‹ La question du LibanChapitre 22 sur 124 · LIVRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II

I. LE MOUVEMENT DE RÉFORME EN TURQUIE DE 1839 A 1852. — II. LE GOUVERNEMENT DE L'ÉMIR BÊCHIR-KASSIM-MULHEM (1840- 1841). — III. LES MASSACRES DE 1841. — IV. LA MISSION DU SÉRASK1ER MUSTAPHA- PACHA EN SYRIE ET LE GOUVERNEMENT D'OMAR-PÀCHA DANS LA MONTAGNE. — V. LA RÉORGANISATION DE 1842.

Le mouvement de réforme en Turquie de 1838 à 1862.

La crise égyptienne et les premières victoires de Méhémet- Àli devaient avoir pour l'Empire ottoman d'autres conséquen ces que rétablissement de la tutelle collective des Puissances. L'autorité de la Porte devait en être consolidée. Avant môme la défaite finale du vice-roi d'Egypte, une sorte de rénovation, de réforme de l'empire avait commencé. C'est la période qu'on appelle le Tanzimât.

Quelques hommes d'Etat turcs, dont le plus capable et le plus connu était Réchid-Pacha (2), avaient reconnu tous les

(1) J. A. Robert, Le cataclysme et les ruines, Paris, 1841 ; Colonel Churchill. Mount-Lebanon, London, 1853 ; R. M., Réflexions sur la question du Liban, Paris, 1847 ; R. Edwards, La Syrie de 4840 à 4842 ; Ach. Laurent, Relations historiques des affaires de Syrie jusqu'en 4842, Paris, 1846 ; Affaires de Syrie (Extraits de la Revue nouvelle), Paris, 1846. V de Mars, La situation du Liban (Revue des Deux M ondes, avril-juin 1842) ; Poujade, Le Liban et la Syrie de 4842 à 1860.

(2) Il avait été ambassadeur à Londres et y était devenu un ad-

vices profonds de l'organisation ottomane, le désordre et l'arbitraire dans l'administration et dans les finances, l'absence d'une forte centralisation et d'une unité impériale, et voulaient sincèrement remédier à tous ces abus.

Ils décidèrent le jeune Sultan Abdul-Médjid d'entreprendre des réformes libérales, afin de supplanter Méhémet-Ali dans l'opinion de l'Europe occidentale. Réchid devint ministre et le 3 novembre 1839. fit proclamer solennellement.en présence des grands officiers, des ministres, des ulémas, des députalions des nations chrétiennes, des troupes de la garde et du corps diplomatique, le Haili-Chérif de Guihané (1) qui a été la première charte constitutionnelle de la Turquie contemporaine.

La Porte cherchait, selon ce décret fameux, « par des institutions nouvelles, à procurer aux provinces qui composaient l'empire ottoman, le bienfait d'une bonne administration »(2). Ces institutions devaient principalement porter sur trois points, qui étaient :

1° Les garanties assurant aux sujets du Sultan une parfaite sécurité, quant à leur vie, à leur honneur et à leur fortune.

2° Un mode régulier d'asseoir et de prélever les impôts.

3° Un mode également régulier pour la levée des soldats et la durée de leur service.

Pour l'administration financière notamment,le Hatti-Chérif stipule qu' « il est nécessaire que désormais chaque membre de la société ottomane soit taxé pour une quotité d'impôt déterminée, en raison de sa fortune et de ses facultés, et que rien au delà ne puisse être exigé de lui ».

Le décret n'établissait pas un régime constitutionnel ; il promettait simplement des garanties contre l'arbitraire et contre une mauvaise administration. Il ne changeait pas les attributions de la Porte et des autres grands pouvoirs de l'Etat; il ne réformait que l'administration proprement dite. Mais il proclamait la nécessité et la promesse d'une amélioration dans la condition civile des citoyens de l'Empire :

mirateur des institutions occidentales et particulièrement de l'Angleterre.

(1) Ainsi appelé, parce qu'il a été proclamé dans le Kiosque de Guihané, ou Maison des roses, dans l'ancien Sérail.

(2) Le texte du Ilatti-C hér if esl publié, entre autres, dans Engelhardt, La Turquie el le Tanzimât, t. I, p. 157 et suiv.

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