‹ La question du LibanChapitre 104 sur 124 · IV. PROLONGATION DE L'OCCUPATION FRANÇAISE 44l · texte numérisé non relu

IV. PROLONGATION DE L'OCCUPATION FRANÇAISE 44l

Les ministres lurcs ne cessaient de répéter que les troupes françaises, loin de favoriser la pacification, y mettaient plutôt obstacle et encourageaient l'insolence des Maronites et leur opposition au gouvernement ottoman. Lord Dufferin les appuyait de toutes ses forces.

Le 10 janvier 1861, lord Cowley, sur les ordres de lord John Russell, demandai M. Thouvenel le prochain rappel des troupes, en vertu des termes formels de la commission du 5 septembre. Le ministre objecta que les troubles n'avaient pas encore disparu complètement en Syrie, et, à l'appui de ses dires, il lut à l'ambassadeur des rapports de M. Béclard. — « L'intérêt de l'humanité et notre propre honneur, terminat-il, ne permettent pas l'évacuation avant qu'un pouvoir fort et responsable soit établi là-bas. » Et comme lord Cowley revenait sans cesse à la convention du 5 septembre, qui obligeait la France à retirer ses troupes, — « Sans doute, répliqua M. Thouvenel, nous ne résisterons pas à l'Europe; mais, en mon âme et conscience, si nous partons maintenant, un nouveau massacre suivra de près (1). »

Toutes ces raisons humanitaires ne trouvèrent aucun écho à Londres. Le 18 janvier, le comte de Flahaut informa lord John Russell que le gouvernement français, dans l'intérêt de l'humanité, voulait connaître l'avis des puissances signataires de la convention du 5 septembre, avant de retirer le corps d'occupation (2). Lord John, dans sa réponse, se maintint résolument sur le terrain de la souveraineté du Sultan : aux mois de juillet et d'août, l'expédition avait été décidée, parce que le Sultan l'avait jugée nécessaire ; le corps expéditionnaire n'était légalement qu'une gendarmerie auxiliaire, mise à la disposition du Sultan tant qu'il croyait en avoir besoin ; le point capital était donc de connaître l'avis de la Turquie. Très habilement, dans sa lettre du 19 janvier à lord Cowley, lord John essaya de dégager sa responsabilité pour tous les événements qui pourraient se produire en Syrie et d'exploiter en même temps, contre le gouvernement français, la question de la souveraineté ottomane, qui avait été une des bases des arrangements internationaux conclus en juillet et août 1860 :

(1) Testa, op. cit., t. VI, p. 299. Dépêche (extrait) de lord Cowley à lord John Russell, 11 janvier 1861 (28 djémaziul-akhir 4277), p. 298.

(2) /cf., ibid., p. 301 . Dépêche de lord John Russell à lord Cowley, 2 4 janvier 1861 (12 rédjeb 1277).

« J'ai toujours dit à M. Musurus que si le gouvernement turc pensait que le séjour des troupes européennes était nécessaire pour empêcher de nouveaux massacres* le gouvernement de Sa Majesté y consentirait ; mais que si ce séjour n'était pas nécessaire, il était du devoir du ministre des affaires étrangères du Sultan de s'adresser aux cinq puissances pour leur faire connaître l'opinion de la Turquie sur la sécurité accordée aux chrétiens de Syrie, et de spécifier les garanties qu'elle offre contre le renouvellement des massacres. »

Cinq jours après, revenant à la charge, il exposa d'une façon complète et péremptoire le point de vue de son gouvernement. Il s'élevait avec force contre la prétention française de rester en Syrie jusqu'à la complète réorganisation de la Montagne, question qui ne touchait en rien à l'occupation étrangère. 11 ne fallait pas oublier que la Syrie était une province du Sultan ; or, « le Sultan est un souverain indépendant ; la Turquie n'est pas sous la domination des cinq puissances ». — Il concluait ainsi : « La première question est de savoir si le Sultan a besoin des troupes étrangères pour maintenir la tranquillité en Syrie ;la deuxième, comment le Sultan assurera cette tranquillité et préviendra le retour des massacres du mois de juin dernier.— Si le Sultan s'engage à le faire, et s il prouve qu'il en a les moyens, d'autres questions peuvent surgir. Mais ces questions seraient de la nature la plus grave, et, jusqu'à ce que nous connaissions la réponse du Sultan, il est inutile de les devancer. Il suffit de dire qu'à moins que les cinq puissances et le Sultan ne consentent à renouveler la convention de septembre, cette convention expirera, et l'ocupalion légale de la Syrie par les troupes étrangères cessera avec elle.

o Le gouvernement de Sa Majesté n'est pas disposé à maintenir des troupes européennes en Syrie jusqu'à ce que des moyens aient été trouvés pour empêcher à l'avenir ces rencontres sanglantes qui ont été depuis des siècles le fléau de ce pays. Peu lui importe que ces troupes européennes appartiennent à la France ou à d'autres puissances ; il ne consentira pas à assurer la responsabilité de l'administration future d'une province du Sultan par l'intervention de troupes étrangères (1). »

(1) Testa, op. cit., t. Vï, p. 302.

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