‹ La question du LibanChapitre 26 sur 124 · II. LE GOUVERNEMENT DE L'ÉMIR BECHIR-KASS1M-MULHEM · texte numérisé non relu

II. LE GOUVERNEMENT DE L'ÉMIR BECHIR-KASS1M-MULHEM

comme illégale. Le Kharadj\ en effet, prétendaient-ils, avait été imposé aux chrétiens en échange de la protection de leurs vies, de leur honneur et de leurs propriétés ; mais les habitants du Liban n'avaient jamais eu besoin de la protection de la Porte ; au contraire, ils avaient toujours eu l'habitude de se protéger eux-mêmes et les provinces environnantes, et de « soumettre les habitants de ces dernières, lorsqu'ils étaient désobéissants aux ordres du Sultan ». La Porte n'avait donc pas le droit de lever le Kharadj dans la Montagne.

Enfin, les Maronites demandaient à être indemnisés des pertes qu'ils avaient subies depuis leur insurrection contre Méhémet-Ali, tant par la faute des troupes égyptiennes que des soldats turcs, et qui se montaient, d'après des experts nommés à cette époque, à quatre cent mille tallaris (1).

Les Maronites essayèrent d'obtenir l'abolition des contributions injustes et une meilleure répartition des impôts en s'a dressant tour à tour aux grands fonctionnaires turcs et à leurs protecteurs européens. Sélim-Pacha, Mohammed Izzet. Pacha, l'amiral anglais Stopfort, le commodore Napier et l'agent anglais M. Wood leur prodiguèrent tous de bonnes paroles, leur réitérèrent les promesses qu'ils seraient exempts de toute contribution pendant quelques années, afin de pouvoir panser les blessures faites parla guerre, et qu'à l'avenir, ils ne paieraient plus jamais que le « miri v à la Porte, comme avant l'arrivée de Méhémet-Ali. Mais toutes ces promesses n'étaient suivies d'aucun acte ; le fisc continuait à exiger et les droits exorbitants du « tarif », et la dîme, et le Yurufc et le Kharadj. L'enquête promise par les autorités n'aboutit à aucun résultat pratique. Tandis que les Druses avaient obtenu gain de cause, les chrétiens continuaient malgré leurs protestations à être pillés par le fisc. N'était-ce pas la preuve évidente que la Porte favorisait les Druses contre les Maronites ?

Les exemptions d'impôts accordées ne parurent bientôt plus suffisantes aux Druses. Comptant sur la faveur du Sultan, ils réclamèrent une refonte de leur administration, et, en même temps, se soulevèrent contre l'émir Béchir-Kassim, lui reprochant de n'être ni de leur nation ni de leur religion. Ils ne voulaient plus être commandés par un étranger, mais par

(1) Un million huit cent mille francs.

2éO LIVRE H. — CHAPITRE PREMIER

un chef de leur nation, comme par le passé. En même temps, ils se tournèrent contre les Maronites, car, à leur avis, la nation druse ne pourrait pas jouir de la liberté dans la Montagne, tant que les Maronites y seraient puissants. Une guerre civile allait éclater, quand les autorités ottomanes intervinrent, et, sous prétexte de maintenir Tordre et la paix, firent pénétrer plusieurs bataillons dans la Montagne. C'était le premier pas vers l'abolition des institutions autonomes et vers l'annexion pure et simple du Liban aux pachaliks de Syrie.

Cependant les peuplades libanaises furent sauvées du despotisme turc par les excès mêmes des soldats qui devaient les museler. Les soudards ottomans, pour la plupart Albanais, se conduisaient dans le Liban comme en pays conquis (1). Ils pillaient tout sur leur passage, violentaient les habitants, les femmes et les enfants et répandaient la terreur partout. Dans plusieurs localités, les hommes prirent les armes pour repousser ces singuliers gendarmes et pour défendre l'honneur de leurs familles et leurs maisons. Au lieu de prévenir les désordres, les troupes turques ne faisaient que les aggraver. Le malaise était si évident que les consuls européens à Beyrouth s'en émurent.

Au mois de février 1841, les consuls d'Angleterre, d'Autriche, de Prusse et de Russie signalèrent au Séra&kier, dans une protestation collective très énergique, tous les désastres et le sommèrent d'en empêcher le retour par des mesures efficaces, et de c rassurer les populations » (2). La Porte comprit qu'elle était allée trop vile en besogne. Elle n'osa pas braver ouvertement les puissances qui venaient de la sauver en arrêtant la marche victorieuse de Méhémet-Ali (3). Les

(1) Revue des Deux-Mondes, 4*r mai 1842, La situation du Liban.

(2) Correspondence relating to the affairs of the Levant, IX, p. 319.

(3) L'Angleterre, tout en défendant la Porte contre le pacha d'Egypte, n'entendait cependant pas alors livrer les populations de l'Empire à l'arbitraire ottoman ; elle contrôlait, au contraire, l'administration intérieure de l'Empire et rappelait sans cesse au Sultan les promesses du Hatti-Cbériff de Gulk'hané. Ainsi, au sujet même de la Syrie, lord Palmerston écrivit, le 9 novembre, à l'ambassadeur anglais à Constantinople, lord Ponsonby : « Votre Excellence voudra bien représenter immédiatement à la Porte que les intérêts du Sultan et l'honneur de la Couronne britannique demandent que le pacha envoyé en Syrie soit un homme qui exécute fidèlement les dispositions du Hatti-Cbériff de Gulk'hané,et remplisse les promesses

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