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LA COMMISSION INTERNATIONALE DE BEYROUTH

lilé et de sans gêne, de cet égoïsme patriotique Forcené qui devaient faire de lui un des meilleurs diplomates anglais de la fin du xixe siècle. Il trouvait souvent un concours heureux auprès du représentant autrichien, hanté par la peur des interventions futures de la Russie dans les Balkans, et voulant respecter la souveraineté et l'indépendance du Sultan en Syrie, pour qu'elles fussent respectées également dans ses provinces européennes contre l'ingérence russe. « Le seul moyen efficace de pacification, opina-t-il un jour, consiste à rendre le gouvernement ottoman aussi fort que possible sur toute rétendue de son territoire, dans la Montagne comme ailleurs (1). »

Lord Duiïerin tenta d'abord d'excuser les excès des Druses et de rejeter sur les Maronites et les autres chrétiens une très large part de responsabilité: « En étudiant, dit-il, les rapports officiels des luttes sanglantes commises dans le Liban depuis 25 ans, on ne peut éviter la conviction que les préceptes de leur religion ont apporté chez les chrétiens bien peu d'adoucissements à ces usages barbares. » D'après la connaissance personnelle du pays, dans une époque antérieure aux massacres, il affirmait que la politique d'extermination adoptée par les Druses n'était au fond qu'une conséquence de celle que les chrétiens avaient voulu leur appliquer. — Les Druses. selon la version anglaise, menacés d'être chassés du Liban ou d'être exterminés par les chrétiens, n'avaient fait, en somme, que se défendre; il n'y aurait donc pas eu un massacre des chrétiens parles Druses, mais un complot des chrétiens occasionnant une véritable guerre civile entre les Druses et les Maronites, parce que les Druses n'auraient pas voulu jouer le rôle de victimes et se laisser chasser de leurs demeures. Affirmation inexacte, reposant sur une interprétation partiale des faits, mais qui permit néanmoins à l'Angleterre et à Fuad de justifier leurs manœuvres égoïstes, par un semblant de raison.

Lord Dufferin concluait qu'il ne fallait pas juger ces paysans ignorants c selon le type de la moralité européenne ». C'était, en somme, un appel à l'indulgence pour les Druses. Fuad escomptait tout le parti qu'il pouvait en tirer: c II y a eu guerre civile, objecta-t-il ; avant de prononcer un jugement

(1) Testa, op. cit., t. VI, p. 146. Protocole IX, séance 10 novembre 1860 (25 rébiul-akhîr 1277).

quelconque, il faut savoir quels sont les agresseurs ». Admirable prétexte, pour faire traîner encore les délibérations en longueur et susciter des querelles opportunes autant que violentes parmi les commissaires.

Il sut, à chaque instant, provoquer des débats ardents et longs sur des questions de forme, sur des mesures de détail. Il eut des maladies, des absences diplomatiques, pendant lesquelles Abro-Effendi, à la commission, arguait toujours de son manque d'instructions et d'informations, pour empêcher toute décision.

Cependant, la paix était loin d'être rétablie dans le pays; de nombreuses bandes de Druses étaient encore sous les armes dans la Montagne (on parlait de cinq mille) et ne faisaient point mine de se soumettre. Quelques groupes maronites, encouragés sans doute parla présence des troupes françaises, attaquèrent à leur tour les Druses et en tuèrent quelques-uns isolément.

Les Anglais réclamèrent à grands cris des mesures contre les chrétiens, tandis que les représentants des autres puissances harcelaient sans cesse Fuad-Pacha de mettre enfin les Druses à la raison.

Le haut commissaire turc tergiversa d'abord ; puis, payant d'audace, fit semblant de renouveler le coup d'Etat de Damas, afin de jeter de la poudre aux yeux des commissaires européens, une seconde fois, si possible. Au mois de décembre, il fit arrêter brusquement sept à huit cents Druses, le tribunal de Beyrouth condamna à mort Saïd Bey-Djomblat, Housseïn- Talbouck, Béchir-Méri, l'émir Mohammed-Kassim-Roslan, parent du Caïmacam druse, et les sept autres seigneurs druses qui s'étaient constitués prisonniers quelques semaines auparavant. En même temps, passèrent en jugement Kourchid, Tahir-Pacha, le colonel Nouri-Bey, Wasfi-Effendi, le /SfiaAaya (secrétaire) de Kourchid, le contrôleur Ahmad-Effendi et quelques autres officiers turcs, dont la culpabilité était trop évidente pour qu'on pût les laisser indemnes. Après un procès scandaleux, d'où les principaux témoins et les preuves les plus accablantes avaient été écartés, les trcis premiers furent condamnés à la détention perpétuelle et les autres à un emprisonnement temporaire et à la destitution de leurs charges et de leurs grades.

Pouvait-on reprocher encore à Fuad de protéger les cou-

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