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LA CRÉATION D'UN PORT DE MER LIBANAIS

paquebots feraient escale. Un tribunal de commerce y est également indispensable. Ces mesures ne manqueraient pas de donner rapidement un grand essor à la petite ville libanaise et d'en faire le grand pert de la Montagne. Même Djounieh peut être appelé à devenir le premier port de la Syrie centrale et à égaler Beyrouth, sur qui il a l'avantage de sa belle rade naturelle, mieux abritée que celle de Beyrouth, mieux protégée contre les tempêtes. Il faudrait pour cela le bien aménager et le relier aux principaux centres de la Syrie. Seulement, le commerce de Beyrouth s'oppose avec la plus grande énergie à toutes ces mesures, car si elles étaient réalisées, elles lui asséneraient un coup terrible. Ce serait l'origine de troubles économiques et politiques très graves, d'autant plus que le commerce de Beyrouth appartient presque entièrement à des chrétiens.

Le gouverneur généra) Naoura-Pacha s'était mis en rapport avec des financiers et des entrepreneurs français pour rétablissement d'un grand port à Djounieh, mais la Porte interdit les travaux sur les réclamations du commerce de Beyrouth. Elle s'oppose à la création d'un port de mer libanais. Or, le gouverneur ne peut rien entreprendre sans son consentement.

Cependant, un jour ou l'autre, il faudra transformer Djounieh en un important port maritime, par de vastes travaux. Il est impossible de ne pas en utiliser la belle position naturelle, mais elle nous semble difBcile d'en faire une rivale de sa grande voisine du sud, distante seulement de vingt kilomètres, car celle-ci a une importance acquise et des droits d'ancienneté fort respectables.

La véritable solution, ce serait la réunion de Beyrouth au Liban. Nous ne saurions le répéter assez souvent : elle s'impose à tous les points de vue. Au lieu d'être une rivale, Djounieh ne serait qu'un port complémentaire, un des points d'appui, le plus important sans doute de la grande agglomération commerciale et industrielle qui se constituerait rapidement autour de Beyrouth. La réorganisation politique complète de la Syrie, sa mise en valeur et celle de la Mésopotamie, rétablissement d'un réseau des voies ferrées amèneraient sans doute autour de Beyrouth et de la belle rade de Djounieh la formation d'un descenlres humains les plus considérables, la porte d'entrée et l'emporium de toute l'Asie antérieure, enfin

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redevenu un pays de haute et belle civilisation, de grande richesse et prospérité.

§ 5. — Travaux publies.

La province autonome du Liban est la seule région de la Syrie dotée d'un réseau de bonnes routes. Le Comte de Perthuis obtint, en 1858, la concession d'une route de Beyronth à Damas, à travers le Liban (1).

Il fonda la Compagnie de la route de Beyrouth à Damas, avec des capitaux français, et fit commencer les travaux de constructions, en 1859 déjà. La route fut achevée au milieu des troublée de 1860 et de la réorganisation du Liban, et livrée à la circulation en 1863. Elle traverse une des contrées les plus stériles de la montagne et franchit la croie à quinze cent quarante-deux mètres d'altitude. Pendant une partie de Tannée, les neiges arrêtent complètement la circulation sur le parcours le plus élevé. Un service de diligence fut également établi sur cette route, avec des relais et des auberges de nuit, pour les voyageurs.

Tous les gouverneurs généraux, dès 1861, se sont appliqués à développer le réseau de routes. Daoud-Pacha fut empêché par la pénurie du trésor d'entreprendre de grands travaux. Franca-Pacha dut également négliger les travaux publics, faute de ressources budgétaires. Il n'osa pas demander de lourds sacrifices à un pays à peine pacifié, où la révolte couvait sous les cendres, et où le mécontentement général lui suscitait des difficultés continuelles.

Cependant la nécessité de bonnes routes et de ponts de communication par dessus les rivières et les torrents s'imposait. Daoud en fit construire une de huit kilomètres et demi qui lui coûta la somme de cent soixante-dix mille piastres (ou trenteneuf mille francs environ), soit quatre mille six cents, francs par kilomètre (2). En outre, il fit établir quatre ponceaux. Le service de diligence entre Beyrouth et Damas fut amélioré ; les voitures trop étroites furent remplacées par des plus grandes, où les voyageurs étaient plus à l'aise et pouvaient passer la nuit. Les diligences purent ainsi continuer leur chemin

(1-2) V. Cuinet, op. cit., p. 224 et suiv.

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