VIII AVANT-PROPOS
ses agents prétendaient être les maîtres absolus du Liban et voulaient, en conséquence, l'administrer et surtout y lever les impôts à leur gré. Les Libanais, au contraire, se disaient autonomes, astreints seulement à un léger tribut annuel ; ils déniaient aux fonctionnaires turcs le droit de pénétrer dans leurs districts, d'y établir des troupes et d'y lever les impôts. Contre. les prétentions ottomanes, ils firent appel aux Egyptiens. Mais Mehemet-Ali. maître de la Syrie, imposa à son tour, aux populations libanaises des charges fiscales et militaires fort lourdes, qu'elles jugèrent contraires à leurs privilèges.
Dès lors, s'élève un nouveau conflit entre les Libanais et le pacha d'Egypte. L'Europe intervint. Mehemet-Ali fut refoulé sur l'Egypte : la Syrie retomba en 1848 sous le joug de la Porte. Mais, par là même, les puissances européennes s'arrogeaient un droit d'intervention et de contrôle dans l'empire ottoman. La question libanaise devint une question internationale. Les Libanais réclamaient pour eux l'autonomie la plus large. Le Sultan, au contraire, voulait les placer sous son autorité immédiate, au même rang que tous ses autres sujets, leur enlever tous leurs privilèges, et les astreindre à toutes les charges militaires et fiscales. La France, protectrice des chrétiens catholiques d'Orient, soutint les Libanais et particulièrement les Maronites. Mais son action fut contrecarrée par l'AngleterreJalouse de l'influence française en Orient. La question se posa en 1842 et 1843de savoir jusqu'à quel pointla France pouvait,dans l'exercice de son protectorat, intervenir dans les affaires inlé rieures de la Turquie. Comme une intervention s'imposait, à la suite de la guerre entre les Druses et les Maronites, elle se lit collective Les ambassadeurs européens agirent de concert à Constantinople, sous forme de remontrances et de conseils adressés à la Porte.Celle-ci essaya de les éluder, mais dut s'incliner finalement devant les injonctions de l'Europe. On fit un compromis Le Liban fut placé en 1845 sous la tutelle collective des cinq grandes puissances de l'Europe Ses institutions autonomes, consenties par la Porte, ne correspondaient pas aux exigences et aux légitimes aspirations des Maronites ; elles accordaient un pouvoir prépondérant à la Porte et à ses agents. Aussi le conflit, loin de s apaiser, allait-il reprendre',' en 1860, compliqué par l'évolution intérieure du peuplç maronite et par la lutte entre la noblesse et le parti populaire. Ùne;