ALLOCUTION AU PERSONNEL ENSEIGNANT DK GRENOBLE
France, il devient du plus grand intérêt social et économique d'opérer cette sélection des intelligences les plus capables, les plus aptes à recevoir tous les bienfaits de l'instruction. Considérez-vous donc, messieurs, comme les ouvriers, comme les agents de cette œuvre capitale que désormais les Français doivent poursuivre. Notre pays, dans ses épreuves; a cherché dans l'école à tous les degrés son relèvement militaire, économique, politique; nulle idée plus féconde ne pouvait jaillir du cerveau de notre nation. Quand la France a demandé que l'on créât partout des foyers d'instruction, ce n'est pas seulement sous le coup de défaites dont souffrait son orgueil et qui ont même mis un instant sa vie en péril; non, la France avait une idée plus haute : elle avait le sentiment profond de la nécessité qui s'imposait à elle de se transformer elle-même. Le jour où elle a pris la direction de ses propres destinées, elle a voulu se mettre en état de remplir tous les devoirs qu'elle a contractés envers son passé glorieux.
Messieurs, les. républicains n'ont pas de plus grand devoir que de se montrer à la hauteur du pays, qui leur a fait confiance. En ce moment, je ne vous parle pas comme votre chef, mais comme citoyen, comme républicain, et c'est à ce titre que je voudrais paraitre au milieu de vous comme instituteur, comme éducateur. Ce qui serait ma grande ambition, et je n'y ai pas épargné mes efforts, depuis vingt-cinq ans que je travaille pour établir dans ce pays le régime de la démocratie par la République ; ce qui serait ma plus grande ambition, dis-je, ce serait de pouvoir inscrire mon nom parmi les instituteurs et les éducateurs du parti auquel j'ai dévoué ma vie. C'est pourquoi je me sens si fier, si honoré, de me trouver à la tète de cette grande Université, qui a rendu tant de services à la France et à l'esprit humain.
C'est là ce que je voulais vous dire, messieurs.
C'est une grande satisfaction pour moi de vous voir unis dans une même pensée de dévouement à la jeunesse, qui est l'avenir de la patrie. Aussi quand mon honorable ami, M. Edouard Rey, m'a demandé si je pouvais m'arrêter ici pendant quelques heures, n'ai-je point hésité à répondre à son appel. C'est que tous nous avons une grande dette de reconnaissance envers ce bon citoyen, qui s'est tant occupé des intérêts de sa ville de Grenoble, et qui a surtout donné son dévouement et son zèle à la transformation de son outillage d'enseignement, dans tous les ordres. On est heureux de soutenir un tel homme dans ses efforts, et je vous prie de me permettre de tirer quelque orgueil des sentiments d'amitié qui m'unissent à lui depuis tant d'années. Je n'ai pas à craindre de faire son éloge, dans cette maison qu'il a élevée avec" le concours du conseil municipal, aux applaudissements de ses concitoyens. Je dirai donc, au risque de blesser sa modestie, que, lorsqu'on a rendu tant de services, on a le droit de compter sur la reconnaissance publique. Que si par un de ces retours de fortune, comme on en voit trop souvent, la faveur populaire devait un jour vous manquer, il y a quelque chose, mon cher Edouard Rey, qui ne vous manquera jamais: c'est le témoignage de votre conscience et le profond et tendre respect de vos amis. (Assentiment général et vifs applaudissements.)
Je vous remercie, messieurs, de vous être rassemblés en ce jour, pour me faire le cordial accueil dont je suis si profondément touché. (Nouveaux applaudissements.)