III. LA COMMISSION INTERNATIONALE DE BEYROUTH
du Sullan, et affaiblir son prestige. » Quand on lui rappelle le but de la commission, le châtiment dès coupables et la réorganisation du pays, il répond sèchement : a Le gouvernement fait tout ce qu'il peut. » Lord DufTerin, naturellement, veillait jalousement à l'indépendance de la Porte, et le représentant de l'Autriche craignait que la commission n'outrepassât ses droits.
Finalement, on établit que les commissaires avaient le droit d'intervenir dans l'enquête contre les inculpés, de donner leur avis sur les peines è prononcer et de consentir à celles qui seraient prononcées définitivement par les tribu* naux turcs Ils pouvaient ainsi, pour le moins, exercer un contrôle efficace, une pression sur les autorités turques, et éviter les dénis de justice et les abus les plus monstrueux. Fuad crut nécessaire de donner un semblant de satisfaction à la commission : Hosui-Bey, le gouverneur de Baalbeck, fut destitué et mis en état d'accusation. Puis, le 26 octobre, il vint enfin personnellement è la sixième réunion de la commission et exposa son programme dans un petit discours.
a II réunit, dit-il, dans sa personne un double caractère, celui d'un fonctionnaire investi d'attributions exceptionnelles et executives, en verlu des pleins pouvoirs qui lui ont été conférés par son souverain, et celui de membre de la commission qu'il a l'honneur de présider (1). » Il s'engage è mener à bonne fin sa mission de pacification et de réorganisation, et surtout il promet de châtier les coupables. Il se flatte de n'être coupable d'aucune arrière-pensée et de pouvoir, par conséquent faire appel au bon vouloir de la commission, et il conclut habilement qu'il comblerait les lacunes qui lui seraient signalées ; mais tout en sollicitant les avis dont il avait besoin, il désirait que ces conseils fussent exempts de tout esprit de censure ».
L'attitude du ministre ottoman était bien nette. Il ne reconnaissait à la commission que le droit de lui donner des conseils avec bienveillance et de lui indiquer les lacunes de ses actes ; il lui déniait formellement le droit de toute action effective; il n'admettait son ingérence ni dans la justice, ni dans l'administration. Même, il prétendait l'empêcher d'exiger des tribunaux ou des fonctionnaires ottomans des enquêtes, des
(i) Testa, op. cit^ t. VI, p. i30et suiv. Protocole de la VI« séance, 29 octobre 1860 (10 rébiul-akhîr 1277).
jugements et des actes administratifs qui lui déplairaient. Elle devait se borner à indiquer les mesures qui lui semblaient nécessaires.
En un mot, Fuad s'attribuait à lui seul le pouvoir exécutif en Syrie, en sa qualité de ministre du Sultan, muni de pleins pouvoirs par le Sultan et non par l'Europe ; à la commission, il n'assignait qu'un rôle purement consultatif, consenti par le Sultan. Il voulait bien venir à la commission,délibérer avec elle, mais dès qu'il passait à l'action, il revendiquait sa pleine et entière liberté de haut fonctionnaire et de commissaire du Sultan, muni par lui et par lui seul de pleins pouvoirs. Il n'admettait pas que la commission eût le droit de le censurer, de le blâmer, et il lui déniait formellement le droit de lui imposer ses volontés, et d'exercer le pouvoir exécutif; ce dernier ne devait appartenir qu'au délégué du Sultan.
Toutes les décisions antérieures de la commission étaient remises en question. Cependant les cinq premières séances avaient mis la patience des commissaires à une dure épreuve. Ils trouvaient qu'ils n'avaient encore rien fait; aussi M. de Weckbecker répondit il assez sèchement, en leur nom, à Fuad-Pacha qu'il ne le connaissait que comme membre de la commission.
La thèse interventionniste française, soutenue également par la Russie, ne fut pas opposée nettement, d'une façon précise, à la thèse turque, pour commencer; mais, en fait, l'opposition des deux thèses fut constante.
Les premières questions débattues furent celles du châtiment des coupables et des indemnités qu'on accorderait aux victimes. Le plan de Fuad était d'atténuer autant que possible la responsabilité tout d'abord des fonctionnaires ottomans, ensuite celle des Druses; quant aux indemnités, elles devaient charger le moins possible le trésor de la Porte. Principalement, il vdulait trouver des solutions qui permettraient une intervention directe et constante de la Porte dans les affaires de la Montagne.
Il sut réaliser ce plan hardi, à force d'adresse, en dupant les représentants de l'Europe par ses atermoiements ; il est vrai que sa tâche lui était singulièrement facilitée par l'Angleterre ; lord DufTerin devait, pour la première fois, faire preuve à Beyrouth, de cette force de dissimulation, de ce sang-froid, de cette habileté tenace et dépourvue de sensibi-