durement reproché, et il n'est pas bien sûr que plus tard, quand il fut de sens plus rassis, il n'ait pas éprouvé quelque remords de conscience de s'être mis dans le cas de rendre son épée à des hommes qui auraient pu être ses chefs. Mais il n'est que juste de rappeler, à la louange de Garrel, qu'il a gardé toujours de cet incident si douloureux un sérieux sentiment de la discipline et du devoir militaire. Nul n'a parlé de l'armée avec plus d'amour et de respect. Ses plus belles pages comme écrivain sont consacrées à célébrer sa gloire. A ses propres yeux, il n'avait pas démérité de l'honneur d'en faire partie, et l'on a raconté, non' sans vraisemblance, qu'après la victoire de son parti, en juillet i830, la seule offre qui eût pu le tenter, comme la seule digne de son cœur bouillant et généreux, c'eût été l'offre d'un régiment à commander,
pour rendre un jour à la France ce qu'on appelait alors d'un nom qui retentit, hélas î bien tristement à nos oreilles, pour rendre à la patrie française ses frontières naturelles.
Telle ne devait pas être sa destinée. Armand Carrel était avant tout patriote , mais il ne fut pas que patriote. Né dans le parti de la Révolution, il croyait avoir des devoirs à remplir envers ce parti, dans les rangs duquel il prit place dès qu'il se sentit libre. Il fit ce que tous ses amis faisaient à cette époque. Il se jeta dans les complots et les conspirations, jouant tous les jours contre la police sa liberté et sa vie, sans appareil ni fracas, froidement, délibérément, en homme qui connaît le danger et qui le brave. On trouverait donc son nom dans toutes les affaires où les républicains de ce temps-là s'engageaient, souvent sans espoir de succès et quelquefois même par simple point d'honneur. Cette manière de faire de la politique plaisait médiocrement à Carrel. Il en avait usé comme d'un moyen de combat, et plus d'une fuis il avait couru la chance de porter sa tête en place de Grève. Mais dès qu'il eut reconnu ce que vaut et ce que peut la légalité comme arme offensive et défensive dans la lutte contre une dynastie détestée, il n'en voulut plus d'autre. Il sentit qu'il fallait qu'il n'y eût plus de conspiration dans le pays pour que le gouvernement cessât d'être appuyé par les intérêts et le besoin d'ordre de l'immense majorité nationale. Il comprit qu'il était nécessaire que les opposants devinssent les imperturbables défenseurs de la loi, pour que la dynastie au contraire se fît conspiratrice et se jetât dans les excès où elle devait se perdre. Il poursuivit dès lors une victoire qui fût celle de la nation tout entière, et non plus celle de dévouements particuHers à des affiliations politiques. Il a eu ainsi le pressentiment de la transformation nécessaire du parti repu-