ALLOCUTION AU PERSONNEL ENSEIGNANT DE GRENOBLE
les ouvriers de la première heure. Ma satisfaction est extrême de vous voir ici tous ensemble.
Messieurs, cette réunion a le caractère que, selon moi, elle doit avoir, je veux dire par là qu'elle présente renseignement public et national, dans sa variété et son unité. C'est ce qui donne à la pensée de M. le recteur tout son prix, et c'est pourquoi je le prie encore une fois d'agréer toute ma gratitude. .
J'ai à peine besoin de vous assurer qu'à Paris, rue de Grenelle-Saint-Germain, au ministère de l'Instruction publique, mes auxiliaires et moi, depuis les plus élevés jusqu'aux plus humbles de l'administration centrale, nous sommes entièrement dévoués à vos intérêts et à vos personnes. J'éprouve en outre une singulière satisfaction à vous apporter ici l'expression de la confiance et de la reconnaissance des familles, qui vous sont dues à tant de titres.
Toutefois ce n'est pas là l'objet, le but de cette assemblée toute fortuite, et ce qui en fait à mes yeux la valeur, encore une fois c'est l'union, l'unité qu'elle atteste à tous les regards. Je tiens surtout à dire à tout le monde ici présent que cette union, cette unité doivent rester les caractères de l'Université de France. Je vais plus loin, messieurs : toutes les fois que, par l'effet du temps et par les progrès naturels de l'esprit humain, les méthodes d'enseignement changeront, il sera nécessaire que cette union et cette unité s'affirment et s'affermissent avec plus de force et plus d'éclat. Je suis de ceux qui pensent que la science est comme les grands fieuves, qui descendent des hauteurs pour se répandre dans les vallées profondes. Elle est aussi comme la lumière qui éclaire d'abord les hauts sommets, et qui se fait diffuse pour tout pénétrer et tout illuminer. Les trois degrés de l'enseignement sont nécessaires les uns aux autres. Le supérieur domine, pour se faire tout à tous. C'est son élévation même
qui lui crée ses devoirs. Aussi j'attache une grande importance à ce que, partout, les maîtres de l'enseignement supérieur paraissent à la tête des corps enseignants et attestent non pas seulement leur sollicitude, mais leur solidarité à l'égard de ceux qui travaillent au-dessus d'eux, non pas certes à un rang inférieur, mais simplement différent et tout aussi noble, car il y a autant de mérite à ouvrir une jeune intelligence à la lumière, qu'à chercher par des études opiniâtres à étendre le domaine de la science. Ce que je prends la liberté de vous demander à tous, c'est d'être convaincus que tous, vous êtes associés à une même œuvre, qui est la conquête des esprits sur l'ignorance. Cette solidarité des membres de l'Université est d'autant plus nécessaire, qu'il y a parfois certaines tendances à séparer les divers enseignements, afin de les laisser jouir de ce que certains hommes qui se croient novateurs appelleraient volontiers leur autonomie. Cette idée n'est pas seulement fausse; elle serait funeste, si elle venait à être appliquée : ce serait l'abaissement de l'enseignement, et bientôt de la science. Il faut au contraire qu'une intime cohésion relie les uns aux autres tous ceux qui s'occupent d'enseignement à un degré quelconque; l'enseignement supérieur doit travailler pour le secondaire, et celui-ci pour le primaire, de même qu'en remontant les degrés de l'échelle, les écoles primaires doivent fournir leurs meilleurs sujets aux lycées et aux établissements secondaires, lesquels, à leur tour, alimentent par leurs élèves d'élite les foyers où se renouvelle la science. C'est là, comme l'a si bien dit M. Edouard Rey, maire de Grenoble, au moment de l'inauguration de votre lycée, c'est là une œuvre de sélection par excellence, celle que réclame notre démocratie.
Dans cette démocratie, qui a pris possession de la