‹ La question du Latin. -- (volume 2)Chapitre 51 sur 55 · LYCÉK DE JEUNES FILLES A GRENOBLE · texte numérisé non relu

LYCÉK DE JEUNES FILLES A GRENOBLE

mais Ja troisième République a fait mieux que nous donner des espérances; elle nous donne déjà des réalités. Quand on réfléchit bien à cette œuvre, on comprend que c'est par là, en effet, qu'il fallait inaugurer le règne nouveau et définitif de la démocratie. Ne s'agitil pas de rénover Tesprit de la nation française? Or personne n'y peut mieux contribuer que vous, mesdames, qui agissez si puissamment sur les générations nouvelles.

A cet égard, vous avez reçu de la nature des dons particulièrement précieux. Dès l'antiquité, les femmes des Gaules étaient renommées entre toutes : Educatrices boaœ , disait-on déjà des Gauloises des anciens temps. La France d'aujourd'hui, avec sa démocratie républicaine, n'a pas eu tort de remonter à la tradition de notre race, et les hommes de la fin du xix® siècle ne pouvaient rien faire de mieux que de faire appel aux femmes pour former des intelligences vraiment modernes et pour inspirer des cœurs nouveaux.

Cette entreprise, si délicate, si périlleuse, est naturellement la plus attaquée de toutes. C'est par ce coté que les adversaires irréconciliables des institutions républicaines essayent de leur porter le coup mortel. Nous pouvons vous rendre ce témoignage, M. le recteur, M. le maire et moi-même, si vous me permettez de me nommer après eux, que le corps enseignant des écoles féminines de Grenoble est au-dessus de toute attaque comme il mérite tous les éloges. Cela n'empêche pas nos détracteurs de continuer leur œuvre de dénigrement. Il n'y a qu'à répondre par des faits. Cette année, la rentrée' des collèges s'est effectuée dans des conditions vraiment admirables et qui prouvent à quel degré nos établissements jouissent de la confiance des familles. Votre lycée de jeunes filles a été l'un des premiers par la date; il est aujourd'hui l'un des premiers par le nombre des élèves. Les succès que vous avez

obtenus sont un sûr garant de ceux que vous obtiendrez plus tard. Je ne puis que vous inviter à persévérer dans cette heureuse voie; vous y trouverez la satisfaction de vos consciences, la juste considération de ceux qui vous entourent, la reconnaissance des élèves que vous aurez instruites, pour les donner à la société dont elles seront un jour la force et Fornement. Quant à nous, laissez-moi vous le dire, à quelque rang que nous soyons placés, vous nous aurez donné la satisfaction d'avoir vu se réaliser l'une de nos plus anciennes et de nos plus chères idées.

Mon cher Edouard Rey, un noble poète s'est demandé un jour : Qu'est-ce qu'une grande vie? A cette question, il a répondu lui-même, en disant : C'est une pensée de la jeunesse réalisée dans Fàge mûr. Ce que vous avez réalisé ici, dans votre ville, soutenu par l'assentiment et les sympathies de tous ceux qui vous connaissent, ce que vous avez réalisé ici, dans votre âge mûr, c'est une pensée de votre jeunesse. Que ce soit votre récompense! Je n'en connais point qui soit au-dessus d'une pareille satisfaction de conscience. Non seulement votre vie n'a pas été perdue; mais elle a déjà un certain caractère de grandeur.

Mesdames, il me semble que, entourées de tant de sollicitude, aimées de vos élèves ainsi que de leurs pères et mères, vous devez vous sentir enflammées d'un zèle pour l'accomplissement de votre mission, d'une ardeur dont nous avons déjà sous les yeux les premiers et heureux fruits. Je vous le rappelle : vous fondez ici quelque chose de nouveau dans le monde ; vous faites la France de l'avenir.

Ce n'est pas qu'il soit aussi facile qu'on le prétend quelquefois de rompre avec le passé; c'est au contraire une œuvre ardue, car cette transformation de la société, dont vous êtes les humbles ouvrières, ne peut s'accomplir qu'avec beaucoup d'application, une patience

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