‹ La question du LibanChapitre 103 sur 124 · IV. PROLONGATION DE L'OCCUPATION 'FRANÇAISE · texte numérisé non relu

IV. PROLONGATION DE L'OCCUPATION 'FRANÇAISE

ges (1). Des rencontres fréquentes se produisaient entre des partisans des deux peuplades, el le sang recommençait à couler dans la Montagne. Les négociants et les industriels de Beyrouth voyaient encore une fois leurs intérêts compromis. Dans ses rapports, le consul de France signalait le feu de la révolte qui couvait sous les cendres et dont les étincelles jaillissaient de plus en plus nombreuses. Il insistait également sur les « alarmes du commerce étranger » (2). Dans ces conditions, le corps d'occupation français, la seule garantie matérielle de l'Europe contre de nouveaux troubles, devait-il partir et abandonner la Syrie à l'anarchie ? Le gouvernement français pensa que non.

M. Thouvenel s'était préoccupé de la durée de l'occupation dès le lendemain de la ratification de la convention du 5 septembre, et il avait à ce sujet entamé la conversation avec lord John Russell. Il devait se heurter, à Londres, d'abord à une attitude des plus contradictoires, ensuite à une opposition très vive et même violente.

En réponse à ces premières ouvertures, lord John estima qu'il fallait renforcer le corps d'occupation de six mille hommes ; l'Angleterre en fournirait trois mille et la Prusse les trois mille autres. (luit jours après, le 22 septembre, grand changement de front : le noble lord trouvait la saison déjà trop avancée c pour-que le débarquement pût encore se faire avec sûreté sur les côtes de la , Syrie » et il espérait que les renforts seraient inutiles (3). C'est que, dans l'intervalle, il avait compris tout l'avantage qu'il pourrait tirer de l'appui qu'il serait seul à donner au Sultan contre toute l'Europe. Aussi répondit-il, le 7 novembre, négativement à la demande de la France de maintenir le corps d'occupation en Syrie jusqu'au complet rétablissement de Tordre.

« Conserver des troupes européennes en Syrie, écrit-il à cette date à lord Cowley, afin de pourchasser les autres coupables dans les caves et les retraites de la Montagne, ce serait une besogne sans fin et réellement désespérée. Augmenter le

(l)/d., lbid.y p, 311 et s.

(2) /</., lbid., p 317. Dépêche de M. Thouvenel au comte de Flahaut en date du 25 février 1861 (14 chàban 1277), p. 315.

(3) Testa, op. cit., t. VI, p. 290. Dépêches de lord John Russell (ministre au Foreign-office) à lord Cowley à Paris en date du 15 el du 22 septembre 1860 (20 safaret 6 rébiul-ewel 1277), p. 290 et 291

nombre des troupes européennes et les maintenir en Syrie dans le but d'empêcher de nouveaux crimes serait s'éloigner complètement du but que le Sultan et les cinq puissances avaient tout d'abord en vue. Un tel état de choses dégénérerait bientôt en un transport du gouvernement local delà Syrie aux cinq puissances et, au lieu de donner ainsi une leçon utile, propre à frapper de terreur les fanatiques musulmans, l'occupation européenne servirait de précédent pour d'autres occupations en Bulgarie, en Bosnie, en d'autres provinces, et conduirait ainsi au partage de l'empire ottoman. »

« A tous ces maux, le gouvernement britannique préférait voir le gouvernement de la Syrie rendu aux autorités nommées par la Porte, de la façon qui serait considérée parla commission comme la plus favorable à la paix future de la Syrie. La responsabilité en incomberait seule à la Porte et à celle des autorités désignées par le gouvernement reconnu du pays. Aucune garantie, il est vrai, ne serait ainsi obtenue contre le retour de conflits entre les Druses et les chrétiens ; mais aussi longtemps que ces deux races existeraient dans le pays, il ne serait pas possible de compter sur une sécurité durable (1). »

Cette attitude était toujours conforme à la politique suivie parle cabinet de Londres en Orient depuis 1858: l'occupation étrangère, de quelque titre qu'elle fût déguisée, était néanmoins une ingérence dans les affaires intérieures de la Turquie, une atteinte au pouvoir souverain du Sultan. Surtout, elle était un précédent dangereux ; elle pouvait amener la Porte sous la tutelle collective de l'Europe, alors que l'Angleterre, en maintenant sa pleine indépendance, voulait la placer sous sa seule tutelle clandestine et d'autant plus fructueuse. La Porte, naturellement, se trouva complètement d'accord avec l'Angleterre pour combattre l'occupation étrangère. Quelques jours après la lettre de lord John Russell à lord Cowley, Aali- Pacha insiste à son tour, dans une lettre à Musurus-Bey, l'ambassadeur turc à Londres, pour le retrait des troupes françaises, car leur maintien n'aurait plus de raison d'être (2).

(1) Testa, op. cit., t. VI, p. 292. Dépêche (extrait) de lord John Russel) à lord Cowley, 7 novembre 1860 (22 rébiul-akhir 1277).

(2) Testa, op. cit., t V], p. 293. Aali-Pacha à Musuru», à Londres, 28 novembre 1860 (14 djémaziul-ewel 1277).

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